mardi 3 juin 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2505481 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | NUNES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 13 mai 2025, Mme B A, représentée par Me Nunes, demande à la juge des référés :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'arrêté en date du 18 novembre 2024 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de renouveler sa carte de résident ;
3°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa demande de renouvellement de sa carte de résident dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à Me Nunes sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut d'admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle, de lui verser cette somme directement en application du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- La requête au fond est recevable ;
- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'à l'échéance de son autorisation provisoire de séjour, elle se retrouve en situation irrégulière sur le territoire national ce qui la prive de sa liberté d'aller et venir, porte atteinte à son droit à mener une vie familiale normale et fait obstacle à ce qu'elle puisse bénéficier de ses droits sociaux ce qui la place dans une situation de grande vulnérabilité, notamment eu égard à son état de santé ;
- il existe des moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision dont la suspension est demandée qui est disproportionnée et entachée d'insuffisance de motivation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, d'un défaut d'examen de sa situation, d'un vice de procédure en raison de l'absence de saisine par le préfet de la commission du titre de séjour en méconnaissance de l'article L. 412-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur de droit, de la violation de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une erreur manifeste d'appréciation ainsi que d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 mai 2025, la préfecture des Yvelines conclut à titre principal à l'irrecevabilité de la requête et à titre subsidiaire au rejet de cette dernière.
Il oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête, et fait valoir que les conditions requises par l'article L. 521-1 du code de justice administrative pour obtenir la suspension de l'arrêté ne sont pas remplies.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 12 mai 2025 sous le numéro 2505457 par laquelle Mme A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Cayla, vice-présidente, en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative, pour statuer sur les demandes de référé.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 mai 2025, à laquelle les parties ont été régulièrement convoquées :
- le rapport de Mme Cayla, vice-présidente ;
- les observations de Me Nunes, représentant Mme A qui fait en outre valoir que la fin de non-recevoir opposée en défense n'est pas fondée dès lors qu'en l'absence d'obligation de quitter le territoire français, la procédure contentieuse est celle de droit commun comprenant la prorogation du délai de recours de deux mois par l'exercice d'une recours administratif préalable, conformément à l'article L. 411-2 aliéna 1er du code des relations entre le public et l'administration ; la condition d'urgence est remplie dès que l'autorisation provisoire de séjour accordée par l'article 2 de la décision contestée est expirée ; et la décision est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'elle a été réhabilitée par l'effet de la loi, ce qui interdisait au préfet de prendre en compte l'infraction concernée ; que les faits ont été commis il y a treize ans ; que son comportement ne constitue nullement une menace grave à l'ordre public, ni une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 900-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les recours ouverts devant la juridiction administrative contre les décisions prévues au présent code sont régis par le code de justice administrative, sous réserve des dispositions du présent code. " et de l'article L. 911-1 de ce code " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision. Sous réserve des troisième et avant-dernier alinéas du présent article, il statue dans un délai de six mois à compter de l'introduction du recours. ". Aux termes de l'article R. 911-1 du même code " Le délai de recours contentieux d'un mois prévu à l'article L. 911-1 n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif. ". Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. " et aux termes de l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision administrative peut faire l'objet, dans le délai imparti pour l'introduction d'un recours contentieux, d'un recours gracieux ou hiérarchique qui interrompt le cours de ce délai. ".
3. Pour opposer la tardiveté de la requête en défense, le préfet des Yvelines fait valoir que le recours gracieux formé par la requérante dans le délai contentieux de deux mois contre l'arrêté du 18 novembre 2024 lui refusant le renouvellement de sa carte de résident qui lui a été notifié le 22 novembre 2024, n'a pas pu proroger le délai de recours, conformément aux mentions figurant sur la décision indiquant que " le délai de recours contentieux n'est pas prorogé par la présentation d'un recours préalable ". Cependant, si les dispositions de l'article R. 911-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient expressément que le délai de recours contentieux n'est pas prorogé par l'exercice d'un recours administratif, il ressort des termes mêmes de cet article qu'il n'est applicable qu'aux décisions qui ne peuvent être contestées que selon la procédure dérogatoire prévue à l'article L. 911-1 de ce code. Pour les autres décisions relatives au séjour qui peuvent être contestées selon la procédure contentieuse de droit commun en vertu de l'article L. 900-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est à dire dans le délai de deux mois prévu à l'article R. 421-1 du code de justice administrative, l'exercice d'un recours administratif préalable dans le délai de recours contentieux, interrompt le cours de ce délai, conformément à l'article L. 411-2 du code des relations entre le public et l'administration.
4. En l'espèce, l'arrêté contesté par lequel le préfet des Yvelines a refusé de renouveler à Mme A sa carte de résident qui n'est pas assortie d'une obligation de quitter le territoire français pouvait, conformément à l'article L. 900-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, être contestée dans les conditions de droit commun prévues par le code de justice administrative. L'exercice d'un recours administratif préalable par Mme A le 6 janvier 2025, dans le délai contentieux de deux mois courant à compter de la notification le 22 novembre 2024 de l'arrêté du 18 novembre 2024, a eu pour effet de prorogé ce délai d'une nouvelle durée de deux mois. La requête au fond de Mme A enregistrée le 12 mars 2025, avant l'expiration du délai de deux mois courant à compter du rejet implicite de son recours gracieux, n'était pas tardif. La fin de non-recevoir opposée en défense par le préfet des Yvelines doit, en conséquence, être écartée.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
5. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme dans le cas d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier, à très bref délai, d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.
3. Pour justifier de l'existence d'une situation d'urgence, Mme A, ressortissante chinoise entrée en France en 2001, qui bénéficie d'une présomption d'urgence en présence d'un refus de renouvellement de sa carte de résident, justifie en outre de l'expiration imminente le 3 juin 2025, de l'autorisation provisoire de six mois délivrée en application de l'article 2 de l'arrêté contesté et par suite d'une situation irrégulière prochaine au regard du séjour en France, d'une ancienneté de séjour de plus de vingt ans, de la résidence en France de son fils majeur et d'un suivi médical en France dans le cadre de la rémission d'un cancer du poumon pour lequel elle a subi une intervention chirurgicale en 2020. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient le préfet des Yvelines en défense, alors même que la décision contestée n'est pas assortie d'une obligation de quitter le territoire français et que Mme A dispose d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'au 3 juin prochain lui permettant de déposer une demande de titre de séjour pour soins, ces circonstances ne remettent pas en cause la présomption d'urgence dont bénéficie la requérante qui justifie ainsi de la condition d'urgence exigée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative.
4. En l'état de l'instruction, les moyens tirés de la violation de l'article L. 433-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la suspension de l'exécution de la décision attaquée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
5. La suspension des effets de l'exécution de la décision ainsi ordonnée implique que la préfet des Yvelines procède au réexamen de la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et lui délivre à l'expiration de son autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 3 juin 2025 et dans un délai de huit jours à compter de cette notification et durant le temps de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur la demande d'admission, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle et sur les conclusions aux fins d'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique :
6. Eu égard à l'urgence de l'affaire, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle par application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée.
7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Nunes, en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, de la somme de 800 euros, sous réserve sous réserve que l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle soit prononcée et que son avocat renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État. Si l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle n'est pas prononcée, la même somme est mise à la charge de l'État au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet des Yvelines du 18 novembre 2024 refusant le renouvellement de la carte de résident de Mme A est suspendue.
Article 3 : Il est enjoint au préfet des Yvelines de réexaminer la situation de Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance, et de lui délivrer dans cette attente et durant le temps de ce réexamen, dans un délai de huit jours à compter de cette notification, une autorisation provisoire de séjour.
Article 4 : Sous les réserves mentionnées au dernier point de la présente ordonnance, l'État versera à Me Nunes, avocat de Mme A, la somme de 800 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Si l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle n'est pas prononcée, la même somme est mise à la charge de l'État au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 6 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A, au préfet des Yvelines et au ministre de l'intérieur.
Fait à Versailles, le 3 juin 2025.
La juge des référés,
signé
F. Cayla
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026