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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2508467

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2508467

jeudi 4 décembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2508467
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7éme chambre
Avocat requérantABDOLLAHI MANDOLKANI

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. C..., ressortissant turc, qui contestait un arrêté du 25 juin 2025 lui faisant obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence du signataire, l'insuffisance de motivation, le défaut d'examen sérieux, et la méconnaissance du droit d'être entendu. Il a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé, fondé sur les articles L. 611-1 et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), et que les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3 de la Convention internationale des droits de l'enfant n'étaient pas méconnues. La solution retenue est le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 21 juillet 2025, M. B... C..., représenté par Me Abdollahi Mandolkani, demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 25 juin 2025 par lequel la préfète de l’Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé la Turquie comme pays de destination ;

2°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de réexaminer sa situation administrative et de lui délivrer dans l’attente une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Il soutient que :
- l’arrêté a été pris par une autorité incompétente à défaut de délégation de signature ;
- il est insuffisamment motivé et a été pris sans examen sérieux de sa situation personnelle ;
- il n’a pas été entendu préalablement, en méconnaissance des articles L. 121-1, L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne ;
- il n’est pas démontré que la décision de la cour nationale du droit d’asile le déboutant ait été notifiée ou lue en audience publique ;
- il lui a été notifié tardivement alors que les articles L. 542-4 et R. 611-3 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile imposent une notification dans les quinze jours de la notification de la décision de la cour nationale du droit d’asile ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ; ses trois enfants suivent une scolarité effective en France qui serait brutalement interrompue ;
- il méconnaît l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ; il est d’origine kurde et craint d’être exposé à des persécutions en raison de son engagement en faveur du parti démocratique du peuple.



Par un mémoire en défense, enregistré le 19 septembre 2025, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.



Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Le rapport de M. Lutz, premier conseiller, a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. B... C..., ressortissant turc né le 27 mars 1985, soutient être entré en France le 2 février 2021. Il a sollicité son admission au bénéfice de l’asile mais sa demande a été rejetée en dernier lieu par la cour nationale du droit d'asile le 3 octobre 2023. La préfète de l’Essonne lui a, par arrêté du 25 juin 2025, fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. C... demande l’annulation de cet arrêté.

2. En premier lieu, l’arrêté attaqué est signé par M. A... D..., attaché d’administration, adjoint au chef de bureau de l’asile, qui a reçu, en l’absence de la directrice de l’immigration et de l’intégration, délégation à cet effet par arrêté de la préfète de l’Essonne n°2025-PREF-DCPPAT-BCA-030 du 3 mars 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de la décision manque en fait et ne peut qu’être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. (…) ».

4. L’arrêté attaqué vise les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et notamment des articles L. 611-1 et L. 612-1, qui constituent le fondement de la décision d’éloignement, ainsi que les stipulations pertinentes des conventions internationales applicables. En outre, il fait mention de la situation administrative de M. C... notamment au regard de ses demandes d’asile, de sa situation familiale ainsi que du fait que la préfète a estimé qu’il n’encourait pas de risques dans son pays d’origine et est donc suffisamment motivé en fait. Par ailleurs, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que sa situation personnelle n’aurait pas fait l’objet d’un examen sérieux. Par suite, les moyens tirés de ce défaut d’examen et d’une insuffisance de motivation doivent être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 100-1 du code des relations entre le public et l’administration : « Le présent code régit les relations entre le public et l’administration en l’absence de dispositions spéciales applicables ». L’article L. 121-1 du même code dispose : « Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ».

6. Les dispositions du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile relatives aux décisions portant obligation de quitter le territoire français constituent des dispositions spéciales par lesquelles le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises leur intervention et leur exécution. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration est donc inopérant et ne peut qu’être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l’article 41 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (…) ». Si les dispositions de l’article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ne sont pas en elles-mêmes invocables par un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement telle qu’une obligation de quitter le territoire français, celui-ci peut néanmoins utilement faire valoir que le principe général du droit de l’Union européenne, relatif au respect des droits de la défense, imposait qu’il soit préalablement entendu et mis à même de présenter toute observation utile sur la mesure d’éloignement envisagée.

8. Lorsqu’il présente une demande d’asile, l’étranger, en raison même de l’accomplissement de cette démarche qui tend non seulement à l’octroi d’une protection internationale, mais aussi à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu’en cas de rejet de sa demande, il pourra faire l’objet d’une mesure d’éloignement. Il lui est loisible, au cours de la procédure d’asile, de faire valoir auprès de l’autorité compétente, à savoir, en principe, le préfet de département et, à Paris, le préfet de police, une circonstance de fait ou une considération de droit nouvelle, c’est-à-dire un motif de délivrance d’un titre de séjour. Le droit de l’intéressé d’être entendu, ainsi satisfait avant qu’il ne soit statué sur sa demande d’asile, n’impose pas à l’autorité administrative de mettre l’intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l’obligation de quitter le territoire français lorsque la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire lui a été définitivement refusé ou lorsqu’il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français.

9. Il est constant que l’arrêté contesté n’est intervenu qu’après que M. C... a formé une demande d’asile puis que cette demande a été rejetée par l’office français de protection des réfugiés et des apatrides. Il lui était donc loisible, au cours de la procédure d’asile, de faire valoir auprès de la préfète de l’Essonne tout élément utile relatif à sa situation de nature à constituer un motif de délivrance d’un titre de séjour, sans que l’autorité administrative n’ait à le mettre en demeure de présenter de telles observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d’être entendu garanti par le principe général du droit de l’Union Européenne doit être écarté.

10. En cinquième lieu, aux termes de l’article R. 532-57 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La date de notification de la décision de la Cour nationale du droit d'asile qui figure dans le système d'information de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, et qui est communiquée au préfet compétent et au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au moyen de traitements informatiques, fait foi jusqu'à preuve du contraire. »

11. Il ressort des mentions du système Telemofpra, produit par la préfète de l’Essonne, que la décision de la cour nationale du droit d'asile rejetant la demande d’asile de M. C..., datée du 3 octobre 2023, lui a été notifiée le 10 octobre 2023, cette date de notification faisant foi à défaut de preuve contraire produite par M. C..., ainsi que l’énoncent les dispositions précitées. Par ailleurs, il ne ressort d’aucune pièce du dossier que cette décision n’aurait pas été lue en audience publique. Par suite, les moyens tirés du défaut de cette lecture ou de notification de cette décision doivent être écartés.

12. En sixième lieu, aux termes de l’article L. 542-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger auquel la reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé ou qui ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application de l'article L. 542-2 et qui ne peut être autorisé à demeurer sur le territoire à un autre titre doit quitter le territoire français. Sous réserve des cas où l'autorité administrative envisage d'admettre l'étranger au séjour pour un autre motif, elle prend à son encontre, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, une obligation de quitter le territoire français sur le fondement et dans les conditions prévues au 4° de l'article L. 611-1. » Aux termes de son article R. 611-3 : « Le délai prévu à l'article L. 542-4 est de quinze jours à compter de la date à laquelle l'autorité administrative compétente a connaissance de l'expiration du droit au maintien de l'étranger. Lorsque l'expiration du droit au maintien de l'étranger résulte d'une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou de la Cour nationale du droit d'asile, l'autorité administrative en a connaissance dans les conditions prévues aux articles R. 531-19, R. 531-21 et R. 532-57. »

13. L’introduction d’un délai dans l’article L. 542-4 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile vise à s’assurer que l’édiction de l’obligation de quitter le territoire français par l’autorité préfectorale intervienne à bref délai lorsque l’étranger n’est plus en droit de se maintenir sur le territoire national. Elle n’a pas pour objet ni pour effet, en cas de dépassement du délai de quinze jours qu’elle prévoit, de faire obstacle à l’édiction de cette mesure sur le fondement des dispositions du 4° de l’article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pleinement applicables à la situation de cet étranger. Ainsi, un dépassement du délai prévu par les dispositions de l'article L. 542‑4 est sans incidence sur la régularité de l’obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

14. En septième lieu, aux termes de l’article 3.1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ». Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l’intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

15. Il ressort des pièces du dossier que M. C... est marié et a trois enfants mineurs poursuivant leur scolarité en France depuis leur arrivée sur le territoire français. Toutefois, la décision d’éloignement contestée, qui a été prise concomitamment à une décision similaire visant son épouse, n’a ni pour objet ni pour effet de séparer la famille et il n’est pas démontré que les enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité en Turquie, où la famille pourra se maintenir constituée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

16. En huitième et dernier lieu, aux termes de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ».

17. M. C... soutient craindre des représailles en Turquie en raison de ses origines kurdes et de son activité en faveur du parti démocratique des peuples. Toutefois, il n’apporte aucun justificatif ni description de la réalité, l’ampleur ou la nature de ces activités, ni de nature à étayer un quelconque risque de représailles. Les autres éléments dont il se prévaut ne font état que de la situation générale en Turquie et reposent au demeurant, sur des rapports établis en 2016 et 2017, soit il y a près de dix ans. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C... doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d’injonction et présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.





D E C I D E :



Article 1er : La requête de M. C... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... C... et à la préfète de l’Essonne.


Délibéré après l'audience du 20 novembre 2025, à laquelle siégeaient :

M. Mauny, président,
Mme Benoit, première conseillère,
M. Lutz, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2025.

Le président,
Signé
O. Mauny
Le rapporteur,
Signé
F. Lutz



La greffière,



Signé



Attia


La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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