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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2507336

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2507336

vendredi 8 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2507336
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantFERRERO

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer un rendez-vous à Mme B, ressortissante birmane, pour le dépôt de sa demande de renouvellement de titre de séjour. La solution retenue repose sur l'urgence caractérisée par l'impossibilité pour la requérante d'obtenir un rendez-vous avant l'expiration de son titre, ce qui compromettait la réalisation d'un stage nécessaire à la validation de son diplôme. Le tribunal a appliqué les principes issus de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rappelant que l'administration doit fixer un rendez-vous dans un délai raisonnable pour l'enregistrement d'une demande de renouvellement, et que la condition d'urgence est présumée en matière de renouvellement de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 juin 2025 et du 30 juin 2025, Mme A B, représentée par Me Ferrero, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre la préfète de l'Essonne de lui délivrer une convocation afin qu'elle puisse déposer une demande de renouvellement de son titre de séjour, dans le délai de 7 jours à compter de la décision à intervenir ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'elle se trouve dans l'impossibilité d'obtenir un rendez-vous pour déposer sa demande de renouvellement avant l'expiration de son titre de séjour, alors qu'elle doit réaliser un stage de fin d'études afin de valider son diplôme ; ce qui la place dans une situation de précarité ;

- la mesure sollicitée est utile et ne fait pas obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

La préfète de l'Essonne, à qui la requête a été communiquée, n'a pas présenté de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Jauffret, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante birmane née le 17 juillet 1994, s'est vue délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " valable du 6 juillet 2024 au 5 juillet 2025. L'intéressée a sollicité le renouvellement de son titre de séjour le 2 février 2025 par l'intermédiaire de la plateforme " démarches simplifiées ". Par la présente requête, Mme B demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de lui fixer un rendez-vous afin qu'elle puisse déposer sa demande de renouvellement titre de séjour.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, notamment sous forme d'injonctions adressées à l'administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l'article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2 du même code. Enfin, il ne saurait faire obstacle à l'exécution d'une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu'il ne s'agisse de prévenir un péril grave.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

6. Mme B, qui a déposé le 2 février 2025, sur la plateforme " démarches simplifiées " une demande de rendez-vous en préfecture afin de renouveler son titre de séjour " vie privée et familiale " expirant le 5 juillet 2025, bénéficie de la présomption d'urgence mentionnée au point 5. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que Mme B est inscrite au titre de l'année 2025-2026 à la formation " certificat d'attaché de Recherche Clinique " au sein de l'école Sup Santé. Suite à la validation de la partie théorique, la requérante établit que, faute de pouvoir justifier de la régularité de son séjour, elle ne pourra pas débuter son stage de 6 mois qui est indispensable pour valider son diplôme. Elle fait ainsi valoir, sans être contredite, le préfet de l'Essonne n'ayant pas produit d'observations en défense, qu'elle n'a pu déposer sa demande de renouvellement et que dès lors malgré une offre de stage, elle ne pourra pas valider son diplôme. Par suite, la condition d'urgence doit être regardée comme remplie. Par ailleurs, la mesure demandée est utile et ne fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative.

7. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de délivrer un rendez-vous à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :

8. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de délivrer un rendez-vous à Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance afin de lui permettre de déposer sa demande de renouvellement de titre de séjour.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l'Essonne.

Fait à Versailles, le 8 août 2025.

Le juge des référés,

signé

E. Jauffret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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