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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2500142

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2500142

lundi 28 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2500142
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCAUNES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de Mme C, ressortissante algérienne, qui contestait le refus de renouvellement de son certificat de résident "conjoint de français" et l'obligation de quitter le territoire français prise par la préfète de l'Essonne. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que l'administration avait procédé à un examen sérieux de sa situation. Il a jugé que la mention "sans emploi" dans l'arrêté, bien qu'imparfaite, n'entachait pas la décision d'illégalité. Surtout, le tribunal a considéré que Mme C ne justifiait pas d'une communauté de vie effective avec son époux, condition essentielle pour l'obtention du titre de séjour sur le fondement de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par conséquent, la décision de la préfète n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste d'appréciation, ni de détournement de pouvoir.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 7 janvier 2025 et 19 mars 2025, Mme B C, représentée par Me Caunes, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé le renouvellement de son certificat de résident algérien " conjoint de français ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourrait être reconduite d'office à l'expiration de ce délai ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui délivrer un certificat de résident algérien " conjoint de français " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à défaut, de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour jusqu'au réexamen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- il est entaché d'une erreur de fait car elle a un emploi ;

- il est entaché d'un détournement de pouvoir et d'une erreur de droit ;

- il méconnaît l'article 6 de l'accord franco-algérien.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mars 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte européenne des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 avril 2025 :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les observations de Me Caunes, représentant Mme C, présente ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante algérienne née le 18 mai 1978, a obtenu un certificat de résidence algérien en qualité de " conjoint de français " valable du 14 juin 2021 au 13 juin 2022 et maintenue sous récépissés. Par la présente requête, elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 décembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a refusé le renouvellement de son certificat de résident algérien " conjoint de français ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office à l'expiration de ce délai.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme C, dont les éléments sur lesquels la préfète de l'Essonne s'est fondée pour décider de son obligation à quitter le territoire. Dès lors, cette décision comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. En outre, contrairement à ce que soutient Mme C, la préfète de l'Essonne n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments de fait à raison desquels elle a estimé que sa décision ne méconnaissait pas les textes qu'elle a visés. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes motifs, il y a également lieu d'écarter le moyen tiré du défaut d'examen sérieux de la situation personnelle du requérant dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Essonne n'aurait pas procédé à un examen de sa situation.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier comme des écritures mêmes de Mme C que cette dernière a connu des périodes d'inactivité professionnelle. Si la formule " sans emploi " mentionnée dans l'arrêté querellé est en partie inappropriée au cas d'espèce elle l'affecte toutefois d'aucune illégalité.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit au ressortissant algérien marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

5. En l'espèce, une enquête relative à la réalité du mariage en date du 23 janvier 2020 entre Mme C et M. A, trente ans plus âgé, diligentée par l'administration le 20 mars 2023 n'a pas permis de confirmer l'existence d'une communauté de vie entre les époux, laquelle communauté de vie n'est au demeurant établie par aucune pièce probante versée aux débats. Par suite, Mme C ne satisfait pas aux prévisions de ces textes, sur le fondement desquels le titre de séjour lui avait été délivré. C'est dès lors sans commettre d'erreur de droit, pas davantage d'erreur manifeste d'appréciation ou de détournement de pouvoir, que la préfète de l'Essonne a pu refuser le renouvellement du titre de séjour sollicité par Mme C.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par Mme C tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 10 décembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

M. Fraisseix, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 avril 2025.

Le rapporteur,

signé

P. Fraisseix

Le président,

signé

P. Ouardes

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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