Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. D..., ressortissant ivoirien, qui contestait le refus de renouvellement de sa carte de résident par la préfète de l’Essonne. Le tribunal a substitué la base légale de la décision, initialement fondée sur l’article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (menace pour l’ordre public), par celle de l’article L. 432-3 (menace grave pour l’ordre public), applicable au renouvellement. Il a estimé que les condamnations pénales de l’intéressé, bien qu’anciennes, justifiaient le refus, et a écarté le moyen tiré de l’incompétence du signataire. La solution retenue confirme la légalité de l’arrêté préfectoral.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 1er février 2025, M. A... D..., représenté par Me Kabore, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 9 décembre 2024 par lequel la préfète de l’Essonne a rejeté sa demande de renouvellement de sa carte de résident ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer une carte de résident, valable dix ans ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d’incompétence ;
- une décision du Conseil d’Etat rendue le 6 juin 2024 interdit le retrait de toute carte de résident lorsque la demande de renouvellement est en cours, de sorte que le retrait de sa carte de résident ne pouvait être prononcé ;
- il ne représente pas une menace pour l’ordre public, dès lors que les condamnations dont il a fait l’objet sont anciennes et portent sur des délits routiers, et qu’il a en outre cessé de conduire.
La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne, qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par un courrier du 11 décembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, que le jugement à intervenir était susceptible d’être fondé sur le moyen soulevé d’office, tiré de la substitution de la base légale de la décision de refus de titre de séjour contestée, qui repose sur les dispositions de l’article L. 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, par celles de l’article L. 432-3 du même code.
La demande d’aide juridictionnelle présentée par M. D... a été rejetée par une décision du 24 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Caron, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
M. A... D..., ressortissant ivoirien né en 1958, est entré en France le 20 juillet 1993. Il a bénéficié de plusieurs cartes de résident valables du 20 juillet 1993 au 19 juillet 2003, du 20 juin 2003 au 19 juin 2013 et du 20 juin 2013 au 19 juin 2023, dont il a demandé le renouvellement le 25 avril 2023. Par un arrêté du 9 décembre 2024, la préfète de l’Essonne a refusé de faire droit à sa demande de renouvellement de sa carte de résident, et lui a délivré une carte de séjour d’un an portant la mention « vie privée et familiale ». M. D... doit être regardé comme demandant l’annulation de cet arrêté en tant qu’il refuse de lui délivrer une carte de résident de dix ans.
En premier lieu, par un arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-195 du 24 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l’Essonne, la préfète de ce département a donné délégation à M. C... B..., sous-préfet de Palaiseau, à l’effet de signer, notamment, tous arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans l’arrondissement de Palaiseau, à l’exception de certains actes dont ne font pas partie la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.
En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ». Aux termes de l’article L. 432-3 du même code : « (…) Le renouvellement de la carte de résident peut être refusé à tout étranger lorsque : / 1° Sa présence constitue une menace grave pour l'ordre public (...) ».
Lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l’application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l’office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d’avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point.
Pour refuser le renouvellement de la carte de résident de M. D..., la préfète de l’Essonne s’est fondée sur les dispositions de l’article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel concerne les refus de délivrance d’une telle carte. Toutefois, elle aurait pu prendre la même décision sur le fondement de l’article L. 432-3 du même code. Dès lors que cette substitution de base légale, sur laquelle M. D... a été mis en mesure de présenter des observations, ne prive l’intéressé d’aucune garantie et que l’autorité préfectorale dispose du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’un ou l’autre de ces deux textes, il y a lieu de substituer à la base légale erronée les dispositions de l’article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Il ressort de la motivation de la décision attaquée, qui mentionne les différentes condamnations dont l’intéressé a fait l’objet, que la préfète de l’Essonne a considéré que la présence en France de M. D... constituait une menace grave pour l’ordre public. Il n’est pas contesté que l’intéressé a été condamné le 22 mai 2006 à 500 euros d’amende pour des faits de conduite sans permis, le 18 janvier 2007 à 500 euros d’amende et à l’obligation d’accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière pour des faits de conduite sans permis, et le 9 juin 2020 à la peine de sept mois d’emprisonnement sous le régime de la semi-liberté et à la confiscation du véhicule pour des faits de conduite sans permis en récidive et défaut d’assurance. Ces condamnations, et notamment la dernière prononcée pour une infraction commise en récidive, révèlent un comportement dangereux de l’intéressé. En outre, M. D..., qui ne verse aux débats aucune pièce, n’établit pas qu’il aurait, ainsi qu’il l’allègue, cessé de conduire ou obtenu son permis de conduire. Dans ces conditions, et compte tenu de la gravité de ces agissements et de leur caractère réitéré, la préfète de l’Essonne n’a pas commis d’erreur d’appréciation en retenant que la présence en France de M. D... constituait une menace grave pour l’ordre public de nature à justifier le refus de renouvellement de sa carte de résident au regard des dispositions de l’article L. 432-3 cité au point 3.
En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que la décision attaquée ne procède pas au retrait de la carte de résident de M. D..., mais refuse de faire droit à sa demande de renouvellement de ce titre. Par suite, le requérant ne peut pas utilement faire valoir qu’un retrait d’une carte de résident ne pourrait intervenir lorsqu’une demande de renouvellement est en cours.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. D... doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d’injonction, et celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... D... et à la préfète de l’Essonne.
Délibéré après l’audience du 16 décembre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Boukheloua, présidente,
Mme Caron, première conseillère,
Mme Jouguet, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 janvier 2026.
La rapporteure,
signé
V. Caron
La présidente
signé
N. BoukhelouaLa greffière,
signé
B. Bartyzel
La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.