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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2505608

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2505608

vendredi 3 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2505608
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantPIEROT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a examiné la requête de Mme B..., ressortissante congolaise, contestant un arrêté préfectoral du 10 avril 2025 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, estimant que la décision de la préfète de l'Essonne était suffisamment motivée et ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale. En conséquence, il a confirmé la légalité de l'obligation de quitter le territoire français et de la fixation du pays de renvoi.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 14 mai et 16 juin 2025, Mme A... B..., représentée par Me Pierot demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l’admettre au bénéfice de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 10 avril 2025 par lequel la préfète de l’Essonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d’exécution d’office ;

3°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent, de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale », dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte et, dans l’attente de ce réexamen, de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat, une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à la part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle ; si l’aide juridictionnelle ne lui était pas accordée, mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à Mme B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Elle soutient que :

S’agissant des moyens communs :
l’arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
les décisions contestées ne sont pas suffisamment motivées ;
elles sont entachées d’une erreur de fait et d’un défaut d’examen sérieux de sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
elle est entachée d’un vice de procédure dès lors que la préfète de l’Essonne n’a pas saisi la commission du titre de séjour ;
elle remplit les conditions de séjour prévues par l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa vie privée et familiale ;

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour qui en constitue le fondement ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant aux conséquences de la décision sur sa vie privée et familiale ;
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;

S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français qui en constitue le fondement ;
elle a été prise à l’issue d’une procédure irrégulière, dès lors qu’elle n’a pas été entendue préalablement à son édiction, en méconnaissance de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa vie privée et familiale ;
elle méconnaît les dispositions de l’article L. 721-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et des stipulations des articles 2 et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Par une ordonnance du 18 juin 2025, la clôture d’instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 juillet 2025 à 12 heures.

La préfète de l’Essonne a présenté un mémoire le 19 septembre 2025, postérieurement à la clôture de l’instruction.
Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 5 septembre 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
le code de l’entrée et du séjour des étranges et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ;
le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Marmier,
- et les observations de Me Pierot, représentant Mme B....


Considérant ce qui suit :

Mme B..., ressortissante congolaise, demande l’annulation de l’arrêté du 10 avril 2025 par lequel la préfète de l’Essonne a refusé son admission au séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d’exécution d’office.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : « Dans les cas d'urgence (…) l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ».

Mme B... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale. Dès lors, il n’y a pas lieu de prononcer l’admission provisoire de Mme B... au bénéfice de l’aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

4. Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale à la sûreté publique, au bienêtre économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui. ».

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B..., née en 2006, est entrée en France le 12 février 2023 pour rejoindre sa mère, titulaire d’une carte de séjour pluriannuelle. Elle est dépourvue d’attaches familiales tant dans son pays d’origine où réside son père mais avec lequel elle n’a pas de lien, qu’en Angola où elle a vécu avant d’arriver en France. Scolarisée dans un lycée depuis son entrée sur le territoire français, ses professeurs attestent de sa bonne intégration tant par son assiduité que par son sérieux dans les études. Dans les circonstances particulières de l’espèce, la décision refusant le séjour à Mme B... porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel il a été pris. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que la décision portant refus de titre de séjour doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d’injonction et d’astreinte :

7. En raison du motif qui la fonde, l’annulation de la décision attaquée implique nécessairement, sous réserve de l’absence de changements de circonstances de droit ou de fait, qu’un titre de séjour portant mention « vie privée et familiale » soit délivré à la requérante sur le fondement de l’article L. 911-1 du code de justice administrative. Il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de délivrer à Mme B... un titre de séjour portant mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l’espèce, il n’y a pas lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais de l’instance :

8. Mme B... a obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Pierot, sous réserve que cette dernière renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.


D E C I D E :


Article 1er : Il n’y a pas lieu de prononcer l’admission de Mme B... à l’aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : L’arrêté du 10 avril 2025 par lequel la préfète de l’Essonne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B..., lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination est annulé.

Article 3 : Il est enjoint à la préfète de l’Essonne de délivrer un titre de séjour portant mention « vie privée et familiale » à Mme B... dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L’Etat versera à Me Pierot une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Pierot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l’État.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... B..., à la préfète de l’Essonne et à Me Pierot.

Délibéré après l’audience du 22 septembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,
M. Marmier, premier conseiller,
Mme Silvani, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2025.


Le rapporteur,
Signé
A. Marmier
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

A. Lloria

La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.






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