jeudi 23 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2500182 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL CENTAURE AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 et 14 janvier 2025, Mme D A C, représentée par Me Tchikaya, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d'ordonner au préfet des Yvelines de lui fixer un rendez-vous avant le 31 janvier 2025, afin de pouvoir déposer sa demande de titre de séjour, et de lui délivrer un récépissé, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l'État le paiement de la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors que sa carte de séjour arrive à expiration le 9 janvier 2025 ; son époux, M. B, réside régulièrement en France ; elle occupe un emploi à durée déterminée et a reçu une promesse d'embauche à condition de détenir un titre de séjour en cours de validité ; elle risque d'être exposée à une mesure d'éloignement ;
- la mesure est utile et elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2025, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requérante n'a pas initié la bonne procédure pour le renouvellement de son titre de séjour ;
- les captures d'écran fournies ne correspondent pas à sa situation ;
- elle a obtenu un rendez-vous le 21 mars 2025 pour déposer sa demande de titre.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Hecht, premier conseiller, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A C, ressortissante camerounaise née le 13 mai 1993, a bénéficié d'un titre de séjour portant la mention " recherche d'emploi - création d'entreprise ", valable jusqu'au 9 janvier 2025. Le 11 octobre 2024, elle a épousé M. B, compatriote titulaire d'un titre de séjour. Elle expose avoir sollicité en vain auprès du préfet des Yvelines l'obtention d'un rendez-vous en vue de pouvoir déposer sa demande de titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ". Elle demande, en conséquence, au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 précité, d'enjoindre au préfet de lui fixer un rendez-vous avant le 31 janvier 2025.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin ".
3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.
5. D'abord, il résulte de l'instruction que Mme A C, dont le titre de séjour " recherche d'emploi - création d'entreprise " a expiré le 9 janvier 2025, a demandé le 26 octobre 2024 un nouveau titre de séjour " vie privée et familiale ". Sa demande a été clôturée le 9 décembre 2024 au motif qu'elle avait indiqué de manière erronée le motif " conjoint au titre du regroupement familial ". Si elle soutient que l'administration, qui par un courriel du 25 octobre 2024 lui avait indiqué de déposer sa demande sur le site de l'administration nationale des étrangers en France (ANEF), est responsable de son erreur, il en résulte aussi, en tout état de cause, qu'elle a obtenu un rendez-vous à la préfecture des Yvelines pour déposer son dossier, le 21 mars 2025. Ensuite, si elle indique qu'elle risque dans l'attente de résider de manière irrégulière en France, ou bien d'être séparée de son mari qui est titulaire d'un titre de séjour, étant observé que leur mariage est très récent puisqu'il date du 11 octobre 2024 tandis qu'elle n'allègue pas de vie commune antérieure, toutefois, eu égard à l'existence d'une procédure de recours à caractère suspensif contre une éventuelle décision d'éloignement, la seule circonstance que la requérante peut se trouver dans l'un des cas où le préfet peut décider son éloignement n'est pas, par elle-même, de nature à caractériser une situation d'urgence. Enfin, si elle allègue qu'elle risque de perdre son emploi et qu'elle ne pourra pas signer le contrat à durée indéterminée que l'entreprise Pluri'elles lui propose, toutefois elle ne justifie par ses bulletins de paye que d'une activité salariée du 1er au 24 septembre puis du 8 au 19 novembre 2024, dans le cadre de contrats courts, tandis que la promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée qu'elle fournit, au demeurant non signée, ne comporte pas de date de fin de validité.
6. Dans ces conditions, la condition d'urgence, à laquelle les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative subordonnent le prononcé de la mesure sollicitée par Mme A C, ne peut être regardée comme remplie.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'injonction sous astreinte présentées par Mme A C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D A C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Fait à Versailles, le 23 janvier 2025.
Le juge des référés,
signé
S. Hecht
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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