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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2501064

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2501064

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2501064
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMEGHERBI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 janvier 2025, M. B A, représenté par Me Megherbi, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté du 29 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;

2°) d'enjoindre au sous-préfet de Palaiseau de réexaminer son dossier et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 200 euros de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur l'urgence :

- il se trouve dans une situation administrative précaire et vit avec la peur d'être renvoyé en Tunisie et de devoir laisser sa fille seule dans sa famille d'accueil ; son employeur ne peut envisager de continuer à l'employer s'il est contraint de retourner en Tunisie ; il contribue positivement au fonctionnement de la société française et de son économie depuis plus de sept ans en exerçant la profession de peintre ;

Sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision contestée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, en méconnaissance de l'article 10 b) de l'accord franco-tunisien ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation du refus de titre de séjour qui la fonde ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit à une vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête enregistrée le 13 décembre 2024 sous le numéro 2410889 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Lellouch, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant tunisien né le 1er juillet 1974, déclare être entré en France en 2001, et y résider depuis lors. Il a bénéficié d'une carte de séjour en qualité de parent d'enfant français du 22 septembre 2017 au 21 septembre 2019, puis d'une carte de séjour pluriannuelle du 22 septembre 2019 au 21 septembre 2023. Le 29 septembre 2023, il a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 29 novembre 2024, la préfète de l'Essonne a rejeté sa demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Par la présente requête, il demande la suspension de l'exécution de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu'il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ".

3. En application de l'article L. 522-3 du code de justice administrative, lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les dispositions de l'article L. 522-1 de ce code relatives à la procédure contradictoire et à la tenue d'une audience.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

4. Aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le recours au fond dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours suspend, par lui-même, l'exécution de cette décision. Par suite, les conclusions tendant à la suspension de la décision portant obligation de quitter le territoire sont manifestement irrecevables.

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

6. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du retrait de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

7. Il résulte de l'instruction que l'examen de la requête au fond de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 29 novembre 2024 lui refusant le renouvellement de son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français est inscrit au rôle d'une audience collégiale du 17 mars 2025. En outre, si M. A soutient qu'il ne pourra conserver son emploi en cas de retour dans son pays d'origine, l'exécution de la mesure d'éloignement ne peut intervenir, ainsi qu'il a été dit au point 5, avant que le tribunal ne se soit prononcé sur le recours au fond et il ne ressort pas des pièces du dossier que d'ici l'intervention de ce jugement au fond, M. A serait exposé à un risque de perdre son emploi. Ainsi, dans les circonstances particulières de l'espèce, eu égard au bref délai dans lequel le jugement au fond doit intervenir, la condition d'urgence prévue par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

8. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu de faire application des dispositions de l'article L. 522-3 du code de justice administrative et de rejeter la requête en toutes ses conclusions.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A.

Fait à Versailles, le 31 janvier 2025.

La juge des référés,

signé

J. Lellouch

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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