lundi 16 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2502421 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | ACTIS AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 5 mars 2025, le président du tribunal administratif de Cergy-Pontoise a transmis au tribunal de Versailles le dossier de la requête de M. A B, enregistrée le 28 février 2025 au greffe de ce tribunal.
Par cette requête et des pièces complémentaires enregistrées le 26 mai 2025, M. A B, représenté par Me Carro, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur de fait ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus d'admission au séjour :
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne le refus d'accorder un délai de départ volontaire :
- elle méconnait l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle repose sur une décision portant obligation de quitter le territoire illégale ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistrée le 26 mai 2025, le préfet du Val-de-Marne, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une lettre du 27 mai 2025 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la possibilité de substituer aux dispositions du 1° de l'article L 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile celles du 2° du même article.
Le requérant a produit un mémoire complémentaire le 28 mai 2025 dans lequel il maintient ses conclusions.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Ouardes a été entendu au cours de l'audience publique du 2 juin 2025. Les parties n'étant ni présentes ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né en 1984, demande d'annuler l'arrêté du 6 février 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
Sur le moyen commun à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".
3. M. B fait valoir qu'il réside sur le territoire français depuis 2023 avec son épouse et leurs trois enfants, les deux plus âgés, nés en Algérie, étant scolarisés en classes de CE1 et de moyenne section. Le requérant verse au dossier plusieurs bulletins de salaire attestant de l'exercice d'une activité professionnelle depuis juin 2024 en qualité d'agent d'entretien. Toutefois, ces seuls éléments ne permettent pas ni d'attester d'une intégration particulière dans la société française du requérant, ni de l'intensité des liens que ce dernier entretiendrait en France. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'épouse du requérant et leurs trois enfants ont également tous la nationalité algérienne et que la cellule familiale peut ainsi se reconstituer dans le pays d'origine. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la situation personnelle du requérant ni qu'il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces moyens doivent être écartés.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; ".
5. Lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Une telle substitution relevant de l'office du juge, celui-ci peut y procéder de sa propre initiative, au vu des pièces du dossier, mais sous réserve, dans ce cas, d'avoir au préalable mis les parties à même de présenter des observations sur ce point. Cette substitution de base légale n'est pour le juge qu'une simple faculté à laquelle il n'est pas tenu de procéder.
6. Il ressort des pièces du dossier que si M. B est entré sur le territoire français muni d'un visa, contrairement à ce que retient le préfet du Val-de-Marne dans son arrêté du 6 février 2025, il est constant que ce visa a expiré et qu'il s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français litigieuse peut trouver son fondement légal dans les dispositions précitées du 2° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui peuvent être substituées aux dispositions du 1° du même article, dès lors que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour en faire application et que cette substitution de base légale ne prive l'intéressé d'aucune garantie.
7. Compte-tenu de ce qui a été exposé au point précédent, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige est entaché d'une erreur de fait dès lors que le préfet s'est fondé sur le 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors que le requérant est entré régulièrement sur le territoire français, doit être écarté.
Sur la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :
8. Le requérant se borne à citer l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans assortir son moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier son bien-fondé. Il doit, par suite, être écarté pour ce motif.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision du 6 février 2025 du préfet du Val-de-Marne obligeant M. B à quitter le territoire français sans délai n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à se prévaloir, par voie d'exception, de son illégalité à l'encontre de la décision du préfet du Val-de-Marne lui interdisant le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 février 2025 par lequel le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Val-de-Marne.
Délibéré après l'audience du 2 juin 2025, à laquelle siégeaient :
M. Ouardes, président,
M. Jauffret, premier conseiller,
M. Fraisseix, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2025.
Le président-rapporteur,
signé
P. Ouardes
L'assesseur le plus ancien,
signé
E. JauffretLe greffier,
signé
T. Rion
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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