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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2500937

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2500937

mercredi 19 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2500937
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantNGOTO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 janvier 2025, Mme D C épouse A B représentée par Me Ngoto, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 17 août 2024 par laquelle la préfète de l'Essonne a implicitement rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, ou à tout préfet territorialement compétent, de réexaminer sa demande et de lui délivrer dans l'attente un récépissé de renouvellement ou une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, l'ensemble sans délai et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Elle soutient que :

-la condition de l'urgence est remplie car présumée s'agissant d'un refus de renouvellement de son droit au séjour ; elle est en situation irrégulière et ne peut pas travailler ; elle attend un enfant et risque d'être privée du droit de bénéficier des prestations relatives à son congé maternité ;

-la condition du doute sérieux est remplie ; il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte par une délégation régulièrement publiée ; la décision est insuffisamment motivée car elle a demandé au préfet par lettre recommandée avec accusé de réception du 24 décembre 2024 de lui communiquer les motifs de la décision, mais aucun motif ne lui a été communiqué ; elle est entachée d'un défaut d'examen ; elle méconnait l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ; elle est illégale en l'absence de décision dans un délai de 4 mois ; elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation alors qu'elle a déposé un dossier complet ; elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Mauny, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Au cours de l'audience publique tenue le 10 février 2025 à 14h00, en présence de Mme Paulin, greffière d'audience, M. Mauny a lu son rapport et entendu les observations de Me Ngoto représentant Mme C qui conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre qu'elle est chef d'entreprise et ne dispose pas d'attestation de prolongation d'instruction depuis le 4 novembre 2024 ; qu'elle sollicite la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler..

La préfète de l'Essonne n'était ni présente ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, à 14h33.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante marocaine née en 1991, est entrée régulièrement en France en 2018. Elle a épousé M. A B, ressortissant français, le 6 février 2021. Elle s'est vu délivrer en dernier lieu une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale valable jusqu'au 28 juillet 2024 dont elle a demandé le renouvellement le 16 avril 2024. Elle s'est vu délivrer une attestation de prolongation d'instruction le 5 août 2024 valable jusqu'au 4 novembre 2024. Par un courrier du 24 décembre 2024, reçu le 30 décembre 2024, elle a demandé les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement qui est née 4 mois après son enregistrement. Par la présente requête, Mme C demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ".

En ce qui concerne l'urgence :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4. Il résulte de l'instruction que Mme C a sollicité le 16 avril 2024 le renouvellement du titre de séjour valable jusqu'au 28 juillet 2024. Alors que les effets de la décision en litige sur la situation de la requérante font naître une présomption d'urgence, la préfète de l'Essonne, à qui la requête a été communiquée, n'a produit aucune observation et ne fait donc pas état de circonstances particulières de nature à faire obstacle à la présomption d'urgence dont peut se prévaloir la requérante. La condition d'urgence prévue par les dispositions précitées de l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit ainsi être regardée comme étant remplie.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

5. Aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation.

Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. Dans ce cas, le délai du recours contentieux contre ladite décision est prorogé jusqu'à l'expiration de deux mois suivant le jour où les motifs lui auront été communiqués. ".

6. Aux termes d'autre part de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

7. Il résulte de l'instruction, et n'est pas contesté, que Mme C a demandé, par un courrier du 24 décembre 2024, reçu le 30 décembre 2024, les motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de son titre de séjour. Il n'est pas contesté que ces motifs, à la date de la présente ordonnance, ne lui ont pas été communiqués. En outre, il résulte de l'instruction que Mme C est entrée sur le territoire en 2018, qu'elle a épousé un ressortissant français le 6 février 2021, que le couple attend un enfant et qu'elle a créé une société immatriculée le 3 octobre 2023. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de ce que la décision implicite refusant le renouvellement de son titre de séjour est insuffisamment motivée et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sont donc de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision.

8. Les deux conditions prévues à l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision implicite refusant le renouvellement de la carte de séjour de Mme C jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

9. Il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance en la munissant, durant ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, et au plus tard jusqu'à ce que le tribunal ait statué sur la requête au fond. Il n'y a pas lieu en revanche d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

10. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme C de la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision implicite de la préfète de l'Essonne rejetant la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C déposée le 16 avril 2024 est suspendue jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de procéder au réexamen de la demande de renouvellement du titre de séjour de Mme C dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir dans l'attente d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler.

Article 3 : L'Etat versera à Mme C la somme de 900 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C, épouse A B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 19 février 2025.

Le juge des référés,

signé

O. Mauny

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°250937

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