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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2501780

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2501780

lundi 16 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2501780
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDESSEIX

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. A D, ressortissant ivoirien, qui contestait un arrêté du préfet des Yvelines du 8 octobre 2024 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence du signataire, de défaut de motivation et de violation de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, estimant que la décision était suffisamment motivée et que l'intéressé, entré irrégulièrement en 2018 et déjà soumis à une précédente obligation de quitter le territoire en 2021, ne justifiait pas d'une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a été jugé inopérant, l'arrêté n'ayant ni pour objet ni pour effet de refuser une admission au séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 février 2025 et 21 mai 2025, M. A D, représenté par Me Desseix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit en cas d'exécution d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour mention " salarié " ou " vie privée et familiale " sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ; à défaut, de réexaminer sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- il méconnaît l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a produit des pièces enregistrées le 16 mai 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juin 2025 :

- le rapport de M. Fraisseix ;

- les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant ivoirien né le 3 janvier 1982, déclare être entré en France en 2018. Par un arrêté du 8 octobre 2024, le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 78-2024-10-11-00005 du 11 octobre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet des Yvelines a donné délégation de signature à M. B C, directeur des migrations, pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de leur signataire doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, en tant qu'il oblige M. D à quitter le territoire français, vise les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont il fait application. Cet arrêté mentionne que l'intéressé, qui a fait l'objet d'un refus de titre de séjour le 20 juillet 2021 assorti d'une obligation de quitter le territoire français pris par le préfet des Hauts-de-Seine, obligation à laquelle il s'est soustrait. Dans ces conditions, en tout état de cause, la décision attaquée faisant état des circonstances de droit et de fait en constituant le fondement, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, conformément aux dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes du premier alinéa de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

5. L'arrêté attaqué n'a ni pour objet, ni pour effet, de refuser une demande d'admission au séjour. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté comme inopérant.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

7. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué, et il n'est pas contesté, que M. D est entré irrégulièrement sur le territoire français en 2018, puis s'y est maintenu irrégulièrement. Il ressort des pièces du dossier que M. D a fait l'objet d'une précédente décision portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire, édictée le 20 juillet 2021 à laquelle il s'est soustrait. Si le requérant se prévaut de son intégration professionnelle depuis 2019, ce seul élément n'est pas suffisant pour établir l'existence de liens privés en France particulièrement forts auxquels la décision porterait atteinte de manière disproportionnée. En outre, si le requérant soutient que sa fille majeure réside en France, il ne fait toutefois état d'aucun élément de nature à établir les liens qu'il entretient avec cette dernière ni davantage la nécessité de sa présence auprès d'elle. Par ailleurs, il n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine dans lequel réside sa sœur et ne soutient ni qu'il aurait tissé, en France, des liens amicaux ou professionnels d'une particulière intensité, ni qu'il serait intégré à la société française. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

9. Si le requérant soutient qu'il serait exposé en cas de retour en Côte d'Ivoire à des traitements inhumains et dégradants, il n'établit toutefois pas la réalité des craintes alléguées et des risques auxquels il serait personnellement exposé. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté attaqué du préfet des Yvelines doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Jauffret, premier conseiller,

M. Fraisseix, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.

Le rapporteur,

signé

P. Fraisseix

Le président,

signé

P. Ouardes

Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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