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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2500170

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2500170

lundi 19 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2500170
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles annule l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Essonne obligeait M. B, ressortissant portugais, à quitter le territoire français sans délai. Le tribunal estime que les faits reprochés à M. B, bien que répréhensibles, ne constituent pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société au sens des articles L. 251-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision retient que l'autorité administrative a commis une erreur d'appréciation en se fondant sur des infractions n'ayant pas donné lieu à condamnation pénale et sur des signalements anciens. En conséquence, l'arrêté est annulé, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 8 janvier et 16 avril 2025, M. A B, représenté par Me Velez de la Calle, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à lui verser en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-il méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'un défaut d'examen.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Marc ;

- les observations de Me Velez de la Calle, pour le requérant, qui persiste en ses conclusions et moyens ;

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant portugais né le 18 septembre 1985, est entré sur le territoire français en 2013. Par un arrêté du 6 janvier 2025, la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. B demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article L. 251-3 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ", et de l'article L. 251-4 de ce code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".

3. Il appartient à l'autorité administrative d'un Etat membre qui envisage de prendre une mesure d'éloignement à l'encontre d'un ressortissant d'un autre Etat membre de ne pas se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, mais d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française. L'ensemble de ces conditions doivent être appréciées en fonction de la situation individuelle de la personne, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

4. Il ressort, certes, des pièces du dossier que M. B, ressortissant portugais, a été interpellé, le 5 janvier 2025, pour des faits de violences sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil de solidarité. Ces faits, dont M. B conteste la matérialité, n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale, M. B ayant seulement été contraint de suivre un stage de responsabilisation et de ne pas paraître au domicile de la victime durant six mois. Il ressort également des pièces du dossier que le requérant a fait l'objet de trois signalements pour conduite en état d'ivresse et d'un signalement en 2019 pour violences habituelles suivies d'incapacité n'excédant pas 8 jours sur son ancienne compagne. Or, si ces faits sont répréhensibles et présentent un caractère actuel, ils ne permettent pas, à eux-seuls, de considérer que le comportement personnel de M. B constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant, entré en France en 2013, y est inséré professionnellement. Par ailleurs, il est propriétaire d'une maison dans l'Essonne avec sa compagne, de nationalité française, avec laquelle il a eu un enfant né en 2023 et avec laquelle il justifie d'une communauté de vie. Il est également établi qu'il contribue à l'éducation et à l'entretien de ses deux enfants issus d'une précédente union, lesquels résident sur le territoire français. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la préfète de l'Essonne a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en édictant à son encontre l'arrêté contesté.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit la circulation sur le territoire français pour une durée de deux ans, ce qui impliquera que la préfète de l'Essonne réexamine la situation de l'intéressé.

6. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à M. B en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 6 janvier 2025 par lequel la préfète de l'Essonne a fait obligation à M. B de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de deux ans est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète de l'Essonne.

Délibéré après l'audience du 28 avril 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

Mme Marc, première conseillère,

M. Jauffret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 mai 2025.

La rapporteure,

signé

E. Marc

Le président,

signé

P. OuardesLa greffière,

signé

L. Ben Hadj Messaoud

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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