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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2501136

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2501136

vendredi 28 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2501136
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète de l'Essonne de fixer un rendez-vous à Mme B, ressortissante camerounaise, pour lui permettre de déposer sa demande de titre de séjour "vie privée et familiale". Le juge a retenu l'urgence, caractérisée par l'impossibilité pour la requérante, admise dans l'enseignement supérieur, de poursuivre ses études en raison de l'absence de document de séjour. La solution s'appuie sur le droit de tout étranger à voir sa situation examinée dans un délai raisonnable et sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 janvier 2025, Mme A B, représentée par Me Andrivet, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour " vie privée et familiale " et obtenir un récépissé ou tout autre document justifiant la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, dans un délai de 10 jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence posée par les dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative est remplie, dès lors que l'absence de tout document de séjour et l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous l'empêche de poursuivre ses études et s'inscrire dans la formation dans l'enseignement supérieur dans laquelle elle a pourtant été admise ;

- la mesure sollicitée est utile ;

- elle ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Marc, première conseillère, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, de nationalité camerounaise, née le 8 mai 2002, est entrée mineure sur le territoire français et a obtenu un document de circulation pour étranger mineur valable jusqu'au 7 mai 2021. Elle a sollicité auprès de la préfète de l'Essonne la régularisation de sa situation, au titre de l'admission exceptionnelle au séjour " vie privée et familiale ", par l'intermédiaire de la plateforme " démarches-simplifiées " le 11 juillet 2023 mais aucun rendez-vous ne lui a été proposé. Elle demande en conséquence au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin de déposer sa demande de titre de séjour ou tout autre document justifiant la régularité de son séjour en attendant l'instruction de sa demande, dans un délai de dix jours à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. Il résulte de l'instruction que Mme B, ayant bénéficié d'un document de circulation pour étranger mineur ainsi que cela a été dit, a été placée auprès des services de l'aide sociale à l'enfance à la suite de violences intra-familiales, a obtenu son brevet de technicien supérieur (BTS) en juillet 2024 et a, dès le 11 juillet 2023, déposé une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale, sur la plateforme " démarches simplifiées ". Elle justifie de ses démarches auprès de la préfecture de l'Essonne en vue de pouvoir déposer son dossier à l'occasion d'un rendez-vous. Il résulte de l'instruction que ces démarches entamées en 2023, relatives à l'admission exceptionnelle au séjour, sont restées vaines. A défaut de tout document administratif en cours de validité, la requérante se retrouve en situation irrégulière et justifie ne pouvoir s'inscrire dans la formation universitaire postérieure à son BTS dans laquelle elle a pourtant été admise. Cette situation l'empêche de poursuivre ses études supérieures, alors qu'elle a effectué la majeure partie de sa scolarité en France, y a obtenu son baccalauréat ainsi que, comme cela a été dit, son BTS en 2024. Ainsi, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative est remplie. Par ailleurs, il n'apparaît pas que la demande de l'intéressée se heurterait à une contestation sérieuse ou qu'elle ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

6. Il y a lieu, dans ces conditions, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B à un rendez-vous en préfecture, afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer un récépissé ou tout autre document justifiant la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler compte-tenu de sa situation, si le dossier déposé est complet. Il y a lieu de prescrire l'exécution de cette mesure dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B à un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer, si le dossier est complet, un récépissé ou tout autre document justifiant la régularité de son séjour et l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée Mme A B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 28 février 2025.

La juge des référés,

signé

E. Marc

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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