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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2503932

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2503932

mercredi 30 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2503932
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantWAK-HANNA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 9 avril 2025 et le 18 avril 2025, M. D A, représenté par Me Wak-Hanna, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2025 par lequel la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'annuler une décision, contenue dans l'arrêté du 8 avril 2025, par laquelle la préfète de l'Essonne l'a informé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de lui délivrer un titre de séjour, ou, subsidiairement, d'examiner sa situation administrative dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'arrêté dans son ensemble :

- il ne comporte pas le cachet officiel de la préfecture de l'Essonne, la signature n'est pas claire et certaine, le signataire n'est pas identifiable et il n'était en tout état de cause pas compétent pour prendre les décisions litigieuses ;

- il est insuffisamment motivé, en méconnaissance des articles L. 613-1 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le publics et l'administration ;

- il méconnaît l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai :

- elle méconnaît, s'agissant du refus de lui octroyer un délai de départ volontaire, les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est illégale par exception de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

- il est illégal par exception de l'illégalité des décisions portant obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 avril 2025, la préfète de l'Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation dirigées contre le signalement à fin de non-admission dans le système d'information Schengen dès lors que ce signalement ne présente aucun caractère décisoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-le code des relations entre le public et l'administration ;

-le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Le Vaillant pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux article L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 24 avril 2025 :

- le rapport de M. Le Vaillant, conseiller ;

- les observations de Me Wak-Hanna, pour M. A, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête ; qui indique que M. A ne représente pas une menace pour l'ordre public, que les signalements dont il est fait état dans l'arrêté ne le concernent pas dès lors que son identité a été usurpée et qu'il n'a pas fait l'objet de poursuites à l'issue de la garde à vue dont il a fait l'objet le 7 avril 2025 ; que M. A avait un passeport tunisien authentique en cours de validité lors de son interpellation et un domicile stable et présentait ainsi des garanties de représentation ; que M. A travaille en France depuis 2019.

- et les observations de M. A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D A, ressortissant tunisien né le 30 août 1999, est entré en France le 14 mars 2019, muni d'un visa court séjour valable du 8 mars 2019 au 13 avril 2019. Le 7 avril 2025, il a été interpellé par les services de la police aux frontières d'Evry-Courcouronnes pour des faits d'aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger dans un État partie à la convention de Schengen, en bande organisée, blanchiment aggravé, escroquerie en bande organisée, obtention frauduleuse et usage de faux document administratif constatant un droit, une identité ou une qualité ou accordant une autorisation et usurpation d'identité. Par l'arrêté attaqué du 8 avril 2025, la préfète de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans.

Sur les conclusions tendant à l'annulation du dirigées contre le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen :

2. Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006 () "

3. Lorsqu'elle prend à l'égard d'un ressortissant étranger une décision d'interdiction de retour sur le territoire français, l'autorité administrative se borne à informer l'intéressé de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen. Une telle information ne constitue pas une décision distincte de la mesure d'interdiction de retour et n'est, dès lors, pas susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à l'annulation du signalement de M. A aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen sont irrecevables.

Sur les moyens communs aux décisions attaquées :

4. En premier lieu, d'une part, la signataire de l'arrêté attaqué, Mme B C, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire, dont la signature figure en marge de son nom et de ses fonctions, est clairement identifiable. D'autre part, la circonstance que l'arrêté attaqué ne comporte pas le cachet de la préfecture de l'Essonne est sans incidence sur sa légalité. Enfin, par un arrêté n° 2025-PREF-DCPPAT-BCA-030 du 3 mars 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Essonne du même jour, la préfète de ce département a donné délégation à Mme B C, attachée d'administration de l'Etat, adjointe au chef du bureau de l'éloignement du territoire et signataire des arrêtés attaqués, pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'étaient pas absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () "

6. L'arrêté attaqué comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. / Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande "

8. M. A indique lui-même qu'à la suite du dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour, le 2 novembre 2023, sur la plateforme " démarches-simplifiées.fr " et à la date de l'arrêté litigieux, il ne s'était pas vu délivrer de récépissé de demande de titre de séjour et il ne ressort par ailleurs pas des pièces du dossier qu'il aurait été accusé réception d'un dossier de demande complet. La circonstance, à la supposer établie, que ce serait en méconnaissance des dispositions citées au point précédent que la préfète de l'Essonne n'a pas délivré à M. A un récépissé de demande de titre de séjour, est en tant que telle sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué, par lequel cette autorité a notamment obligé M. A à quitter le territoire français sans délai. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est inopérant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal de son audition du 7 avril 2025 par les services de police d'Evry, que M. A est célibataire, sans charge de famille et qu'il n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, dans lequel il a vécu jusqu'à l'âge de vingt ans et où résident ses deux frères. Par ailleurs, si le requérant soutient avoir tissé des liens personnels solides en France, il ne fait état d'aucun élément permettant d'établir la réalité de ces allégations. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. A a été interpellé, le 7 avril 2025, en possession de documents d'identité et de voyage contrefaits. La circonstance, dont se prévaut le requérant, qu'il exerce une activité salariée en France depuis l'année 2019 n'est pas, à elle seule, de nature à le faire regarder comme ayant fixé le centre de ses intérêts privés en France. Dans ces conditions, et à supposer même que le comportement de M. A ne puisse être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public, la préfète de l'Essonne, en l'ayant obligé à quitter le territoire français, n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En deuxième lieu, dès lors que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sont relatives à l'admission au séjour à titre exceptionnel, M. A ne saurait en tout état de cause utilement s'en prévaloir au soutien de ses conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. "

13. Il ressort l'arrêté attaqué que la décision refusant à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire pour l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre repose, outre le motif tiré de ce que son comportement représenterait une menace pour l'ordre public, sur un motif tiré de ce qu'il existe un risque qu'il se soustraie à cette mesure d'éloignement, dès lors qu'il ne présente pas de garanties de représentation suffisantes. M. A a séjourné en France, à tout le moins depuis l'année 2020, sous couvert de documents d'identité et de voyage contrefaits et il a déclaré, lors de son audition par les services de police, refuser de quitter le territoire français. Par suite, en dépit des circonstances qu'il disposait d'un passeport tunisien authentique en cours de validité et d'un domicile stable, la préfète de l'Essonne était en tout état de cause fondée, pour ces seuls motifs, à refuser à M. A l'octroi d'un délai de départ volontaire.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, il résulte des points 10 et 11 que M. A n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ".

16. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, il lui appartient d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Si M. A de sa situation personnelle, ainsi qu'elle a été exposée au point 10, et notamment de son insertion professionnelle, ces seuls éléments ne sauraient être regardés comme des circonstances humanitaires de nature à justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 avril 2025 par lequel la préfète de l'Essonne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et à la préfète de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.

Le magistrat désigné,

Signé

A. Le VaillantLe greffier,

Signé

J. Ileboudo

La République mande et ordonne à la préfète de l'Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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