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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2411422

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2411422

lundi 16 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2411422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSELARL CENTAURE AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. C, ressortissant marocain, contestant l'arrêté du préfet des Yvelines du 12 décembre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français, fixant le pays de destination, lui interdisant le retour pour cinq ans et l'informant d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions dirigées contre le signalement Schengen, celui-ci ne constituant pas une décision distincte susceptible de recours. Sur le fond, il a estimé que l'arrêté n'était entaché d'aucune des irrégularités invoquées (incompétence, défaut de motivation, erreur de droit, de fait ou d'appréciation, violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme). La décision s'appuie notamment sur les articles L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2024, M. A C, représenté par Me Baouali, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2024 en tant que le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à titre subsidiaire, sans astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il a été pris par une autorité incompétente ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'aucun interprète n'était présent lors de la notification de l'arrêté ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- elle est disproportionnée ;

- elle porte atteinte à sa vie privée ;

- le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen porte atteinte à sa vie privée.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines, qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a versé, le 24 mars 2025, des pièces au dossier.

Par un courrier du 31 mars 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre le signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen dès lors que ce signalement ne présente aucun caractère décisoire.

M. C a présenté le 7 avril 2025 des observations en réponse au moyen d'ordre public et a produit des pièces complémentaires les 10 et 11 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juin 2025 :

- le rapport de M ; Ouardes,

- les observations de Me Baouali, représentant M ; C, en sa présence,

- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant marocain né le 27 mai 1996, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 12 décembre 2024 en tant que le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office, lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans et l'a informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 (). ".

3. Lorsqu'elle prend à l'égard d'un ressortissant étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement de M. C aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

En ce qui concerne l'arrêté attaqué :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2024-10-11-00005 du 11 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 78-2024-361 du même jour de la préfecture des Yvelines, M. D B, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. C soutient qu'aucun interprète n'était présent lors de la notification de l'arrêté contesté. Toutefois, si les conditions de notification d'une décision administrative peuvent avoir une incidence sur l'opposabilité des voies et délais de recours, elles sont sans incidence sur la légalité de cette décision. Par suite, ce moyen, qui est inopérant, ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

7. En l'espèce, il est constant que M. C est entré en France irrégulièrement et qu'il s'y est maintenu depuis lors sans disposer d'aucun titre de séjour en cours validité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que M. C, qui est entré en France en novembre 2019 selon ses déclarations, a occupé plusieurs emplois en qualité de boucher puis de boucher qualifié depuis 2021 dans le cadre de plusieurs contrats de travail à durée déterminée puis indéterminée auprès de plusieurs boucheries. Toutefois, si cette circonstance démontre une volonté d'insertion par le travail du requérant, elle ne suffit pas, à elle seule, à établir l'intensité et la stabilité de liens personnels et familiaux que M. C, célibataire et sans charge de famille, entretiendrait en France. En outre, il ressort également des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition de l'intéressé en date 11 décembre 2024, que M. C a reconnu ne pas avoir entrepris de démarches afin de régulariser sa situation administrative depuis son arrivée sur le territoire français. Dans ces conditions, et alors que l'intéressé n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, le préfet des Yvelines n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en édictant l'arrêté attaqué et n'a pas ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de l'erreur de droit doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. Il ressort des termes de l'arrêté contesté que, pour obliger M. C à quitter le territoire français, le préfet des Yvelines s'est fondé sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a retenu que l'intéressé ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français, ni être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. En outre, pour prendre cette décision, le préfet des Yvelines a retenu que, compte tenu des circonstances propres au cas d'espèce, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. Eu égard aux circonstances indiquées au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

12. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Et aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. Il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits de " violences sans incapacité sur personne étant ou ayant conjoint et agression sexuelle " pour lesquels M. C a été interpellé et placé en garde-à vue le 11 décembre 2024 aient donné lieu à poursuites, ni a fortiori à condamnation. La matérialité de ces faits est en outre contesté par le requérant. Dans ces conditions, l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans prise à l'encontre de M. C, lequel n'a au demeurant jamais l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, apparaît disproportionnée.

14. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens dirigés contre la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, que M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 12 décembre 2024 en tant que le préfet des Yvelines lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

15. Le présent jugement, qui prononce la seule annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans, implique seulement l'effacement du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de délivrance d'une autorisation provisoire de séjour et de réexamen de la situation de M. C, sous astreinte, doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

16. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. C présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet des Yvelines du 12 décembre 2024 est annulé en tant qu'il prononce à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

M. Fraisseix, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.

Le président-rapporteur,

signé

P. Ouardes

L'assesseur le plus ancien,

signé

E. JauffretLe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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