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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2502204

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2502204

lundi 2 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2502204
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B, ressortissant brésilien, contestant l'arrêté du préfet de police du 4 février 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et lui interdisant le retour pour vingt-quatre mois. Le tribunal a écarté les moyens d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen sérieux, jugeant l'arrêté suffisamment précis. Il a également rejeté le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu préalablement (article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE), considérant que M. B avait pu présenter ses observations avant la décision. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête, confirmant la légalité des mesures d'éloignement et d'interdiction de retour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires, enregistrées les 26 février et 16 mai 2025, M. A B, représenté par Me Koszczanski, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 février 2025 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, de réexaminer sa situation et de prendre une nouvelle décision sur son droit au séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement sous astreinte de 150 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, une somme de 1500 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'il n'a pas été entendu préalablement à son édiction, en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne;

- elle est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'il justifie d'un passeport en cours de validité et qu'il est entré de manière régulière en France ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'absence de menace à l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention sur les droits de l'enfant et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision lui refusant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreurs de faits ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelles ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 9 mai 2025 le préfet de police, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 19 mai 2025 :

- le rapport de M. Jauffret,

- les observations de Me Segonds, représentant M. B,

- le préfet de police n'étant ni présent, ni représenté

Une note en délibéré a été présentée le 21 mai 2025 pour M. B, et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant brésilien, né le 8 février 1987, est entré en France en 2019. Par un arrêté du 4 février 2025 dont il demande l'annulation, la préfecture de police l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français d'une durée de vingt-quatre mois en l'informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen.

S'agissant des moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. L'arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B dont les éléments sur lesquels le préfet de police s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire, fixer le pays de renvoi en cas d'exécution d'office. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Enfin, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de police n'aurait pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation et du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle doivent être écartés.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

4. Si les dispositions de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée.

5. Il ressort des pièces du dossier, que M. B a fait l'objet d'une audition le 3 février 2025, et ne peut dans ces conditions être fondé à soutenir qu'il n'aurait pas été entendu préalablement l'édiction d'une mesure d'éloignement prise à son encontre. Par ailleurs, M. B, n'établit pas qu'il aurait disposé d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise à son encontre la mesure d'éloignement contestée et qui, si elles avaient été communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Par suite, ce moyen doit être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ".

7. M. B qui indique que la décision attaquée est entachée d'un défaut de base légale dès lors qu'il dispose d'un passeport et est dispensé de visa. Toutefois, s'il présente un passeport valable du 15 juillet 2021 au 14 juillet 2025, aucune pièce du dossier ne permet d'établir qu'il était muni d'un passeport en cours de validité lors de son entrée en France en 2019. Il ne peut, dès lors, justifier de son entrée régulière. Il n'est pas, par ailleurs, titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le préfet de police était par conséquent fondé à faire application des dispositions citées au paragraphe précédent. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En troisième lieu, si M. B fait valoir qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, il ressort des termes de l'arrêté attaqué que la mesure d'obligation de quitter le territoire français est fondée, non pas sur la menace que le requérant représenterait pour l'ordre public, mais sur l'irrégularité de sa situation, l'ordre public n'étant évoqué que pour justifier l'absence de délai de départ volontaire. Ce moyen doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes, d'une part, des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

10. Aux termes, d'autre part, des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

11. M. B fait valoir que son épouse et leurs deux enfants sont présents sur le territoire français. Toutefois, son épouse est en situation irrégulière sur le sol français, de sorte que rien ne s'oppose à ce que la cellule familiale se reconstitue dans leur pays d'origine, où il n'est pas établi que leurs enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité. Le requérant n'établit pas ni même n'allègue avoir noué des liens intenses en France, et ne justifie pas de son intégration à la société française. Compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, eu égard, notamment, au caractère récent de la présence de M. B sur le territoire français et à ses conditions de séjour en France, la décision portant obligation de quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par les stipulations précitées, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle ne méconnaît pas davantage, au vu de ces mêmes éléments, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Elle ne peut davantage être regardée comme entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation de l'intéressé.

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

12. Aux termes des dispositions de l'article L.612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants: 1o Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public; (..) 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes des dispositions de l'article L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le risque mentionné au 3o de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1o L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour; (..) 8o L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3o de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 (..) "

13. Si M. B justifie être en possession d'un passeport en cours de validité et d'une résidence stable en France, il ressort également des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français et n'a pas depuis son arrivée en France, sollicité de titre de séjour. Eu égard à ce qui précède, le préfet de police a pu légalement considérer, en application des dispositions précitées, que le risque que M. B se soustrait à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet pouvait être regardé comme établi. A supposer que, comme il l'allègue malgré son signalement pour conduite sans permis et défaut d'assurance, M. B ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet pouvait légalement, pour le seul motif du risque de soustraction à la mesure d'éloignement, refuser de lui accorder un délai de départ volontaire. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'erreur de faits, de défaut de base légale et d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire :

14. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L.613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

15. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois, prise à l'encontre de M. B, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle précise notamment que le comportement de M. B constitue une menace grave, répété et actuelle pour la société en effet, il ressort des termes de l'arrêté attaqué qu'il a fait l'objet de deux signalements pour conduite sans permis et défaut d'assurance, sa présence et les conditions de son séjour sur le sol français, sa situation personnelle et familiale et qu'il ne pouvait se prévaloir d'aucunes circonstances humanitaires particulière. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de Police n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation personnelle doivent être écartés.

16. Aux termes des dispositions de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

17. Il est constant que M. B a été interpelé pour conduite sans permis et défaut d'assurance. Dans ces conditions, et au vu des éléments sur sa situation personnelle tels que décrits au point 11 du présent jugement, le préfet de police n'a commis aucune erreur d'appréciation ni n'a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois.

18. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions d'annulation concernant l'arrêté du doivent être rejetées y compris par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et relative aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de police.

Délibéré après l'audience du 19 mai 2025, à laquelle siégeaient :

M. Ouardes, président,

M. Fraisseix, premier conseiller,

M. Jauffret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juin 2025.

Le rapporteur,

signé

E. Jauffret

Le président,

signé

P. Ouardes

La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet de police en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. 2

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