lundi 16 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2502406 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | DE SA PALLIX |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 4 mars 2025, M. C E A, représenté par Me De Sa-Pallix, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 18 février 2025 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de son dossier et de lui délivrer une attestation de demande d'asile ou une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de 7 jours à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte définitive de 100 euros par jour de retard ;
4°) à titre subsidiaire, de prononcer la suspension de l'arrêté du 18 février 2025 pris par le préfet des Yvelines jusqu'à la décision définitive des instances de l'asile
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;
- il est entaché d'une insuffisance de motivation ;
- il a été pris en méconnaissance de son droit à être entendu ;
En ce qui concerne la décision portant de refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'une erreur de fait ;
- elle méconnaît l'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L.612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur de fait, d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales
La requête a été transmise au préfet des Yvelines qui n'a pas produit de mémoire en défense, mais a versé des pièces le 13 mai 2025.
Par un courrier du 21 mai 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre une décision de refus de délai de départ volontaire, l'arrêté attaqué ne contenant pas une telle décision.
Le requérant a produit des pièces complémentaires le 26 mai 20202, un mémoire complémentaire le 27 mai 2025 où il persiste dans ses conclusions, et des pièces complémentaires le 30 mai 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 juin 2025 :
- le rapport de M. Ouardes,
- les observations de Me Sangue, substituant Me De Sa Pallix, représentant M. A,
- le préfet des Yvelines n'étant ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E A, ressortissant afghan né en 1984, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 18 février 2025 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence qui s'attache au jugement de la requête de M. A, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, d'admettre provisoirement M. A à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire :
3. En premier lieu, si M. A sollicite l'annulation de la décision portant refus du délai de départ volontaire, l'existence d'une telle décision ne ressort ni de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier. Dès lors, ces conclusions à fin d'annulation sont relatives à une décision inexistante et sont, par suite, irrecevables.
Sur l'arrêté attaqué :
4. En premier lieu, par un arrêté du 27 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture des Yvelines le même jour, M. D B, chef du bureau de l'asile, a reçu délégation du préfet des Yvelines pour signer l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les dispositions de droit interne et international dont il fait application, mentionne la date d'entrée sur le territoire français de M. A et fait état d'éléments concernant son identité ainsi que sa situation administrative et personnelle, notamment de la demande d'asile qu'il a déposé en 2011 et les trois demandes de réexamen de sa situation déposées en 2017, 2020 et 2025. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation des décisions attaquées doit dès lors être écarté.
6. En troisième, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Si les dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement telle qu'une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l'Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu'il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d'éloignement envisagée. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux, ni qu'il ait été empêché de présenter ses observations avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. En tout état de cause, il ne mentionne pas d'informations pertinentes, tenant notamment à sa situation personnelle, qui, si elles avaient pu être portées, à temps, à la connaissance de l'administration, auraient été de nature à influencer le contenu de la décision prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu au préalable doit être écarté.
Sur la décision portant de refus de délivrance d'une attestation de demande d'asile :
8. En premier lieu, il ressort de l'arrêté attaqué que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A et qu'il a notamment pris en compte la circonstance que le requérant a déposé une demande d'asile en 2011 et qu'il a ensuite sollicité à trois reprise le réexamen de celle-ci suite à son rejet. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier doit être écarté.
9. En second lieu, si M. A affirme que la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'apporte aucun argument au soutien de ces allégations. Dans ces conditions, en refusant de lui délivrer une attestation de demande d'asile, le préfet n'a entaché sa décision ni d'une erreur de fait ni d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 7 et 8, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et d'une erreur de fait.
11. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". L'article 7 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne stipule que : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. ".
12. M. A cite des décisions rendues par le Conseil d'Etat, la Cour européenne des droits de l'Homme et plusieurs cours administratives française sans démontrer de quelle manière la décision en litige porte directement atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision du préfet l'obligeant à quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.
Sur la décision fixant le pays de destination :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de ces décisions qui en constituent le fondement doit être écarté.
14. En dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
15. Il ressort des pièces du dossier, notamment de l'arrêté pris par le préfet des Yvelines, que M. A a déposé une demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 9 décembre 2011. La Cour nationale du droit d'asile (CNDA) a confirmé la décision de l'OFPRA par une décision du 13 juillet 2012. M. A a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande de réexamen a été rejeté par une décision de l'OFPRA du 27 juillet 2017, confirmée par une décision de la CNDA en date du 1er septembre 2017. Le requérant a demandé un deuxième réexamen de sa demande. Elle a une nouvelle fois été rejetée par l'OFPRA le 20 juin 2021 et la CNDA a confirmé cette décision le 12 janvier 2023. Enfin, M. A a présenté une troisième demande de réexamen le 18 février 2025. Si le requérant affirme craindre de faire l'objet de traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays, il n'établit toutefois pas la réalité des craintes alléguées et des risques auxquels elle serait personnellement exposée. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations susmentionnées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 février 2025 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer une attestation de demande d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourra être renvoyé en cas d'exécution d'office. Par suite ses conclusions aux fins d'injonction ou tendant à ce qu'il soit fait application des dispositions de l'article L 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête de M. A est rejeté..
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E A et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ouardes, président,
M. Jauffret, premier conseiller,
M. Fraisseix, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.
Le président-rapporteur,
signé
P. Ouardes
L'assesseur le plus ancien,
signé
E. JauffretLe greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026