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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2506819

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2506819

mardi 8 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2506819
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantNANCY

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. B, ressortissant algérien, contestant l'arrêté du préfet de l'Essonne du 5 juin 2025 l'assignant à résidence pour 45 jours. Le juge a estimé que les tensions diplomatiques entre la France et l'Algérie, circonscrites dans la durée, ne démontraient pas l'absence de perspective raisonnable d'exécution de la mesure d'éloignement, et que l'absence de laissez-passer consulaire ne suffisait pas à remettre en cause cette perspective. La décision a été prise en application des articles L. 731-3 et L. 732-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, et un mémoire complémentaire enregistrés le 12 juin 2025 et le 2 juillet 2025, M. C B, représenté par Me Nancy, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 juin 2025 par lequel le préfet de l'Essonne l'a assigné à résidence à l'échelle du département de l'Essonne pour une durée de 45 jours, a ordonné son pointage une fois par jour et lui a interdit de sortir du département sans autorisation ;

2°) de l'admettre, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

Il soutient que :

- il n'existe pas de perspective raisonnable de son rapatriement vers l'Algérie ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- l'arrêté attaqué contrevient à l'article 5 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et à sa liberté d'aller et venir.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne qui a produit un mémoire en défense le 1er juillet 2025. Le préfet conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux article L. 921-1 et L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en application de l'article L. 922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 3 juillet 2025 :

- le rapport de M. Brumeaux ;

- les observations de Me Nancy, pour M. C. Il maintient les termes de sa requête et soutient que les perspectives raisonnables de l'exécution de la mesure d'éloignement sont incertaines en raison des tensions diplomatiques actuelles entre la France et l'Algérie. La préfecture n'apporte pas la preuve d'avoir obtenu un laissez-passer pour M. C. Il a son épouse et un enfant en France et la décision d'assignation méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

- le préfet de l'Essonne n'a été ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1.M. C, ressortissant algérien né le 23 avril 2000, entré en France en 2019 selon ses déclarations, a été interpellé le 4 juin 2025 par les services de police pour contrebande de cigarettes. Par un arrêté du 14 novembre 2024, le préfet des Hauts de Seine l'avait obligé à quitter le territoire français sans délai et avait prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par une décision du 5 juin 2025, le préfet de l'Essonne l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Aux termes de l'article 62 du décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur la légalité de l'arrêté du préfet :

4. Aux termes de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Et aux termes de l'article L. 732-4 du même code : " Lorsque l'assignation à résidence a été édictée en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-3, elle ne peut excéder une durée de six mois. / Elle peut être renouvelée une fois, dans la même limite de durée. (..) ".

5. En premier lieu pour assigner M. C à résidence pour une durée 45 jours, le préfet, a estimé que ce dernier, de nationalité algérienne, ne pouvait pas actuellement regagner le pays dont il possède la nationalité, faute de détenir un document d'identité ou de voyage en sa possession, ce qui ne permet pas l'exécution immédiate de son obligation de quitter le territoire. Il a toutefois estimé, ainsi qu'il ressort des termes mêmes de l'arrêté litigieux que son éloignement demeurait " néanmoins () une perspective raisonnable ". Les actuelles tensions diplomatiques actuelles entre la France et l'Algérie, circonscrites dans la durée, ne suffisent pas à démontrer que l'exécution de la mesure d'éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par ailleurs l'absence de production d'un laissez-passer consulaire algérien ne suffit pas à remettre en cause ce qui précède. Par suite le préfet n'a pas commis une erreur manifeste d'appréciation en fondant son arrêté sur le fondement de l'article L. 731-3 précité.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté. Nul ne peut être privé de sa liberté sauf dans les cas suivants et selon les voies légales : () f) s'il s'agit de l'arrestation ou de la détention régulières d'une personne pour l'empêcher de pénétrer irrégulièrement dans le territoire, ou contre laquelle une procédure d'expulsion ou d'extradition est en cours " et de l'article 8 de la même convention : " Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. En se bornant à invoquer une méconnaissance de ces dispositions, M. C n'assortit pas ces moyens des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, la seule production de l'attestation de sa conjointe sur la réalité de leur vie maritale, d'un certificat de communauté de vie à Fresnes depuis le 16 janvier 2024 et de l'acte de naissance de leur fils le 26 juillet 2023 ne saurait suffire à établir la privation de liberté et l'atteinte au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations des articles 5 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peuvent qu'être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. C tendant à l'annulation de l'arrêté du 5 juin 2025 du préfet de l'Essonne doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 juillet 2025.

Le magistrat désigné,

signé

M. Brumeaux Le greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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