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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2501518

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2501518

lundi 3 mars 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2501518
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSIDIBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 février 2025, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2025 par lequel la préfète de l'Essonne a décidé de son transfert aux autorités italiennes responsables de l'examen de sa demande de protection internationale ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de réexaminer sa situation.

Il soutient que :

- les conditions d'accueil des demandeurs d'asile et le traitement de leur demande ne sont pas identiques en Italie et en France ; une politique d'immigration hostile a été instaurée en Italie et peut constituer un désavantage dans le traitement de sa demande d'asile ; il craint le rejet de sa demande d'asile par les autorités italiennes et son renvoi dans son pays d'origine où sa vie est menacée ;

- il a sollicité la reconnaissance du statut de réfugié en France, dont il maîtrise la langue et où résident des membres de sa famille ainsi que des personnes bienveillantes qui lui apportent une aide précieuse.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais qui a versé des pièces, enregistrées le 22 février 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Mathé, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 février 2025 qui s'est tenue en présence de M. Rion, greffier :

- le rapport de Mme Mathé, magistrate désignée,

- les observations de Me Sidibe, avocat commis d'office, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens,

- la préfète de l'Essonne n'étant ni présente, ni représentée.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant congolais né le 7 octobre 1989 à Brazzaville, a sollicité son admission au séjour au titre du droit d'asile, le 25 novembre 2024, auprès des services de la préfète de l'Essonne. Lors de l'instruction de cette demande, la consultation de la base Visabio a révélé que M. B avait bénéficié d'un visa délivré par les autorités italiennes, et est entré en France sous couvert de ce visa le 26 août 2024. Saisies d'une demande de prise en charge de M. B le 6 décembre 2024, les autorités italiennes ont explicitement accepté cette requête le 13 décembre 2024. Par un arrêté du 4 février 2025, dont M. B demande l'annulation, la préfète de l'Essonne a décidé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 2. Lorsque aucun État membre responsable ne peut être désigné sur la base des critères énumérés dans le présent règlement, le premier État membre auprès duquel la demande de protection internationale a été introduite est responsable de l'examen. / Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, lesquelles ont été reprises à l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Et aux termes de l'article L. 572-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La procédure de transfert vers l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile ne peut être engagée dans le cas de défaillances systémiques dans l'Etat considéré mentionné au 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013. ".

3. L'Italie est un État membre de l'Union européenne, partie à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complété par le protocole de New York, et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit alors être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de la convention de Genève ainsi qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cependant, cette présomption peut être renversée, sur la base d'éléments objectifs, fiables, précis et dûment actualisés et au regard du standard de protection des droits fondamentaux garanti par le droit de l'Union, s'il y a des raisons sérieuses de croire qu'il existe des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs d'asile, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux.

4. M. B doit être regardé comme soutenant que la procédure d'asile en Italie et les conditions d'accueil des demandeurs souffrent de défaillances systémiques. Toutefois, il ne produit aucun élément à l'appui de ces allégations, qui ne sont au demeurant pas circonstanciées. Par ailleurs, il n'établit pas non plus qu'en cas de transfert vers l'Italie, il serait inévitablement renvoyé vers le Congo, où sa vie serait menacée, ce qui n'est au demeurant pas davantage démontré. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il résulte des dispositions précitées du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 que si une demande d'asile est examinée par un seul État membre et qu'en principe cet État est déterminé par application des critères d'examen des demandes d'asile fixés par son chapitre III, dans l'ordre énoncé par ce chapitre, l'application de ces critères est toutefois écartée en cas de mise en œuvre de la clause dérogatoire énoncée au paragraphe 1 de l'article 17 du règlement, qui procède d'une décision prise unilatéralement par un État membre. Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif, la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

7. M. B doit être regardé comme soutenant que l'examen de sa demande d'asile doit être effectué en France, au titre du droit souverain des autorités françaises d'accorder l'asile sur leur territoire, y compris lorsque cet examen relève de la compétence d'un autre Etat, dès lors qu'il maîtrise la langue française et que résident en France des membres de sa famille ainsi que des personnes bienveillantes qui lui apportent une aide précieuse. Toutefois, la seule attestation non datée qui émanerait de sa sœur, dont il a déclaré la présence en France lors de son entretien individuel du 25 novembre 2024, non accompagnée d'un document d'identité, ne permet d'établir ni sa présence sur le territoire français ni l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec elle. Il n'établit pas non plus l'intensité des liens qu'il aurait noués avec les personnes qui lui apporteraient une aide précieuse depuis son arrivée en France, dont il ne précise au demeurant pas l'identité. Par ailleurs, sa présence sur le territoire français est très récente et il a déclaré que sa compagne et leurs enfants étaient restés au Congo. Dans ces conditions, en refusant de faire usage de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 du 26 juin 2013, la préfète de l'Essonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. Ce moyen doit ainsi être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de l'arrêté de la préfète de l'Essonne du 4 février 2025 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'Intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2025.

La magistrate désignée,

signé

C. Mathé Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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