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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2507521

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2507521

jeudi 27 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2507521
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantGUINCESTRE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. C..., ressortissant algérien, contestant l’arrêté du 2 juin 2025 par lequel la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai. Le tribunal a écarté les moyens de forme (incompétence du signataire et absence de visa de la délégation) et de motivation insuffisante. Il a jugé inopérants les moyens tirés de la méconnaissance de l’article 6-5 de l’accord franco-algérien et de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, l’obligation de quitter le territoire ne se prononçant pas sur une demande de titre de séjour.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 juin 2025, M. A... C..., représenté par Me Guincestre, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 2 juin 2025 par lequel la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer, à titre principal, un certificat de résidence sur le fondement de l’article 6-5 de l’accord franco algérien, à titre subsidiaire, de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice de forme dès lors qu’il ne vise pas l’arrêté de délégation autorisant son signataire à l’édicter ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnait l’article 6-5 de l’accord franco algérien du 27 novembre 1968 ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation quant à l’application de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l’illégalité de l’obligation de quitter le territoire français qui la fonde ;
- elle est entachée d’un vice de forme dès lors qu’elle ne vise pas l’arrêté de délégation autorisant son signataire à l’édicter.


Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2025, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


La clôture de l’instruction a été fixée au 5 septembre 2025.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- l’accord franco algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Geismar, première conseillère, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :
1. M. A... C..., ressortissant algérien né en 1998, a déclaré être entré en France en 2023. Par un arrêté du 2 juin 2025, dont il demande l’annulation, la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire d’une durée de deux ans.
2. En premier lieu, à supposer que M. C... ait entendu soulever le moyen tiré de l’incompétence de l’auteur des décisions contestées, Mme B... D..., directrice de l’immigration et de l’intégration, a reçu délégation de la préfète de ce département pour signer les décisions attaquées, par un arrêté n° 2024‑PREF‑DCPPAT‑BCA‑261 du 2 septembre 2024 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l’Essonne le même jour. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.
3. En second lieu, si l’article L. 212-1 du code des relations entre le public et l’administration dispose que toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur, ainsi que la mention de ses prénom, nom et qualité, aucune disposition ne prévoit que l’arrêté litigieux comporte, dans ses visas, la référence de l’acte confiant la délégation de signature à son auteur. Le moyen tiré de ce vice de forme est donc inopérant.

4. En troisième lieu, l’arrêté attaqué vise les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, ainsi que l’accord franco-algérien. Il expose également la situation administrative et familiale du requérant, en précisant notamment qu’il est entré en France depuis deux ans selon ses déclarations sans effectuer de démarche pour régulariser sa situation, qu’il a été interpellé le 1er juin 2025 pour conduite sans permis et a fait l’objet de signalements en juin et juillet 2023 pour des faits de recel de vol. Dès lors, cet arrêté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions contestées et permet ainsi au requérant d’en contester utilement le bien-fondé. Le moyen tiré de l’insuffisante motivation de l’arrêté attaqué doit donc être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l’article 6 de l’accord franco algérien : « Le certificat de résidence d'un an portant la mention « vie privée et familiale » est délivré de plein droit : (…) 5 au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus. ». Et selon l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. (…) ».
6. L’obligation de quitter le territoire français contestée ne se prononce pas sur une demande de titre de séjour. Par suite, M. C... ne peut utilement se prévaloir des stipulations qu’il invoque de l’article 6 de l’accord franco-algérien, ni de l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ce dernier article étant, au demeurant, inapplicable aux ressortissants algériens dont la situation au regard du séjour est régie de manière exclusive par l’accord franco‑algérien du 27 décembre 1968. Ainsi le moyen tiré de la violation de ces dispositions ne peut qu’être écarté.
7. En cinquième lieu M. C... soutient, sans en justifier, être proche de plusieurs cousins résidant sur le territoire, et s’être crée de nombreux amis. Il a également mentionné, dans son audition du 2 juin 2025, la présence d’un enfant qui serait à sa charge. Toutefois, il n’établit pas entretenir des liens familiaux intenses et stables en France, et n’apporte aucune précision sur la présence alléguée de ses cousins, alors qu’il a indiqué disposer d’attaches familiales en Algérie. Au demeurant, le fichier automatisé des empreintes digitales montre deux signalements en juin et juillet 2023 pour des faits de recel de bien provenant d’un vol. Dès lors, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit, en toute hypothèse, être écarté.
8. En sixième lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n’étant pas illégale, M. C... n’est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait, par voie de conséquence, entachée pour ce motif, d’’illégalité.
9 Il résulte de ce qui précède que M. C... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 2 juin 2025 de la préfète de l’Essonne.

10. Par suite, les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 911-1 et L. 911-2 du code de justice administrative ne peuvent qu’être rejetées, ainsi que celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 10 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... et à la préfète de l’Essonne.


Délibéré après l’audience du 13 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Cayla, présidente,
M. Bélot, premier conseiller,
Mme Geismar, première conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 novembre 2025


La rapporteure,


signé

M. Geismar

La présidente,


signé

F. CaylaLa greffière,

signé

A. Esteves


La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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