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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2507540

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2507540

jeudi 31 juillet 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2507540
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPASCAL

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B, ressortissante tunisienne, à un rendez-vous sous un mois pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. La requérante justifiait d'une urgence, son dossier déposé en 2022 sur la plateforme "démarches simplifiées" étant arrivé à expiration, ce qui la replaçait en fin de file d'attente. Le juge a ordonné à l'administration de remettre un récépissé à l'intéressée lors du rendez-vous, sous réserve d'un dossier complet, sans assortir cette injonction d'une astreinte. L'État a été condamné à verser 800 euros à Mme B au titre des frais de justice.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 30 juin 2025, Mme A B, représentée par Me Pascal, demande au juge des référés :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de la convoquer à un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir et de la munir, à cette occasion, d'un récépissé l'autorisant à travailler, sous réserve de la présentation d'un dossier complet ;

2°) d'assortir cette injonction d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Essonne qui n'a pas produit d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Sauvageot, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante tunisienne née le 12 mars 1989, déclare résider en France de manière continue depuis le 16 octobre 2018. Elle expose avoir demandé, le 12 juillet 2022, un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour. Elle fait valoir qu'elle n'a obtenu aucune réponse de l'administration et demande, en conséquence, au juge des référés d'enjoindre à la préfète de l'Essonne, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, de la convoquer à un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de l'ordonnance à intervenir et de la munir, à cette occasion, d'un récépissé l'autorisant à travailler, sous réserve de la présentation d'un dossier complet.

2. Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ".

3. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

4. Lorsque le rendez-vous ne peut être demandé qu'après avoir procédé en ligne à des formalités préalables, il résulte de ce qui vient d'être dit que si l'étranger établit n'avoir pu les accomplir, notamment lorsque le site ne permet pas de sélectionner la catégorie de titre à laquelle la demande doit être rattachée, ce dysfonctionnement ayant été constaté à l'occasion de plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d'obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l'étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d'urgence particulière.

5. En l'espèce, Mme B a pu déposer, le 12 juillet 2022, son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail sur la plateforme " démarches simplifiées ". Elle justifie notamment par la production du récapitulatif du dépôt de sa demande de rendez-vous sur la plateforme " démarches-simplifiées " que cette demande est expirée, selon la mention figurant sur ce document, depuis 12 juillet 2025. Le dépassement de cette date limite expose Mme B à la perspective de devoir présenter une nouvelle demande à compter de cette date, la replaçant ainsi à la fin dans l'ordre d'examen des demandes. Dès lors, la condition d'urgence posée par les dispositions précitées de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, doit être regardée comme étant remplie à la date d'introduction de la requête et le demeure à la date de la présente ordonnance. Par ailleurs, il n'apparaît pas que la demande de l'intéressée se heurterait à une contestation sérieuse et qu'elle ferait obstacle à l'exécution d'une décision administrative.

6. Il résulte de ce qui précède qu'il y a lieu d'enjoindre à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B à un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir, à cette occasion, d'un récépissé, sous réserve de la présentation d'un dossier complet, sans qu'il soit besoin, en l'état de l'instruction, d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais d'instance :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État une somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer Mme B à un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande d'admission exceptionnelle au séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de la munir, à cette occasion, d'un récépissé, sous réserve de la présentation d'un dossier complet.

Article 2 : L'Etat versera à Mme B la somme de 800 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A B, à la préfète de l'Essonne et au ministre de l'intérieur.

Fait à Versailles, le 31 juillet 2025.

La juge des référés,

signé

J. Sauvageot

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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