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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2504115

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2504115

vendredi 2 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2504115
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre - 4/11u
Avocat requérantEL HAIK

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté les requêtes de M. B, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du 11 avril 2025 du préfet du Val-de-Marne portant rejet de son admission au séjour au titre de l'asile, maintien en rétention administrative, obligation de quitter le territoire français sans délai et fixation du pays de destination. Le tribunal a jugé que la décision de rejet de l'admission au séjour et de maintien en rétention était légale, l'arrêté ayant été signé par une autorité compétente et suffisamment motivé. Il a également estimé que l'obligation de quitter le territoire français était fondée, M. B ne justifiant d'aucun droit au séjour et ne démontrant pas de risque de traitements contraires à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme en cas de retour en Algérie. Les décisions attaquées ont été confirmées sur la base des articles L. 754-3 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et une pièce complémentaire enregistrées le 12 et le 25 avril 2025, sous le n° 2504115, M. E B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 avril 2025 par lequel le préfet du Val de Marne a rejeté son admission au séjour au titre de l'asile et l'a maintenu en rétention administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par un auteur incompétent ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation personnelle ;

- il méconnaît son droit à être entendu ;

- il méconnaît l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne, représenté par Actis avocats, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé le 30 avril 2025 des pièces au dossier.

II. Par une requête enregistrée le 12 avril 2025, sous le n° 2504116, M. E B, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Palaiseau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai à compter de la date de notification de la décision à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation.

Il soutient que :

Sur les moyens communs à toutes les décisions :

- elles ont été signées par un auteur incompétent ;

- elles sont insuffisamment motivées et sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et complet de sa situation ;

- elles méconnaissent son droit à être entendu ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

Sur la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

La requête a été communiquée au préfet du Val-de-Marne, représenté par Actis avocats, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais qui a versé le 30 avril 2025 des pièces au dossier.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation en tant que dirigées contre des décisions inexistantes.

La présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 2 mai 2025 qui s'est tenue en présence de Mme Amegee, greffière d'audience :

- le rapport de M. D,

- les observations de M. B ;

- les observations de Me Jacquard, représentant le préfet du Val-de-Marne, qui fait valoir que la requête est tardive.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E B, ressortissant algérien né le 26 août 1992, a été écroué le 2 septembre 2022 après avoir fait l'objet d'un ordre d'arrestation provisoire par la cour d'appel de Paris du même jour aux fins d'extradition émises par les autorités algériennes. Il a fait l'une obligation de quitter le territoire du 11 janvier 2024, notifiée le 26 juin 2024 prise par le préfet du Val-de-Marne. Il a été remis en liberté le 9 avril 2025, puis placé en rétention administrative par un arrêté du 10 avril 2025 du préfet du Val-de-Marne. Par les présentes requêtes, M. B demande d'une part, l'annulation de l'arrêté du 11 avril 2025 le maintenant en rétention administrative, et d'autre part, des décisions par lesquelles le préfet du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination vers lequel il serait renvoyé en cas d'exécution d'office, qui auraient été révélées par son placement en rétention administrative.

Sur la jonction :

2. Les requêtes nos 2504115 et 2504116, présentées par M. B, concernent la situation du même requérant et présentent à juger des questions connexes. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision de rejet de son admission au séjour au titre de l'asile et de maintien en rétention administrative :

3. En premier lieu, par un arrêté du 18 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, le préfet du Val-de-Marne a donné délégation à M. A C, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux et signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer notamment les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté manque en fait et doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

5. La décision en litige vise les textes dont il fait application, notamment le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. B, dont les éléments sur lesquels le préfet du Val-de-Marne s'est fondé pour le maintenir en rétention administrative. Dès lors, l'arrêté en litige mentionne les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision attaquée et permet ainsi à l'intéressé d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; () ". Si l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres, mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. En l'espèce, M. B se borne à soutenir que le préfet du Val-de-Marne n'a pas respecté son droit d'être entendu. S'il fait valoir que la cour d'appel de Paris a rendu le 9 avril 2025 un avis défavorable à son extradition vers l'Algérie, cette circonstance n'est pas de nature à influencer le contenu de la décision prise à son encontre, qui n'a pas pour objet de le renvoyer vers l'Algérie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en particulier du droit d'être entendu au préalable, doit, en tout état de cause, être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". Et aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du magistrat du siège du tribunal judiciaire exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

9. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 11 janvier 2024, notifiée 26 juin 2024. Alors qu'il se trouvait en rétention administrative, il a déposé une demande d'admission au séjour au titre de l'asile. Sa demande a été rejetée par une décision de l'OFPRA du 5 avril 2023. La CNDA a confirmé la décision de l'OFPRA par une décision du 26 juin 2023. La cinquième chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris a, par un arrêt du 9 avril 2025, émis un avis défavorable à la demande d'extradition formulée par les autorités algériennes. Le 11 avril 2025, alors qu'il était retenu au centre de rétention administrative depuis le 10 avril 2025 pour une durée de quatre jours, M. B a sollicité le réexamen de sa demande d'asile. Cette demande de réexamen a été déclarée irrecevable, postérieurement à la décision attaquée, par une décision de l'OFPRA du 24 avril 2025. Ainsi que le mentionne le préfet dans sa décision, il ressort des pièces du dossier que M. B a formulé cette première demande de réexamen après son placement en rétention et qu'aucune demande de réexamen n'avait été formée antérieurement. Si M. B soutient que sa demande de réexamen était fondée sur des éléments nouveaux, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il n'avait pas connaissance de ces éléments avant son placement en rétention administrative, le 10 avril 2025. S'agissant de la décision de la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Paris dont il se prévaut au titre des éléments nouveaux, il ressort des pièces du dossier que l'avis défavorable de la chambre de l'instruction est motivé par le non-respect des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la République d'Algérie n'apportant pas les garanties nécessaires pour lui assurer son droit à ne pas être soumis à la torture, à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants en cas d'extradition. Cet élément n'est toutefois pas de nature à justifier des craintes dont il se prévaut en cas de retour en Algérie, dont ni l'OFPRA ni la CNDA n'ont en tout état de cause retenu l'existence. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur de droit, d'une erreur manifeste d'appréciation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation.

Sur les conclusions à d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination en cas d'exécution d'office :

10. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; / () ". En vertu de l'article L. 741-1 du même code, le préfet peut placer en rétention administrative les personnes se trouvant dans le cas prévu au 1° de l'article L. 731-1 lorsqu'elles ne présentent pas de garanties de représentation effectives propres à prévenir un risque de soustraction à l'exécution de la décision d'éloignement et qu'aucune autre mesure n'apparaît suffisante à garantir efficacement l'exécution effective de cette décision.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français décidée par le préfet du Val-de-Marne par un arrêté du 11 janvier 2024, notifié le 26 juin 2024, à laquelle la décision de placement en rétention administrative de M. B du 10 avril 2025 se réfère explicitement. M. B n'est donc pas fondé à soutenir que cette décision du 10 avril 2025 a révélé l'existence d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français implicite. En outre, si M. B se prévaut de l'existence d'un changement dans les circonstances de fait survenu depuis 11 janvier 2024 justifiant que l'autorité administrative les prennent en compte avant de procéder effectivement à son éloignement à destination de l'Algérie, il a la faculté de saisir le juge des référés sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la tardiveté, que la requête de M. B, dirigée contre une décision inexistante, est manifestement irrecevable.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes présentées par M. B doivent être rejetées, y compris dans leurs conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. B sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2025.

Le magistrat désigné,

signé

P. D La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

2 et 2504116

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