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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2500781

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2500781

vendredi 24 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2500781
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Cette ordonnance du Tribunal administratif de Versailles rejette la requête en référé liberté de Mme A, ressortissante ivoirienne, qui demandait la délivrance d’un titre de séjour « passeport talent (famille) » sur le fondement de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. La requérante invoquait une atteinte à ses libertés fondamentales (vie privée et familiale, liberté d’aller et venir) en raison de sa grossesse et de l’absence de droits sociaux. Le juge estime que la condition d’urgence particulière n’est pas remplie, faute de circonstances imposant une mesure dans les 48 heures, d’autant que Mme A a saisi le tribunal plusieurs mois après la décision implicite de rejet. La requête est donc rejetée sans examen au fond.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 janvier 2025, Mme B A, représentée par Me Ogoubi Akilotan, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de lui délivrer un titre de séjour " passeport talent (famille) " dans un délai de dix jours à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à Me Ogoubi Akilotan au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'elle est enceinte et ne peut pas bénéficier des droits à la sécurité sociale ; par ailleurs son maintien en situation de précarité porte atteinte à son droit à mener une vie de famille sereine ;

- le rejet implicite de sa demande de titre de séjour porte atteinte à sa liberté d'aller et venir, principe à valeur constitutionnelle (Conseil Constitutionnel, déc. N°79-107 DC 12 janvier 1979 et Conseil d'Etat, ord. 9 janvier 2001, Deperthes) garanti également par les articles 2 du protocole n°4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 21 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et au principe d'égalité devant la loi garanti par l'article 6 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Lutz, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

2. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d'urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu'une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu'une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une situation d'urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d'apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l'ensemble des circonstances de l'espèce, si la condition d'urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu'il entend défendre mais aussi l'intérêt public qui s'attache à l'exécution des mesures prises par l'administration.

3. Mme B A, ressortissante ivoirienne née le 23 juillet 1992, est entrée en France le 4 mars 2024, munie d'un visa long séjour valant titre de séjour (visa D) " passeport talent (famille) " valable jusqu'au 31 mai 2024. Elle a déposé une première demande de titre de séjour auprès de la préfecture de l'Essonne le 8 mars 2024. Mme A ne dispose plus, depuis le 31 mai 2024, date de fin de validité de son visa long séjour, d'un document justifiant de son séjour régulier sur le territoire français. Elle fait valoir qu'elle est enceinte depuis le mois d'août 2024 et que le refus implicite opposé par le préfet à sa demande de titre de séjour l'empêche de pouvoir accéder aux soins élémentaires. Toutefois, et alors par ailleurs que Mme A joint à sa requête un certificat médical et un compte-rendu d'échographie attestant d'une prise en charge de sa grossesse, les éléments invoqués ne caractérisent pas une situation d'urgence particulière, au sens et pour l'application de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, qui impliquerait qu'une mesure visant à sauvegarder les libertés fondamentales dont elle se prévaut soit prise dans le très bref délai de 48 heures prévu à cet article, alors par ailleurs qu'elle a attendu plusieurs mois après l'intervention de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour pour saisir le présent tribunal. Par suite, en l'état de l'instruction, Mme A ne fait pas état d'une situation d'urgence, au titre de la procédure particulière prévue par l'article L. 521-2 du code de justice administrative, de nature à justifier qu'il soit statué sur sa demande dans un délai de quarante-huit heures.

4. Il résulte de ce qui précède que la requête présentée par Mme A doit être rejetée, en ce compris les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, par application des dispositions de l'article L. 522-3 du même code.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A.

Fait à Versailles, le 24 janvier 2025.

La juge des référés,

signé

F. Lutz

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

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