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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2500655

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2500655

mardi 28 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2500655
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantTRIOMPHE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2025, et une pièce complémentaire enregistrée le 27 janvier 2025, M. I G, Mme J G née K, M. E G, agissant en son nom propre et en qualité de tuteur légal de M. I G, Mme D C née G et M. A G, représentés par Me Triomphe, demandent au juge des référés :

1°) d'ordonner au Groupe Hospitalier Nord-Essonne la suspension de la ou des décisions par lesquelles il a décidé de limiter, d'arrêter et de refuser les traitements nécessaires à M. I G, mettant en jeu sa santé et son pronostic vital et de lui ordonner de continuer, reprendre et mettre en œuvre les soins et traitements auxquels M. I G a droit pour que soient préservées sa santé et sa vie, le cas échéant en procédant à son transfert vers tout autre hôpital ;

2°) de mettre à la charge du Groupe Hospitalier Nord-Essonne une somme de 6000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi que les entiers dépens.

Ils soutiennent que :

- la décision contestée de limitation des traitements porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie de M. I G, garanti par l'article L. 1110-5 du code de la santé publique et au droit à la vie ;

- en méconnaissance du II de cet article, aucune information n'a été donnée à la famille quant à la décision d'engager une procédure collégiale ; de plus, la décision de limiter les thérapeutiques a été prise avant même la réunion pluridisciplinaire ;

- seule une nouvelle équipe dans un autre hôpital serait en réalité légitime à engager une réelle réflexion collégiale dans le respect des garanties du droit ;

- en méconnaissance du II de cet article, l'avis motivé d'un deuxième médecin sans lien hiérarchique n'a pas été régulièrement pris, aucun médecin n'ayant été appelé à participer à la réunion de concertation en qualité de consultant indépendant ;

- le fait que l'hôpital fasse état dans la " fiche LATA " du 9 janvier 2025 de la consultation d'un médecin extérieur, le Docteur F B, ne peut suffire à justifier du respect de cette obligation, dès lors qu'il n'est pas justifié à ce stade des conditions de consultation de ce médecin ni de ses qualifications ;

- le compte-rendu d'hospitalisation provisoire du 18 décembre 2024 fait uniquement état d'une " discussion " avec le tuteur légal alors que le médecin en charge du patient doit obligatoirement recueillir son avis dont il doit faire état dans sa décision motivée ;

- la fiche LATA du 9 janvier 2025, pas davantage que les " mots d'évolution du 1er au 15 janvier 2025 " ne font non plus état de ce recueil de l'avis obligatoire du tuteur à la protection de la personne dûment désigné par le juge des tutelles ;

- en méconnaissance du IV du même article, la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée ;

- la volonté du patient n'a pas été recherchée ;

- le maintien des soins ne résulte pas d'une obstination déraisonnable au sens du premier alinéa de l'article L. 1110-5-1 du code de la santé publique ; il a été annoncé à ses parents, dès le deuxième jour d'hospitalisation : " nous ferons le nécessaire pour qu'il ait une fin heureuse " ; cette précipitation, sans avoir rien tenté pour juguler l'infection, manifeste l'intention de ne rien faire.

La requête a été communiquée au Groupe Hospitalier Nord-Essonne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la santé publique ;

- la décision du Conseil constitutionnel n° 2017-632 QPC du 2 juin 2017 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a décidé que la nature de l'affaire justifiait qu'elle soit jugée, en application du dernier alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, par une formation composée de trois juges des référés, qu'elle a désignés pour statuer sur cette demande de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Gilbert, greffière d'audience, le 27 janvier 2025, ont été entendus :

- le rapport de Mme Marc, juge des référés,

- et les observations de Me Triomphe, pour les requérants, en présence de Mme D C et de M. E G, qui persistent en leurs conclusions et moyens,

- le Groupe Hospitalier Nord-Essonne n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 10 heures 40.

Une note en délibéré, présentée par Me Triomphe pour les requérants, a été enregistrée le 27 janvier 2025 à 18 heures 08 et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Les requérants demandent au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, à titre principal, de suspendre l'exécution des décisions par laquelle l'équipe médicale du Groupe Hospitalier Nord-Essonne a décidé la limitation des traitements prodigués à M. I G.

Sur l'office du juge des référés :

2. Aux termes du troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative : " Lorsque la nature de l'affaire le justifie, le président du tribunal administratif () peut décider qu'elle sera jugée, dans les conditions prévues au présent livre, par une formation composée de trois juges des référés, sans préjudice du renvoi de l'affaire à une autre formation de jugement dans les conditions de droit commun. " Selon l'article L. 521-2 du même code : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. ".

3. En vertu de ce dernier article, le juge administratif des référés, saisi d'une demande en ce sens justifiée par une urgence particulière, peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une autorité administrative aurait porté une atteinte grave et manifestement illégale. Ces dispositions législatives confèrent au juge des référés, qui se prononce en principe seul et qui statue, en vertu de l'article L. 511-1 du code de justice administrative, par des mesures qui présentent un caractère provisoire, le pouvoir de prendre, dans les délais les plus brefs et au regard de critères d'évidence, les mesures de sauvegarde nécessaires à la protection des libertés fondamentales.

4. Toutefois, il appartient au juge des référés d'exercer ses pouvoirs de manière particulière, lorsqu'il est saisi, comme en l'espèce, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'une décision, prise par un médecin, dans le cadre défini par le code de la santé publique, et conduisant à arrêter ou ne pas mettre en œuvre, au titre du refus de l'obstination déraisonnable, un traitement qui apparaît inutile ou disproportionné ou sans autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, dans la mesure où l'exécution de cette décision porterait de manière irréversible une atteinte à la vie. Il doit alors, le cas échéant en formation collégiale conformément à ce que prévoit le troisième alinéa de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, prendre les mesures de sauvegarde nécessaires pour faire obstacle à son exécution lorsque cette décision pourrait ne pas relever des hypothèses prévues par la loi, en procédant à la conciliation des libertés fondamentales en cause, que sont le droit au respect de la vie et le droit du patient de consentir à un traitement médical et de ne pas subir un traitement qui serait le résultat d'une obstination déraisonnable.

Sur le cadre juridique du litige :

5. Aux termes de l'article L. 1110-1 du code la santé publique : " Le droit fondamental à la protection de la santé doit être mis en œuvre par tous moyens disponibles au bénéfice de toute personne. () ". L'article L. 1110-2 de ce code dispose que : " La personne malade a droit au respect de sa dignité. " Selon l'article L. 1110-5 du même code : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". Aux termes de l'article L. 1110-5-1 du même code : " Les actes mentionnés à l'article L. 1110-5 ne doivent pas être mis en œuvre ou poursuivis lorsqu'ils résultent d'une obstination déraisonnable. Lorsqu'ils apparaissent inutiles, disproportionnés ou lorsqu'ils n'ont d'autre effet que le seul maintien artificiel de la vie, ils peuvent être suspendus ou ne pas être entrepris, conformément à la volonté du patient et, si ce dernier est hors d'état d'exprimer sa volonté, à l'issue d'une procédure collégiale définie par voie réglementaire. / () ". Aux termes de l'article L. 1111-4 du même code : " () / Lorsque la personne est hors d'état d'exprimer sa volonté, la limitation ou l'arrêt de traitement susceptible d'entraîner son décès ne peut être réalisé sans avoir respecté la procédure collégiale mentionnée à l'article L. 1110-5-1 et les directives anticipées ou, à défaut, sans que la personne de confiance prévue à l'article L. 1111-6 ou, à défaut la famille ou les proches, aient été consultés. () ".

6. L'article R. 4127-37-2 du même code dispose que : " I. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement respecte la volonté du patient antérieurement exprimée dans des directives anticipées. Lorsque le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté, la décision de limiter ou d'arrêter les traitements dispensés, au titre du refus d'une obstination déraisonnable, ne peut être prise qu'à l'issue de la procédure collégiale prévue à l'article L. 1110-5-1 et dans le respect des directives anticipées et, en leur absence, après qu'a été recueilli auprès de la personne de confiance ou, à défaut, auprès de la famille ou de l'un des proches le témoignage de la volonté exprimée par le patient. / II. - Le médecin en charge du patient peut engager la procédure collégiale de sa propre initiative. Il est tenu de le faire à la demande de la personne de confiance, ou, à défaut, de la famille ou de l'un des proches. La personne de confiance ou, à défaut, la famille ou l'un des proches est informé, dès qu'elle a été prise, de la décision de mettre en œuvre la procédure collégiale. / III. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est prise par le médecin en charge du patient à l'issue de la procédure collégiale. Cette procédure collégiale prend la forme d'une concertation avec les membres présents de l'équipe de soins, si elle existe, et de l'avis motivé d'au moins un médecin, appelé en qualité de consultant. Il ne doit exister aucun lien de nature hiérarchique entre le médecin en charge du patient et le consultant. L'avis motivé d'un deuxième consultant est recueilli par ces médecins si l'un d'eux l'estime utile. / Lorsque la décision de limitation ou d'arrêt de traitement concerne un mineur ou un majeur protégé, le médecin recueille en outre l'avis des titulaires de l'autorité parentale ou du tuteur, selon les cas, hormis les situations où l'urgence rend impossible cette consultation. / IV. - La décision de limitation ou d'arrêt de traitement est motivée. La personne de confiance, ou, à défaut, la famille, ou l'un des proches du patient est informé de la nature et des motifs de la décision de limitation ou d'arrêt de traitement. La volonté de limitation ou d'arrêt de traitement exprimée dans les directives anticipées ou, à défaut, le témoignage de la personne de confiance, ou de la famille ou de l'un des proches de la volonté exprimée par le patient, les avis recueillis et les motifs de la décision sont inscrits dans le dossier du patient. ".

7. L'appréciation sur le point de savoir si la poursuite des traitements traduit une obstination déraisonnable doit se fonder sur un ensemble d'éléments, médicaux et non médicaux, qui doivent couvrir une période suffisamment longue, dont le poids respectif ne peut être prédéterminé et dépend des circonstances particulières à chaque patient, dont la situation doit être appréhendée dans sa singularité. Une importance toute particulière doit être donnée, lorsque le patient est hors d'état d'exprimer sa volonté et que celle-ci demeure inconnue faute de directives anticipées ou d'indications données de son vivant, aux avis émis par la famille qui doit alors être placée en situation de comprendre, au regard de ses propres perceptions et interprétations à cet égard, dans quel état se trouve réellement le patient et quelles sont les perspectives d'évolution de cet état.

Sur la requête en référé :

8. Eu égard aux décisions de l'équipe médicale de procéder à la limitation des soins et aux conséquences de ces décisions, la famille de M. I G ne peut qu'être regardée que comme justifiant d'une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-2 du code de justice administrative.

9. Il résulte de l'instruction que M. I G, âgé de 43 ans, atteint du syndrome de Prader-Willi et d'autisme atypique, a été admis aux urgences du Groupe Hospitalier Nord-Essonne (site de Saclay) le 3 décembre 2024, pour une pneumopathie hypoxémiante avec hypercapnie sur épuisement respiratoire, et admis en réanimation. Il résulte des mentions portées dans le compte-rendu d'hospitalisation de M. G, daté du 18 décembre 2024 qu'il a été " décidé le 9 décembre 2024 après discussion avec le médecin traitant d'une limitation thérapeutique des actes invasifs de réanimation ". En outre, la fiche de LATA (limitation ou arrêt des thérapeutiques actives) du 9 janvier 2025 mentionne que le centre hospitalier a décidé la limitation de certains actes thérapeutiques, soit le massage cardiaque externe en cas d'arrêt cardio-respiratoire, l'épuration extra-rénale, l'intubation, la trachéotomie, la transfusion pour choc, l'utilisation de vasopresseurs, la chirurgie, l'admission en réanimation, et la ré-intubation en cas d'extubation. L'ensemble de ces éléments révèle, à défaut de toute autre décision formalisée en l'absence de toute production en défense, l'existence de décisions portant limitation des thérapeutiques actives prises par le Groupe Hospitalier Nord-Essonne le 9 décembre 2024 et le 9 janvier 2025.

10. En premier lieu, il ressort des extraits non contestés par le Groupe Hospitalier Nord-Essonne (GHNE) du dossier médical de M. G que, le 9 décembre 2024, ainsi que cela a été dit au point précédent, a été décidée après discussion avec " le médecin traitant " une limitation thérapeutique des actes invasifs de réanimation. Le compte-rendu d'hospitalisation de M. G mentionne également qu'à cette date, " la famille exprime un refus au décours ". Il y est ensuite mentionné que " la réunion pluridisciplinaire du 10 décembre conclut à une limitation de tous les soins invasifs de réanimation, notamment la mise en décubitus ventral et la mise sous ECMO ". Il résulte, ensuite, des mentions de la fiche de LATA du 9 janvier 2025, dans la rubrique intitulée " Réflexion collégiale ", que l'entretien avec le patient n'a pas été effectué, puis y est mentionné un " entretien " avec les proches, ainsi qu'avec le médecin traitant. S'agissant de l'avis du " consultant extérieur ", est indiquée, après la mention du nom du médecin, celle de " médecin, médecine 1, accord avec la décision : Oui ". Enfin, le registre intitulé " Mots d'évolution " mentionne que, à la date du 9 janvier 2025, le patient a fait l'objet d'une poursuite de kinésithérapie respiratoire et motrice ainsi que d'une mise au fauteuil, de sorte qu'il n'était pas empêché, dans le cadre du handicap qui est le sien, de faire valoir sa volonté.

11. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que, le 9 décembre 2024, la décision de limitation des thérapeutiques actives a été prise avant la mise en oeuvre de la procédure collégiale, et en l'absence d'avis motivé d'au moins un médecin en qualité de consultant. Si la fiche de LATA du 9 janvier 2025 mentionne que l'avis d'un médecin extérieur a été recueilli, aucune précision n'est toutefois apportée quant à sa qualité, de sorte qu'il n'est pas possible de vérifier qu'il n'existait aucun lien de nature hiérarchique entre le médecin en charge du patient et ce consultant. Par ailleurs, la seule mention " Oui " à propos de son avis ne saurait être regardée comme un avis motivé, tel que requis par les dispositions précitées du III de l'article R. 4127-37-2 du code de la santé publique. En outre, cette décision, tout comme d'ailleurs celle du 9 décembre 2024, qui n'expose pas en quoi la poursuite ou la non-limitation des traitements caractériserait une obstination déraisonnable, est insuffisamment motivée. De plus, cette même décision mentionne, s'agissant de la rubrique " décision définitive " : " Personnes présentes : médical/paramédical ", sans autre précision permettant de vérifier qu'elle a été prise dans le cadre d'une concertation avec les membres présents de l'équipe de soins. Enfin, et en tout état de cause, il ne résulte d'aucun élément de l'instruction que M. I G n'aurait pas été, dans une certaine mesure et, ainsi que cela a été dit, dans le cadre du handicap qui est le sien, à même d'exprimer sa volonté.

12. Dans ces conditions, il n'est pas démontré que la procédure collégiale et les règles de consultation prévues par les dispositions de l'article R. 4127-37-2 du code de la santé publique auraient été régulièrement mises en œuvre ni, en particulier, que les décisions en cause auraient été effectivement prises aux termes d'échanges susceptibles de caractériser l'existence d'une véritable procédure collégiale au sens et pour l'application des dispositions précitées. Ces irrégularités ont privé les requérants des garanties attachées à cette procédure.

13. En second lieu, les requérants ont indiqué à l'audience que l'infection de M. I G est désormais totalement jugulée, qu'il reçoit quotidiennement des visites de sa famille et des personnels de son foyer d'accueil et qu'il manifeste son attention et sa présence. En outre, il résulte de l'instruction que le journal " Mots d'évolution ", à la date du 15 janvier 2025, mentionne déjà que la situation du patient est totalement stable avec apyrexie, tandis qu'aucune " dégradation secondaire sur le plan neurologique ", alors qu'elle est mentionnée dans le compte-rendu d'hospitalisation du 18 décembre 2024, n'est établie par les pièces du dossier. Il ressort pourtant des mentions du dossier médical de l'intéressé, et à défaut de toute contestation, que les raisons qui ont conduit à la limitation des thérapeutiques actives à l'égard de M. G reposent sur des " risque majeur de grabatisation et d'aggravation des fausses routes ". Les arguments médicaux mentionnés dans la fiche de LATA du 9 janvier 2025 se bornent par ailleurs à relever, après un rappel de l'état de handicap préalable du patient, une atélectasie récidivante, des troubles de la toux, " parfois aspiration arrière gorge à son centre d'hébergement ", une " atélectasie nécessitant broncho-aspiration de façon répétée " et une qualité de vie " modérément fragile ".

14. Ainsi, en limitant pour ces motifs un ensemble général d'actes thérapeutiques, soit, ainsi que cela a été dit, le recours au massage cardiaque externe en cas d'arrêt cardio-respiratoire, l'épuration extra-rénale, l'intubation, la trachéotomie, la transfusion pour choc, l'utilisation de vasopresseurs, la chirurgie, l'admission en réanimation et la ré-intubation en cas d'extubation, alors au demeurant que les requérants ont versé au dossier une note du Pr. Gracies, du centre hospitalier de Bastia, interrogeant de manière circonstanciée la pertinence de la prise en charge médicale de M. G et en particulier, mais pas seulement, celle du motif invoqué tenant au risque d'aggravation des fausses routes, le GHNE ne justifie pas, en l'état de l'instruction, en quoi la limitation décidée des thérapeutiques actives serait appropriée à l'état actuel de M. G, ou que le recours non limité à ces thérapeutiques lui ferait courir des risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté ou encore manifesterait une obstination déraisonnable.

15. Par suite, compte-tenu de tout ce qui précède, les décisions prises par le GHNE portent une atteinte grave et manifestement illégale au droit à la vie de M. G. Il y a lieu d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Dès lors qu'elle prononce la suspension des décisions en litige, la présente ordonnance a pour conséquence nécessaire que l'intégralité des soins nécessaires continue d'être prodiguée à M. I G, selon les besoins occasionnés par son état de santé et découlant de son droit à la vie, et en particulier que ne soit pas limité le recours à l'intubation et à la ré-intubation en cas d'extubation, ni le cas échéant le recours au décubitus ventral et à l'ECMO, et qu'au besoin il soit transféré vers un autre centre hospitalier ou vers tout autre service en mesure de l'accueillir et de lui prodiguer les soins requis par son état de santé et découlant de son droit à la vie. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au Groupe Hospitalier Nord-Essonne la levée des limitations thérapeutiques décidées et la poursuite des soins, dès la notification de la présente ordonnance.

Sur les frais liés au litige :

17. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge du Groupe Hospitalier Nord-Essonne le versement d'une somme globale de 1 500 euros au titre des frais exposés par les requérants et non compris dans les dépens. La présente instance n'ayant pas occasionné de dépens, les conclusions relatives à ces derniers doivent être rejetées.

O R D O N N E N T :

Article 1er : L'exécution des décisions par lesquelles le Groupe Hospitalier Nord-Essonne a décidé la limitation des thérapeutiques actives à l'égard de M. I G est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint au Groupe Hospitalier Nord-Essonne de poursuivre tous les soins nécessaires à la protection de la vie et de la santé de M. I G, conformément aux motifs de la présente ordonnance et dès la notification de cette dernière.

Article 3 : Le Groupe Hospitalier Nord-Essonne versera aux requérants la somme globale de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. I G, à Mme J G née K, à M. E G, agissant en son nom propre et en qualité de tuteur légal de M. I G, à Mme D C née G, à M. A G et au Groupe Hospitalier Nord-Essonne.

Fait à Versailles, le 28 janvier 2025.

Le juge des référés,

signé

P. HLe juge des référés,

Signé

P. LLa juge des référés,

signé

E. Marc

La greffière,

signé

N.Gilbert

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, de la solidarité et des familles, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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