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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2507928

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2507928

mardi 20 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2507928
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantCAMBLA

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a rejeté la requête de M. D..., ressortissant tunisien, qui contestait un arrêté préfectoral l'obligeant à quitter le territoire français. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signataire disposant d'une délégation régulière. Il a jugé la décision suffisamment motivée et non entachée d'un défaut d'examen, en se fondant sur les articles L. 611-1 et L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA). Les autres moyens, tirés de la méconnaissance des articles L. 141-3 et L. 613-4 du CESEDA, de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et d'une erreur manifeste d'appréciation, ont également été rejetés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 9 et 23 juillet 2025, M. B... D..., représenté par Me Cambla, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 7 juillet 2025 par lequel la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision portant obligation de quitter le territoire français :
a été signée par une autorité incompétente ;
est insuffisamment motivée et est entachée d’un défaut d’examen de sa situation personnelle ;
méconnaît les dispositions des articles L. 141-3 et L. 613-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
est entachée d’erreur manifeste d’appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.




Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2025, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
le rapport de Mme Hardy, rapporteure,
les observations de Me Bansard, représentant M. D....


Considérant ce qui suit :

M. B... D..., ressortissant tunisien né le 9 août 2001, demande l’annulation de l’arrêté du 7 juillet 2025 par lequel la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.


Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, l’arrêté attaqué a été signé par Mme C... A..., cheffe du bureau de l’éloignement du territoire, qui disposait d’une délégation de signature à cet effet, consentie par un arrêté n° 2025-PREF-DCPPAT-BCA-030 du 3 mars 2025 de la préfète de l’Essonne, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté attaqué doit être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (…) 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / (…) ». Aux termes de l’article L. 613-1 du même code : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée (…) ».

La décision attaquée, qui n’avait pas à mentionner l’ensemble des éléments de la situation de l’intéressé, vise notamment les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui la fondent et les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les éléments de la situation personnelle et familiale du requérant, ainsi que les raisons pour lesquelles la préfète de l’Essonne l’a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. L’arrêté attaqué indique également que le requérant n’établit pas être exposé à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d’origine. Enfin, il ne ressort ni des termes de la décision contestée, ni des pièces du dossier, que la préfète se serait abstenue de se livrer, préalablement à son édiction, à un examen de la situation personnelle du requérant. Cette décision comporte ainsi, de façon circonstanciée, l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est, dès lors, suffisamment motivée et n’est entachée d’aucun défaut d’examen de la situation personnelle de M. D.... Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d’examen doivent être écartés.

En troisième lieu, aux termes de l’article L. 141-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : « Lorsque les dispositions du présent code prévoient qu'une information ou qu'une décision doit être communiquée à un étranger dans une langue qu'il comprend, cette information peut se faire soit au moyen de formulaires écrits dans cette langue, soit par l'intermédiaire d'un interprète. L'assistance de l'interprète est obligatoire si l'étranger ne parle pas le français et qu'il ne sait pas lire. / En cas de nécessité, l'assistance de l'interprète peut se faire par l'intermédiaire de moyens de télécommunication. Dans une telle hypothèse, il ne peut être fait appel qu'à un interprète inscrit sur une liste établie par le procureur de la République ou à un organisme d'interprétariat et de traduction agréé par l'administration. Le nom et les coordonnées de l'interprète ainsi que le jour et la langue utilisée sont indiqués par écrit à l'étranger ». Aux termes de l’article L. 613-4 du même code : « L'étranger auquel est notifiée une décision portant obligation de quitter le territoire français est également informé qu'il peut recevoir communication des principaux éléments, traduits dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de supposer qu'il la comprend, des décisions qui lui sont notifiées en application des chapitres I et II ».

Toute irrégularité dans l’exercice des droits de la défense lors d’une procédure administrative concernant un ressortissant d’un pays tiers en vue de son éloignement ne saurait constituer une violation de ces droits et, en conséquence, tout manquement, notamment, au droit d’être entendu n’est pas de nature à entacher systématiquement d’illégalité la décision prise. Il revient au ressortissant concerné d’établir devant le juge chargé d’apprécier la légalité de cette décision que les éléments qu’il n’a pas pu présenter à l’administration auraient pu influer sur le sens de cette décision et il appartient au juge saisi d’une telle demande de vérifier, lorsqu’il estime être en présence d’une irrégularité affectant le droit d’être entendu, si, eu égard à l’ensemble des circonstances de fait et de droit spécifiques de l’espèce, cette violation a effectivement privé celui qui l’invoque de la possibilité de mieux faire valoir sa défense dans une mesure telle que cette procédure administrative aurait pu aboutir à un résultat différent.

M. D... fait valoir que la décision attaquée est entachée d’un vice de procédure, dès lors qu’elle lui a été notifiée par le truchement d’un interprète en langue arabe dont les coordonnées n’y figurent pas et dont il n’est pas justifié de son agrément, et qu’il n’a pas été informé de ce qu’il pouvait recevoir communication des principaux éléments de la décision traduits dans une langue qu'il comprend. Toutefois, les conditions de notification d’une décision administrative sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des articles L. 141-3 et L. 613-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doivent être écartés comme inopérants.

En dernier lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

M. D... fait valoir qu’il réside sur le sol français depuis six ans, qu’il y exerce un emploi stable en vertu d’un contrat à durée indéterminée à temps plein conclu le 9 janvier 2024, en qualité d’employé polyvalent au sein d’un garage automobile, qu’il dispose d’un logement stable et qu’il y a créé des liens personnels et familiaux. Toutefois, son entrée alléguée sur le territoire français demeure récente, tout comme son insertion professionnelle ainsi que les liens personnels dont il se prévaut. Par ailleurs, il est constant qu’il est célibataire et sans enfant à charge. Dès lors, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n’est pas fondé à soutenir qu’elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.


Il résulte de tout ce qui précède que M. D... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté de la préfète de l’Essonne du 7 juillet 2025. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. D... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... D... et à la préfète de l’Essonne.

Délibéré après l’audience du 6 janvier 2026, à laquelle siégeaient :

M. Doré, président,
Mme L’Hermine, première conseillère,
Mme Hardy, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 janvier 2026.

La rapporteure,
signé
M. Hardy
Le président,
signé
F. Doré


La greffière,

signé

S. Paulin

La République mande et ordonne à la préfète de l’
Essonne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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