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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2508175

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2508175

lundi 11 août 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2508175
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHARLES

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a examiné la requête de M. B C, qui contestait un arrêté préfectoral du 8 juillet 2025 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec interdiction de retour et assignation à résidence. Lors de l'audience, le tribunal a soulevé d'office un moyen d'irrecevabilité pour tardiveté, constatant que la requête, enregistrée le 16 juillet 2025, avait été présentée après l'expiration du délai de recours contentieux de sept jours, qui courait à compter de la notification de l'arrêté le 8 juillet 2025. En conséquence, le tribunal a rejeté la requête comme irrecevable, sans examiner les moyens soulevés par le requérant, sur le fondement des articles R. 421-1 et R. 421-5 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 16 juillet 2025, M. B C, représenté par Me Charles, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2025, par lequel le préfet des Yvelines l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence dans le département des Yvelines pour une durée de quarante-cinq jours ;

2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à lui verser sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance de son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'un détournement de pouvoir et de procédure ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des article L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation et d'une erreur de droit tenant au défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un vice de procédure tenant à la méconnaissance de son droit à être entendu garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la mesure d'éloignement qui en constitue le fondement ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- la mesure l'obligeant à se présenter au commissariat de police de Versailles et celle lui interdisant de quitter le département des Yvelines sans autorisation sont disproportionnées ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de son enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui a présenté des pièces enregistrées les 4 et 5 août 2025 et communiquées.

En application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, les parties ont été informées, lors de l'audience du 5 août 2025, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen soulevé d'office tiré de l'irrecevabilité pour tardiveté de la requête enregistrée le 16 juillet 2025, postérieurement à l'expiration le 15 juillet 2025 à minuit, du délai de recours contentieux non franc de sept jours contre l'arrêté attaqué notifié le 8 juillet 2025 à 18 heures.

L'affaire a été inscrite et appelée à l'audience du 5 août 2025, se tenant à compter de 9 heures, en présence de Mme Amegee, greffière d'audience, au cours de laquelle ont été entendues :

- le rapport de Mme Corthier, assistée de Mme A, interprète en langue arabe ;

- les observations de Me Mariette, substituant Me Charles, représentant M. C, présent, concluant aux mêmes fins par les mêmes moyens et invoquant le nouveau moyen tiré du défaut d'examen de la mesure d'éloignement au regard de la seconde phrase du premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- les observations de Me Ill, représentant le préfet des Yvelines, qui conclut au rejet de la requête en soutenant que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Un avis de renvoi d'audience a, toutefois, été adressé aux parties le 7 août 2025, les informant de l'inscription de cette affaire au rôle de l'audience du 11 août 2025, à 10 heures.

Par un mémoire, enregistré le 7 août 2025, M. C, représenté par Me Charles, présente des observations en réponse au moyen soulevé d'office lors de l'audience du 5 août 2025.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2025, le préfet des Yvelines, représenté par Me Rannou, conclut au rejet de la requête et présente des observations en réponse au moyen soulevé d'office lors de l'audience du 5 août 2025.

Il soutient que la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive et que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles, signé à Alger le 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Corthier, première conseillère, pour exercer les pouvoirs qui lui sont attribués par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Corthier a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 août 2025 à 10 heures, en présence de Mme Amegee, greffière d'audience et assistée de Mme A, interprète en langue arabe.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, né le 26 septembre 1990, de nationalité algérienne, est entré sur le territoire français selon ses déclarations le 1er septembre 2022. Le préfet des Yvelines l'a, par arrêté du 8 juillet 2025, notifié le même jour, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera renvoyé en cas d'exécution d'office de cette obligation, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans et l'a assigné à résidence dans le département des Yvelines pour une durée de quarante-cinq jours. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

2. Aux termes de l'article L. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L 614-1, lorsque l'étranger est assigné à résidence en application de l'article L. 731-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français ainsi que la décision relative au séjour, la décision relative au délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent, le cas échéant, peuvent être contestées devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ". L'article L. 731-1 de ce code prévoit : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : /1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; ". Aux termes de l'article L. 732-8 de ce code : " La décision d'assignation à résidence prise en application des 1°, 2°, 3°, 4° ou 5° de l'article L. 731-1 peut être contestée selon la procédure prévue à l'article L. 921-1. / Elle peut être contestée dans le même recours que la décision d'éloignement qu'elle accompagne. " L'article L. 921-1 de ce code prévoit : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. Sous réserve de l'article L. 921-4, il statue dans un délai de quinze jours à compter de l'introduction du recours ". Selon l'article R. 921-3 de ce code : " Les délais de recours de sept jours et quarante-huit heures respectivement prévus aux articles L. 921-1 et L. 921-2 ne sont susceptibles d'aucune prorogation ".

3. Il résulte de l'ensemble des dispositions citées ci-dessus, qui traduisent l'objectif de célérité du législateur dans le traitement contentieux des mesures d'éloignement des étrangers faisant l'objet d'une mesure d'assignation à résidence dans la perspective de cet éloignement, que, si les délais de recours contentieux sont en principe des délais francs, le délai de contestation de sept jours prévu à l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui doit être regardé comme un délai non-franc, commence à courir le lendemain du jour de la notification et expire le dernier jour du délai à minuit.

4. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué a été notifié à M. C le 8 juillet 2025 à 18 heures par un agent de la police nationale, assisté d'un interprète. Le délai de recours contentieux de sept jours fixé par l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelé par les mentions des voies et délais de recours de la notification de l'arrêté attaqué, expirait donc le 15 juillet 2025 à minuit. Si M. C soutient qu'il n'a pas compris la traduction de ces mentions par l'interprète-traducteur qui avait été désigné dans son intérêt, dont l'identité n'est pas précisée par l'attache de signature apposée, il n'est pas contesté que la notification de l'arrêté attaqué a été réalisée en présence d'un interprète en langue arabe, qui est la langue qu'il a déclarée comprendre lors de son audition du 8 juillet 2025, assisté d'un interprète de la même langue. La requête de M. C, enregistrée sur Télérecours le 16 juillet 2025 à 13 heures 23, est donc tardive et doit être, par suite, rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 août 2025.

La magistrate désignée,

signé

Z. Corthier

La greffière,

signé

E. Amegee

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2508175

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