mardi 8 juillet 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2504103 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 5ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 avril 2025, M. A B, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 11 mars 2025 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
S'agissant de la mesure d'éloignement :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
S'agissant de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet des Yvelines a produit des pièces qui ont été enregistrées le 20 mai 2025.
Par ordonnance du 16 avril 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 2 juin 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Doré a été entendu au cours de l'audience publique :
Une note en délibérée présentée pour M. B a été enregistrée le 1er juillet 2025.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant de la République démocratique du Congo (RDC), né le 26 novembre 1977, est entré en France en 2009 selon ses dires. Le 11 mars 2025 il a été interpellé par les forces de police, sans pouvoir justifier d'un titre l'autorisant à séjourner en France. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 mars 2025 par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
2. En premier lieu, s'agissant de la mesure d'éloignement, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1o L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Il est constant que M. B se trouvait dans une telle situation. L'arrêté entrepris, après avoir visé l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précisé que l'intéressé a été incapable de justifier de son séjour en France et précisé la situation personnelle de l'étranger telle que ce dernier l'a lui-même exposée dans son procès-verbal d'audition, a constaté qu'au vu de ces éléments la mesure d'éloignement ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale. Le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de cette décision manque en fait.
3. M. B ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations sur la durée de sa vie en France ou sur l'intensité de la vie familiale qu'il y mène. Il est vrai que le préfet des Yvelines produit à l'instance l'acte de naissance d'une enfant, née le 10 juillet 2012 et que le requérant a reconnue le 22 novembre 2012, ainsi que la carte temporaire de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", expirant le 19 octobre 2025, de la mère de cette enfant, également ressortissante de la RDC. Alors que l'arrêté attaqué mentionne que l'intéressé n'a pu produire aucun élément relatif à la réalité et l'intensité de ses liens familiaux, M. B n'apporte à l'instance aucune précision quant à la réalité d'une vie commune avec la mère de son enfant et pas davantage à l'aide qu'il apporterait à l'entretien et à l'éducation de l'enfant qu'il a reconnue. Quant à la durée et à la continuité de la présence de M. B en France, aucun élément du dossier n'en atteste. Enfin, il ne conteste pas avoir de la famille dans son pays d'origine, dont sa mère. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français attaquée ne porte pas au droit de M. B de mener une vie privée et familiale normale, et pas davantage à l'intérêt supérieur de l'enfant qu'il a reconnue, une atteinte disproportionnée aux buts dans lesquelles cette mesure a été prise.
4. Par ailleurs, les considérations relatives aux risques encourus en cas de retour en RDC sont inopérantes à l'appui de la contestation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
5. Enfin, la circonstance que la présence en France de M. B ne constituerait pas une menace pour l'ordre public est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement dès lors que le préfet ne s'est pas fondé sur un tel motif pour la prononcer.
6. En deuxième lieu, s'agissant de la décision fixant le pays de destination, le moyen tiré de la violation du droit de l'intéressé à mener une vie privée et familiale normale est, à supposer même son bien-fondé établi, inopérant à l'encontre de la contestation d'une telle décision. Par ailleurs, les risques personnels qu'il invoque encourir en cas de retour dans son pays ne sont pas établis par la seule évocation de l'instabilité politique de la RDC.
7. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 612-6 : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. " et aux termes de l'article 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
8. D'une part, la décision portant interdiction de retour sur le territoire, qui cite le texte dont elle fait application, qui relève qu'aucune considération humanitaire ne fait obstacle à cette mesure d'interdiction de retour sur le territoire français et qui précise qu'au vu des circonstances de l'espèce, qui ont été détaillées dans l'arrêté litigieux, la mesure d'interdiction ne porte pas au droit de l'intéressé de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée, est suffisamment motivée.
9. D'autre part, si M. B se prévaut de la durée de son séjour en France et de l'intensité de ses liens familiaux, ainsi que du fait que sa présence en France ne constituerait pas une menace pour l'ordre public, il n'a justifié, comme l'a relevé le préfet dans l'arrêté litigieux, ni de la durée de son séjour, ni de l'intensité de ses liens familiaux. La circonstance, au demeurant non établie, que le requérant encourrait des risques en cas de retour dans son pays est sans incidence sur la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, la mesure d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an n'est pas entachée de l'erreur manifeste d'appréciation alléguée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A B doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 1er juillet 2025, à laquelle siégeaient :
M. Doré, président,
Mme Ghiandoni, première conseillère,
M. Bertaux, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.
Le président-rapporteur,
Signé
F. Doré
L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,
Signé
S. GhiandoniLa greffière,
Signé
V. Retby
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies d'exécution contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026