jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2501436 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ASSOCIATION FRANCE TERRE ASILE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 10 février 2025 et le 19 février 2025, M. A B, représenté par Me Bechaouch Contaminard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- ne comporte pas l'indication de la qualité de son auteur, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- a été signé par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivé ;
- est fondé sur des faits matériellement inexacts ;
- est entaché d'erreur d'appréciation s'agissant de la menace à l'ordre public que constituerait sa présence en France ;
- est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français entraînera l'annulation par voie de conséquence des décisions refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, portant interdiction de retour sur le territoire français et portant signalement au " système d'information Schengen " ;
- la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 février 2025, le préfet des Hauts-de-Seine conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Le Vaillant pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L.922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 20 février 2025 tenue en présence de M. Ileboudo, greffier :
- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller ;
- les observations de Me Bechaouch Contaminard, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens et précise que M. B n'a jamais fait l'objet d'une condamnation pénale ; que les faits d'agression sexuelle figurant au fichier automatisé des empreintes digitales correspondant à une procédure dans laquelle il a été entendu en tant que témoin ; que les faits de séquestration figurant à ce même fichier correspondent au même incident, au cours duquel il a pris la défense d'une personne agressée et enfermé à clef l'agresseur dans une pièce, mais que l'enquête correspondant à ces faits a été classée sans suite ; que les faits de vol figurant à ce fichier correspondant à une procédure dans le cadre de laquelle il a été entendu en qualité de victime ; qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public au seul motif qu'il a conduit sans permis ; qu'il est marié avec une ressortissante française, est père d'un enfant français et a bénéficié d'un premier titre de séjour en cette qualité, dont l'autorité préfectorale a refusé de le renouvellement pour un motif tiré de la menace à l'ordre public qu'il représenterait ; qu'un recours est pendant devant la juridiction administrative contre le refus de renouveler son titre de séjour et la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet concomitamment, au mois d'octobre 2024.
- et les observations de M. B, assisté de M. C, interprète.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
1. M. A B, ressortissant marocain né le 6 octobre 1996, déclare être entré irrégulièrement sur le territoire français en 2018. Il s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", valable du 14 décembre 2022 au 13 décembre 2023. Par un arrêté du 11 octobre 2024, le préfet du Val-de-Marne a refusé de renouveler ce titre de séjour et a obligé M. B à quitter le territoire français. À la suite de l'interpellation et du placement en garde à vue de M. B le 8 février 2025 pour des faits de conduite sans permis, le préfet des Hauts-de-Seine, par l'arrêté attaqué du 9 février 2025, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
3. D'une part, il ressort des pièces du dossier, contrairement aux mentions figurant dans l'arrêté attaqué, que M. B s'est vu délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", en sa qualité de parent d'un enfant français, valable du 14 décembre 2022 au 13 décembre 2023. Au cours de l'examen de sa demande de renouvellement de ce titre de séjour, introduite dans les délais impartis, il a bénéficié d'une attestation de prolongation d'instruction valable jusqu'au 20 juillet 2024. Il a créé la société " SARL Iso Sphère " le 26 avril 2023, dont il est dirigeant et a également exercé une activité salariée en qualité de ravaleur sous couvert d'un contrat à durée déterminée conclu pour la période du 22 janvier 2024 au 1er août 2024. Il est marié depuis le 10 septembre 2020 à une ressortissante française avec laquelle il a eu un fils né le 17 mars 2022 et il justifie, par la production de nombreux éléments circonstanciés, contribuer à l'entretien et l'éducation de cet enfant. Il produit également le bail conclu pour la location du logement familial, en date du 1er novembre 2021, établi à son nom et celui de son épouse. Il fait en outre état de plusieurs attestations circonstanciées de proches du couple, qui témoignent tous de l'implication de M. B dans la vie familiale. Dans ces conditions, en ayant obligé M. B à quitter le territoire français, le préfet des Hauts-de-Seine a porté une atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
4. D'autre part, le préfet soutient que la présence de M. B sur le territoire français constituerait une menace pour l'ordre public. Cependant, le préfet se borne à cet égard à faire référence à son interpellation pour des faits de conduite sans permis ainsi qu'aux mentions de l'intéressé au fichier automatisé des empreintes digitales, pour des faits d'agression sexuelle. Or, le requérant a exposé de manière circonstanciée au cours de l'audience publique, sans être contredit, que cette mention au fichier automatisé des empreintes digitales correspondant à une procédure dans laquelle il a été entendu en qualité de témoin, après une altercation au cours de laquelle il a pris la défense d'une personne agressée sexuellement. M. B indique par ailleurs qu'il a été entendu en tant qu'auteur de faits de séquestrations, dès lors qu'il avait au cours de cette altercation enfermé à clef l'agresseur dans une autre pièce, sont par ailleurs cohérentes avec la mention concomitante, à ce même fichier, de faits de séquestration. Il fait au demeurant valoir, sans être contredit, que cette procédure a fait l'objet d'un classement sans suite. Dans ces conditions, la seule circonstance que M. B a conduit sans permis, qu'il reconnaît, ne saurait, eu égard à la nature et à au caractère isolé de ce fait, faire regarder sa présence en France comme constitutive d'une menace pour l'ordre public. Par conséquent, l'atteinte portée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale par la décision portant obligation de quitter le territoire français est disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, M. B est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui est au demeurant fondée sur des faits matériellement inexacts eu égard à sa situation administrative antérieure, méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Hauts-de-Seine l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et, par voie de conséquence, des décisions fixant le pays de destination et portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 614-16 du même code : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
7. Le présent jugement, qui prononce l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français, n'implique pas nécessairement la délivrance d'un titre de séjour au requérant, mais uniquement, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code précité, que le requérant soit muni d'une autorisation provisoire de séjour, dans l'attente du réexamen de sa situation. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au préfet des Hauts-de-Seine ou toute autre autorité territorialement compétente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 9 février 2025 par lequel le préfet des Hauts-de-Seine a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Hauts-de-Seine ou à tout autre préfet territorialement compétent de procéder à un nouvel examen de la situation de M. B et le munir, dans l'attente de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Hauts-de-Seine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2025.
Le magistrat désigné,
Signé
A. Le Vaillant Le greffier,
Signé
J. Ileboudo
La République mande et ordonne au préfet des Hauts-de-Seine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2501436
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026