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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2501478

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2501478

lundi 3 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2501478
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantRAYMOND

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles rejette la requête de Mme A, ressortissante guinéenne, qui contestait l'arrêté du préfet des Yvelines du 3 février 2025 ordonnant son transfert aux autorités espagnoles. La requérante invoquait notamment l'incompétence du signataire, un défaut de motivation et une méconnaissance du règlement (UE) n° 604/2013. Le tribunal écarte l'ensemble des moyens, jugeant l'arrêté suffisamment motivé et signé par une autorité compétente, et estime que la procédure d'information prévue à l'article 4 du règlement a été respectée. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 février 2025, Mme D A, représentée par Me Raymond, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2025 par lequel le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en tant que demandeur d'asile, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à la part contributive de l'Etat.

Elle soutient que :

- l'arrêté en litige a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il méconnait l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'elle ne s'est pas vue remettre la brochure mentionnée dans le délai imparti ;

-il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conditions d'accueil des demandeurs d'asiles en Espagne, de l'impossibilité de présenter leur demande d'asile et des problèmes de santé dont elle souffre.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 février 2025, le préfet des Yvelines, représenté par Me Cano, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mathé, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Mathé, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique du 24 février 2025 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante guinéenne née le 3 mars 1998, a déposé, le 26 novembre 2024, une demande d'asile auprès de la préfecture des Yvelines. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base des données Eurodac a révélé que Mme A a sollicité l'asile auprès des autorités espagnoles le 25 janvier 2024. Les autorités espagnoles, saisies par le préfet des Yvelines le 3 décembre 2024 d'une demande de reprise en charge de Mme A, ont explicitement accepté cette requête le 11 décembre 2024. Par un arrêté du 3 février 2025, le préfet des Yvelines a décidé son transfert aux autorités espagnoles, responsables de l'examen de sa demande de protection internationale. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2024-06-17-00002 du 17 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2024-210 du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme C B, adjointe au chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les textes dont il fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme A ainsi que les éléments sur lesquels le préfet des Yvelines s'est fondé pour estimer que l'examen de sa demande de protection internationale relevait de la responsabilité d'un autre Etat. Dès lors, cet arrêté, qui comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, qui sont suffisamment développées pour permettre à la requérante d'en contester utilement le bien-fondé, est suffisamment motivé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les Etats membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3. / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5 () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre, dès le moment où le préfet est informé de ce qu'il est susceptible d'entrer dans le champ d'application de ce règlement, et en tout état de cause en temps utile, une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative de la brochure prévue par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.

7. Il ressort des pièces du dossier que la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", ainsi que le guide du demandeur d'asile, ont été remis à Mme A en langue française, qu'elle ne comprend pas, au motif qu'ils n'existent pas en langue peulh, seule langue comprise par l'intéressée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du document signé par Mme A le 26 novembre 2024 à l'occasion de la remise des brochures et du guide, que les informations contenues dans ces documents ont été portées oralement à sa connaissance par un interprète en langue peulh. Par ailleurs, ces brochures lui ont été délivrées dès le jour de l'enregistrement de sa demande de protection internationale en France, soit en temps utile avant qu'intervienne la décision de transfert en litige. Dans ces conditions, la remise orale des informations prévues par les dispositions du 2 de l'article 4 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 n'a ni privé Mme A d'une garantie ni été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision attaquée. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 de ce règlement doit ainsi être écarté.

8. En dernier lieu, si la requérante soutient que les demandeurs d'asile font l'objet de violences physiques, de harcèlement, d'extorsion et de vol en Espagne et qu'ils sont dans l'impossibilité de déposer leur demande d'asile et de la voir instruite, elle ne produit aucun élément au soutien de ces allégations, qui ne sont au demeurant pas circonstanciées. Par ailleurs, si elle soutient avoir des problèmes de santé appelant un suivi médical, qui ne sont au demeurant pas précisés, elle ne produit aucun document ou certificat médical circonstancié identifiant des troubles de santé qui feraient obstacle à son transfert vers l'Espagne. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme A tendant à l'annulation de l'arrêté du préfet des Yvelines du 3 février 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles relatives aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au ministre de l'Intérieur.

Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. Mathé Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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