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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2508224

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2508224

jeudi 18 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2508224
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantPIGOT

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a examiné la requête de M. B..., ressortissant camerounais, contestant l'arrêté du préfet du Val-d'Oise du 17 juin 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a rejeté l'ensemble des moyens soulevés, considérant que la décision était suffisamment motivée et ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale. En conséquence, la requête a été rejetée, confirmant la légalité de l'arrêté préfectoral pris sur le fondement du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :


Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 16 juillet, 13 août et 4 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Pigot, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 17 juin 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination en cas d’éloignement d’office et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;


2°) d’enjoindre au préfet territorialement compétent, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans les mêmes conditions de délai et d’astreinte, en lui délivrant durant cet examen une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler ;


3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est entachée d’une incompétence de son auteur ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d’un défaut d’examen particulier de sa situation personnelle ;
- elle méconnaît le droit d’être entendu consacré par l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- elle est entaché d’une erreur de fait ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant ;
- elle est entachée d’une erreur d’appréciation dès lors qu’il ne constitue pas une menace pour l’ordre public et d’une erreur de droit au regard de l’inexacte application des dispositions du 5° de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Sur la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision lui refusant l’octroi d’un délai de départ volontaire :
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est illégale du fait de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnait les stipulations de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2025, le préfet du Val-d’Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.


La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Lellouch,
- et les observations de Me Mourre, substituant Me Pigot, représentant M. B....




Considérant ce qui suit :

M. A... B..., ressortissant camerounais né le 23 avril 1988, déclare être entré en France en 2018. Par un arrêté du 17 juin 2025, le préfet du Val-d’Oise l’a obligé à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an. M. B... demande au tribunal l’annulation de cet arrêté.


Sur les conclusions aux fins d’annulation :

Aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1°) Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2°) Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».


Pour l’application des stipulations précitées, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.




Il ressort des pièces du dossier que M. B..., entré en France en 2018 selon ses déclarations, est pacsé depuis le 17 mars 2022 avec une compatriote titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 11 juin 2031 et que le couple a donné naissance à un enfant le 18 janvier 2023, âgé de deux ans et demi à la date de l’arrêté attaqué. Les pièces produites par le requérant, en particulier les factures Free, les factures Engie, les avis d’échéance de loyer, les déclarations d’impôt sur le revenu et les attestations de paiement de la caisse d’allocations familiale de l’Essonne, permettent d’établir la réalité de leur vie commune depuis fin 2021. Il ressort en outre des pièces du dossier que sa compagne est également mère de deux enfants, nés le 8 octobre 2006 et le 25 septembre 2014, dont l’un est de nationalité française, tous les deux scolarisés en France et résidant avec M. B... et sa compagne. Le requérant établit ainsi avoir transféré le centre de ses attaches familiales en France. Enfin, les éléments avancés par le préfet ne permettent pas de caractériser que sa présence en France représente une menace pour l’ordre public. Dans ces conditions, compte tenu de durée et de la réalité de sa vie commune avec une résidente longue durée mère d’un enfant français et de la naissance de l’enfant du couple plus de deux ans avant la décision attaquée, et bien que le requérant dispose encore d’attaches familiales au Cameroun où résident ses sœurs, le préfet du Val-d’Oise a, en prenant l’arrêté attaqué, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, l’arrêté du 17 juin 2025 du préfet du Val-d’Oise méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. B... est fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 17 juin 2025.


Sur les conclusions aux fins d’injonction :

L’exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif d’annulation retenu, la délivrance à M. B... d’une carte de séjour temporaire d’un an portant la mention « vie privée et familiale », à moins qu’une circonstance nouvelle de droit ou de fait y fasse obstacle. Il y a lieu, sous cette réserve, d’enjoindre au préfet territorialement compétent de délivrer à M B... une telle carte de séjour dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement en lui délivrant dans l’attente une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, sans qu’il y ait lieu d’assortir cette injonction d’une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

Dans les circonstances il y a lieu de mettre à la charge de l’État la somme de 1 000 euros à verser à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



D E C I D E :


Article 1er : L’arrêté du 17 juin 2025 par lequel le préfet du Val-d’Oise a obligé M. B... à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d’un an, est annulé.



Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent, sous réserve qu’une circonstance nouvelle de droit ou de fait y fasse obstacle, de délivrer à M. B... une carte de séjour temporaire portant la mention « vie privée et familiale » dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, en le munissant dans l’attente d’une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler.

Article 3 : L’État versera la somme de 1 000 (mille) euros à M. B... au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de la requête de M. B... sont rejetées pour le surplus.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B... et au préfet du Val-d’Oise.


Délibéré après l'audience du 4 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Lellouch, présidente,
M. Gibelin, premier conseiller,
Mme Corthier, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2025.



La présidente-rapporteure,
signé
J. Lellouch

L’assesseur le plus ancien dans l’ordre du tableau,
signé
F. Gibelin


La greffière,


signé

A. Gateau


La République mande et ordonne au préfet du Val-d’Oise, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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