jeudi 20 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2501861 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Urgences |
| Avocat requérant | CANDON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 et 20 février 2025, MM. E F, A F et E D, représentés par Me Candon, demandent au tribunal, statuant en application des dispositions de l'article L. 779-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler l'arrêté n° 2025-PREF-DCSIPC-BRECI du 17 février 2025 par lequel la préfète de l'Essonne les a mis en demeure de quitter les lieux dans un délai de 24 heures à défaut de quoi il sera procédé à leur évacuation forcée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, la somme de 800 euros.
Ils soutiennent que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 car le maire de la commune de Brétigny-sur-Orge n'avait plus compétence et le président de Cœur d'Essonne Agglomération était compétent dès lors que l'arrêté 20.1860 n'a pas été publié au recueil des actes administratifs, ni transmis au préfet ; en outre, la commune et l'EPCI n'ont pas satisfait à toutes leurs obligations d'accueil des gens du voyage ; l'occupation n'est pas de nature à porter atteinte à la salubrité, la tranquillité, le portail d'entrée étant intact tout au plus a fait l'objet d'une légère détérioration, aucune gêne ne peut être constatée aux activités du centre commercial situé à 300 mètres, les caravanes étant équipées de toilettes et de cuves pour récupérer les eaux usées, des conteneurs étant disposés à l'entrée du parking ; ils n'ont pas d'autres endroits où aller ;
- un membre du groupe est gravement malade et est suivi à l'hôpital d'Anthony et les occupants ont des enfants scolarisés dans les écoles primaires du secteur.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 février 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par MM. F et D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 ;
- le décret n° 2019-171 du 5 mars 2029 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Fraisseix, premier conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 779-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique tenue le 20 février 2025 à 14 heures en présence de Mme Paulin, greffière d'audience :
- le rapport de M. Fraisseix ;
- et les observations MM. F et D qui maintiennent leurs conclusions et moyens.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 14 heures 15.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage : " I.-Le maire d'une commune membre d'un établissement public de coopération intercommunale compétent en matière de création, d'aménagement, d'entretien et de gestion des aires d'accueil des gens du voyage et des terrains familiaux locatifs définis aux 1° à 3° du II de l'article 1er peut, par arrêté, interdire en dehors de ces aires et terrains le stationnement sur le territoire de la commune des résidences mobiles mentionnées au même article 1er, dès lors que l'une des conditions suivantes est remplie :/ 1° L'établissement public de coopération intercommunale a satisfait aux obligations qui lui incombent en application de l'article 2 ;/ 2° L'établissement public de coopération intercommunale bénéficie du délai supplémentaire prévu au III du même article 2 ; /3° L'établissement public de coopération intercommunale dispose d'un emplacement provisoire agréé par le préfet ; /4° L'établissement public de coopération intercommunale est doté d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage, sans qu'aucune des communes qui en sont membres soit inscrite au schéma départemental prévu à l'article 1er ; / 5° L'établissement public de coopération intercommunale a décidé, sans y être tenu, de contribuer au financement d'une telle aire ou de tels terrains sur le territoire d'un autre établissement public de coopération intercommunale ; / 6° La commune est dotée d'une aire permanente d'accueil, de terrains familiaux locatifs ou d'une aire de grand passage conformes aux prescriptions du schéma départemental, bien que l'établissement public de coopération intercommunale auquel elle appartient n'ait pas satisfait à l'ensemble de ses obligations. () II.- En cas de stationnement effectué en violation de l'arrêté prévu au I ou au I bis, le maire, le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain occupé peut demander au préfet de mettre en demeure les occupants de quitter les lieux. La mise en demeure ne peut intervenir que si le stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. La mise en demeure est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures. Elle est notifiée aux occupants et publiée sous forme d'affichage en mairie et sur les lieux. Le cas échéant, elle est notifiée au propriétaire ou titulaire du droit d'usage du terrain. () Lorsque la mise en demeure de quitter les lieux n'a pas été suivie d'effets dans le délai fixé et n'a pas fait l'objet d'un recours dans les conditions fixées au II bis, le préfet peut procéder à l'évacuation forcée des résidences mobiles, sauf opposition du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain dans le délai fixé pour l'exécution de la mise en demeure. () II bis. Les personnes destinataires de la décision de mise en demeure prévue au II, ainsi que le propriétaire ou le titulaire du droit d'usage du terrain peuvent, dans le délai fixé par celle-ci, demander son annulation au tribunal administratif. Le recours suspend l'exécution de la décision du préfet à leur égard. Le président du tribunal ou son délégué statue dans un délai de quarante-huit heures à compter de sa saisine. ". Aux termes de l'article 9-1 de la même loi : " Dans les communes non inscrites au schéma départemental et non mentionnées à l'article 9, le préfet peut mettre en œuvre la procédure de mise en demeure et d'évacuation prévue au II du même article, à la demande du maire, du propriétaire ou du titulaire du droit d'usage du terrain, en vue de mettre fin au stationnement non autorisé de résidences mobiles de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques. Les personnes objets de la décision de mise en demeure bénéficient des voies de recours mentionnées au II bis du même article. ".
2. Il ressort des pièces du dossier que depuis le 9 février 2025, dix-sept caravanes et dix-huit véhicules tracteurs gens du voyage se sont installés sur le parking de la zone d'activités de loisirs et restaurants " les promenades de Brétigny " situé 90 avenue de la Commune de Paris sur le territoire de la commune de Brétigny-sur-Orge. Par un arrêté du 17 février 2025, la préfète de l'Essonne a mis en demeure les occupants des véhicules et résidences mobiles stationnés sur le terrain de quitter les lieux dans un délai de 24 heures à compter de la notification de cet arrêté. Les requérants qui font partie de ces occupants demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.
3. En premier lieu, il ressort des mentions de l'arrêté attaqué que le gestionnaire du terrain occupé a déposé plainte, le 9 février 2025, en raison de cette occupation illégale. Cette plainte doit être regardée comme la demande, prévue par le II de l'article 9 de la loi du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyages.
4. En deuxième lieu, d'une part, M. C B, directeur de cabinet, a reçu délégation de signature, par arrêté n° 2024-PREF-DCPPAT-BCA-192 du 24 juin 2024, à l'effet de signer au nom de la préfète de l'Essonne toute décision relevant des polices administratives spéciales. D'autre part, la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération a renoncé au transfert automatique des pouvoirs de police spéciale des maires, notamment celle relative aux gens du voyage en application du III de l'article L. 5211-9-2 du code général des collectivités territoriales, non par un simple courrier comme le soutiennent les requérants mais par arrêté n° 20.1860 du 1er décembre 2020, notifié au maire de la commune de Brétigny-sur-Orge par courrier du 3 décembre 2020, reçu en préfecture le 8 décembre 2020 et publié au recueil des actes administratifs le même jour. Enfin, par arrêté n° 2022-018 du 31 mars 2022, le maire de la commune de Brétigny-sur-Orge a délégué à la communauté d'agglomération Cœur d'Essonne Agglomération la compétence en matière d'accueil des gens du voyage, le schéma départemental d'accueil des gens du voyage adopté le 24 avril 2019 prévoyant pour Cœur d'Essonne Agglomération la réalisation d'une aire de grand passage de 150 places. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et ne peut être qu'écarté.
5. En troisième lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté n° 2022-018 en date du 31 mars 2022 du maire de la commune de Brétigny-sur-Orge réglementant le stationnement des résidences mobiles des gens du voyage sur le territoire de la commune de Brétigny-sur-Orge prévoyant l'ouverture d'une aire de grand passage méconnaitrait le schéma départemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de l'Essonne 2019/2024 en ce que cette aire n'est ouverte que du mois de mai au mois de septembre, il ressort toutefois du point 5.1.1 " Rappel de la vocation d'une aire de grand passage " de ce schéma que la vocation des aires de grands passages n'est pas l'accueil permanent mais la facilitation du passage pour délester un territoire en cas de convergence de nombreuses résidences mobiles. Au surplus, ce schéma prévoit expressément que cette aire étant située dans une zone de chasse, elle ferme à l'ouverture de celle-ci à la mi-septembre. Enfin, en se bornant à mentionner que cette fréquentation limitée dans le temps est contraire à la loi du 5 juillet 2000 ainsi qu'au décret du 5 mars 2019 sans préciser les dispositions qui seraient méconnus, les requérants n'établissent pas l'illégalité de l'arrêté du 31 mars 2022.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que le terrain, occupé depuis le 9 février 2025, n'est pas équipé pour permettre l'accueil des gens du voyage et ne comporte ni électricité, ni eau, ni assainissement, ni sanitaires. En outre, le portail d'accès au parking et le portique ont fait l'objet d'un découpage sauvage pour permettre le passage des véhicules des occupants et des nuisances sont occasionnées pour les commerçants et les clients des commerces situés à proximité. Si les requérants soutiennent que l'occupation de ce terrain ne porte pas atteinte à la sécurité, à la salubrité et à la tranquillité publiques, il ressort cependant des pièces du dossier et notamment des rapports de constatation du 10 février 2025 du commissaire de justice et de la circonscription de police nationale de Sainte-Geneviève-des-Bois que la présence des véhicules sur le parking du centre commercial " Les promenades de Brétigny " induit une limitation des places disponibles entrainant des stationnements sauvages de clients source d'accident et de danger pour les piétons ainsi que des allers et venues de jeunes personnes de la communauté des gens du voyage notamment dans le cinéma Kinépolis de nature à gêner la tranquillité des clients. Dans ces conditions, l'installation des gens du voyage sur le terrain situé 90 avenue de la Commune de Paris sur le territoire de la commune de Brétigny-sur-Orge porte atteinte à la salubrité et la sécurité publiques. Par suite, en édictant la mesure litigieuse, la préfète de l'Essonne n'a pas entaché la mesure de police attaquée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions précitées de la loi du 5 juillet 2000.
7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l'accueil et à l'habitat des gens du voyage, la mise en demeure de quitter les lieux " est assortie d'un délai d'exécution qui ne peut être inférieur à vingt-quatre heures ". Si les requérants font valoir que les conditions hivernales s'opposent à un délai aussi bref, il n'est toutefois pas démontré l'impossibilité de stationner régulièrement sur les aires d'accueil pour les gens du voyage situées dans le département de l'Essonne qui disposent d'emplacement libres. Si les requérants soutiennent en outre que l'aire de grand passage de Brétigny-sur-Orge n'ouvre que de mai à septembre, cette seule circonstance est sans incidence sur la disponibilité des aires d'accueil. Par ailleurs, les requérants n'établissent par aucune pièce probante versée aux débats avoir déposé des demandes d'installation sur une aire d'accueil avant leur arrivée dans le département de l'Essonne. Par suite, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que les gens du voyage du groupe auquel appartiennent les requérants seraient dépourvus de stationnement en cas d'évacuation d'office en exécution de l'arrêté en litige ne peut qu'être écarté. Dans ces conditions, en ordonnant aux occupants de quitter les lieux dans un délai de 24 heures, délai qui n'est pas inférieur au délai prévu par la loi, la préfète de l'Essonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation.
8. En dernier lieu, si les requérants font état de la pathologie de l'un des membres de la communauté nécessitant une prise en charge à l'hôpital d'Anthony et de la scolarisation d'enfants dans les écoles primaires du secteur, ce qu'ils n'établissent au demeurant par aucune pièce probante versée aux débats, il est constant que l'arrêté querellé n'a pas objet de les éloigner de l'agglomération parisienne mais seulement de libérer les lieux concernés.
9. Il s'ensuit que la requête de MM. F et D doit être rejetée, y compris leurs conclusions présentées en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : La requête de MM. F et D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à MM. E F, A F et E D et à la préfète de l'Essonne.
Copie en sera transmise, pour information, à la commune de Brétigny-sur-Orge.
Fait à Versailles, le 20 février 2025.
Le juge des référés, La greffière,
signé signé
P. Fraisseix S. Paulin
La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026