mardi 19 août 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| Section | Tribunal Administratif de VERSAILLES |
| N° Dossier | TA78-2508969 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | CABINET CLF LAURENT FRÖLICH |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2025 et des pièces complémentaires enregistrées le 12 août 2025, l'association Baby-Loup, représentée par Me Frolich, demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de la décision du 3 juillet 2025 par laquelle le préfet des Yvelines et le président du conseil départemental des Yvelines ont pris une mesure de limitation unilatérale de l'amplitude horaire d'ouverture de son établissement de Conflans-Sainte-Honorine conduisant à la fermeture administrative de son accueil de nuit entre 22 heures et 6 heures à partir du 14 juillet 2025 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat et du conseil départemental des Yvelines la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition de l'urgence est remplie dès lors qu'au regard des heures effectuées en septembre 2023 et septembre 2024, la fermeture de la crèche entre 22 heures et 6 heures va générer une perte de recettes de 44 300 euros au titre du mois de septembre 2025, ce qui met en péril sa pérennité alors qu'elle doit faire face à ses charges fixes ; cette fermeture porte également atteinte à sa réputation ; elle préjudicie également aux intérêts des salariés qu'elle ne pourra plus employer et aux intérêts des familles qui ne pourront plus faire garder leurs enfants la nuit alors qu'elle est la seule structure en France à proposer un tel accueil qui répond à un réel besoin social, notamment pour les familles les plus vulnérables ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige ; il a été signé par le responsable du pôle santé et non par le président du conseil départemental des Yvelines ; le procès-verbal du 16 juin 2025 sur lequel repose l'arrêté est entaché d'erreurs de fait ; premièrement, le taux d'encadrement est conforme aux exigences réglementaires de jour comme de nuit ; l'équipe sera conforme au ratio 40/60 dès le 28 août 2025 et il existe un professionnel de catégorie 1 à chaque instant ; deuxièmement, elle a bien transmis le diplôme " référent Santé et Accueil Inclusif " à la suite de l'inspection du 16 juin 2025, les temps d'intervention d'accompagnement santé ont bien été réalisés et la validation du protocole " Santé et Projet d'accueil individualisé " par un référent " Santé et Accueil Inclusif " est déjà prévue en septembre 2025 ; troisièmement, les conditions de surveillance des temps de siestes fixées par les textes sont respectées ; quatrièmement, l'hygiène dans les espaces enfants est conforme aux exigences règlementaires ; les autres motifs retenus sont également infondés ; enfin, la fermeture de l'accueil de nuit pour une durée illimitée présente un caractère disproportionné.
Par un mémoire en défense enregistré le 12 août 2025, le département des Yvelines et le préfet des Yvelines concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de la requérante les éventuels dépens.
Ils soutiennent que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie ; les éléments financiers fournis par la requérante sont partiels, erronés et incohérents puisqu'ils ne correspondent pas aux heures de la fermeture administrative ; l'activité de la crèche entre 22 heures et 6 heures est en réalité réduite, limitant l'impact financier de la mesure ; en outre, la crèche est fermée au public chaque année durant tout le mois d'août ; par ailleurs, les difficultés de la requérante résultent d'une situation dans laquelle elle s'est elle-même placée en ne remédiant pas complètement et durablement aux dysfonctionnements constatés depuis le 23 janvier 2024, la durée de la fermeture de l'accueil de nuit dépendant quant à elle des mesures correctives qu'il lui revient d'adopter ; enfin, la requérante n'établit pas le nombre de familles impactées par la fermeture et sans solution de garde alternative, sachant que le département a proposé son aide aux familles concernées ; à l'inverse, il y a urgence à maintenir la fermeture de l'accueil de nuit, tant que les mesures correctives préconisées n'ont pas été prises, afin de garantir la sécurité des enfants accueillis ;
- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; l'auteur de l'acte est compétent, comme cela ressort des justificatifs produits ; la fermeture administrative de l'accueil de nuit est fondée, eu égard aux manquements constatés ; la mesure, dont la durée n'est pas illimitée, n'est pas disproportionnée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2508968 par laquelle l'association Baby-Loup demande l'annulation de la décision en litige.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Amar-Cid, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 13 août 2025 à 10h00, en présence de M. Rion, greffier d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Amar-Cid ;
- les observations de Me Cliquennois, substituant Me Frolich, représentant la requérante, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle précise ; elle ajoute que l'activité de l'association a été déficitaire sur l'année 2024 ; parmi les manquements reprochés, elle reconnait seulement le non-respect du ratio 40/60 auquel il sera remédié dès le 28 août 2025 par le recrutement de deux nouveaux salariés ; nombre des griefs qui lui sont adressés présentent un caractère mineur et un faible degré de gravité ; la preuve contraire est impossible à apporter s'agissant d'autres griefs, notamment ceux concernant les mesures d'affichage et la surveillance des temps de sieste ; la fermeture de l'accueil de nuit apparait injustifiée et disproportionnée au regard des manquements relevés alors en, outre, que des mesures correctives ont été prises et qu'elle dispose de peu de moyens humains à consacrer aux tâches administratives ;
- les observations de M. B, représentant le département des Yvelines, qui conclut aux mêmes fins que le mémoire en défense par les mêmes moyens qu'il précise ; il ajoute que l'association reconnait que la plupart des reproches qui lui sont faits sont fondés à la date du 3 juillet 2025 ; l'amplitude horaire de la mesure de fermeture de nuit a été définie au vu des plannings fournis afin de limiter l'impact pour les familles et les conséquences financières pour l'association requérante ; certains des manquements constatés comme l'absence à chaque instant d'un professionnel de catégorie 1 ont été relevés dès le 23 janvier 2024, sans que l'association requérante n'apporte de réponse avant la notification de la décision litigieuse ; elle a été alertée à maintes reprises et a bénéficié d'un délai suffisant pour remédier aux manquements relevés, ce qu'elle n'a pas fait ;
- les observations de Mme A, représentant le préfet des Yvelines qui persiste dans ses écritures et ajoute que la mesure contestée est justifiée dès lors que la sécurité des enfants accueillis la nuit n'est pas suffisamment assurée.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 11h06.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision du 3 juillet 2025, le préfet des Yvelines et le président du conseil départemental des Yvelines ont, en application de l'article L. 2324-3 du code de la santé publique, enjoint à l'association Baby-Loup de prendre sans délai et au plus tard le 1er octobre 2025 les mesures correctives de nature à garantir la santé, la sécurité, le bien-être physique et le développement des enfants accueillis dans son établissement de Conflans-Sainte-Honorine. Cette injonction a été assortie d'une mesure de limitation unilatérale de l'amplitude horaire d'ouverture de l'établissement de 6 heures à 22 heures à partir du 14 juillet 2025 et jusqu'à la levée de l'ensemble des manquements constatés. Par la présente requête, l'association Baby-Loup demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de cette décision en tant qu'elle ordonne la fermeture administrative de son accueil de nuit entre 22 heures et 6 heures.
2. Aux termes de l'article L. 2324-1 du code de la santé publique : " Si elles ne sont pas soumises à un régime d'autorisation en vertu d'une autre disposition législative, la création, l'extension et la transformation des établissements et services gérés par une personne physique ou morale de droit privé ou de droit public accueillant des enfants de moins de six ans sont subordonnées à une autorisation délivrée par le président du conseil départemental. () Les seules conditions exigibles de qualification ou d'expérience professionnelle, de moralité et d'aptitude physique requises des personnes exerçant leur activité dans les établissements ou services mentionnés aux alinéas précédents ainsi que les seules conditions exigibles d'installation et de fonctionnement de ces établissements ou services sont fixées par décret. (). ". L'article L. 2324-3 du même code dispose : " I. - Lorsqu'il estime que les conditions d'installation, d'organisation ou de fonctionnement d'un établissement ou d'un service d'accueil méconnaissent les dispositions du présent code ou présentent des risques susceptibles de compromettre ou menacer la santé, la sécurité, le bien-être physique ou mental ou l'éducation des enfants accueillis : / 1° Le président du conseil départemental ou, en application du II de l'article L. 2324-2, le représentant de l'Etat dans le département peut enjoindre au gestionnaire d'un établissement ou d'un service mentionné au premier alinéa de l'article L. 2324-1 d'y remédier, dans un délai qu'il fixe. Ce délai doit être raisonnable et adapté à l'objectif recherché ; / () L'injonction peut inclure des mesures de réorganisation des locaux ou du fonctionnement de l'établissement ou du service, y compris de limitation de la capacité d'accueil. / Toute injonction est suivie d'un contrôle à l'expiration du délai fixé. () ".
3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
4. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte contesté sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
5. Pour établir l'urgence, la requérante fait valoir qu'au regard des heures effectuées en septembre 2023 et septembre 2024, la fermeture de l'accueil de nuit de la crèche va générer une perte de recettes de 44 300 euros au titre du mois de septembre 2025, ce qui met en péril sa pérennité alors qu'elle doit faire face à ses charges fixes. Toutefois, pour procéder à cette évaluation, la requérante a pris en compte les enfants accueillis, en tout ou partie, entre 19 heures et 7 heures en septembre 2023 et septembre 2024 alors que la fermeture contestée concerne seulement la plage horaire de 22 heures à 6 heures. Elle n'apporte par ailleurs aucun élément permettant d'évaluer le nombre d'enfants qu'elle aurait été susceptible d'accueillir, en tout ou partie, sur cette dernière plage horaire ni le nombre d'heures correspondantes alors que les défendeurs font valoir, sans être contredits, que d'après les plannings fournis par l'association dans le cadre des contrôles pour la période du 5 au 16 mai 2025, la crèche n'a accueilli d'enfants sur le créneau horaire litigieux que 6 jours sur 10 et uniquement 1 à 3 enfants au cours de ces 6 nuits. En outre, si la requérante fait valoir que le résultat de son activité a été déficitaire sur l'année 2024, elle ne l'établit pas ni n'apporte la moindre précision ni le moindre élément sur sa situation financière, en particulier sur l'état de sa trésorerie. Par suite et alors au surplus qu'il n'est pas contesté que la crèche est fermée au public chaque année durant tout le mois d'août, la requérante n'établit pas l'urgence dont elle se prévaut au regard de l'impact financier de la fermeture contestée, qui a pris effet au 14 juillet 2025 et dont la durée dépend d'ailleurs de sa capacité à remédier aux manquements constatés. A cet égard, il résulte de l'instruction qu'avant la visite d'inspection effectuée le 16 juin 2025 à l'issue de laquelle la décision contestée a été prise, l'établissement avait déjà fait l'objet de deux contrôles, les 23 janvier 2024 et 3 février 2025, qui avaient donné lieu à une première injonction en date du 20 mars 2025, fondée sur des rapports auxquels l'association requérante n'a pas répondu avant le mois de mai 2025, lesquels constataient des manquements, comme le non-respect du ratio d'encadrement 40/60, auxquels il n'était toujours pas remédié près de dix-huit mois plus tard, à la date du dernier contrôle. Ainsi, l'association requérante s'est elle-même placée dans la situation d'urgence dont elle se prévaut en s'abstenant de remédier complètement aux dysfonctionnements constatés, pour certains, depuis le mois de janvier 2024. Elle ne justifie, par ailleurs, pas du nombre de salariés susceptibles d'être impactés par la mesure litigieuse. Elle ne saurait davantage se prévaloir de l'intérêt des familles concernées, dont le nombre n'est d'ailleurs pas justifié et apparait en tout état de cause limité, dans la mesure où il résulte de l'instruction que le conseil départemental des Yvelines a proposé son aide pour trouver des solutions de garde alternatives pour celles-ci. Enfin, alors que la sécurité des enfants accueillis commande que la fermeture de nuit soit maintenue jusqu'à la levée des manquements constatés, en particulier ceux concernant les règles d'encadrement, la perte d'image que la fermeture ordonnée est susceptible d'entrainer pour l'association requérante n'est pas de nature à caractériser une situation d'urgence au sens de l'article L. 521-1 du code de justice administrative. Par suite et en dépit des témoignages produits, la condition tenant à l'urgence ne peut être regardée comme remplie.
6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'existence de moyens propres à susciter, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée, que la requête de l'association Baby-Loup doit être rejetée en toutes ses conclusions, selon la modalité définie par l'article L. 522-3 du code de justice administrative.
7. En l'absence de dépens, les conclusions présentées par le département des Yvelines et le préfet des Yvelines, en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, sont rejetées.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'association Baby-Loup est rejetée.
Article 2 : La demande du département des Yvelines et du préfet des Yvelines, formée en application des dispositions de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'association Baby-Loup, au préfet des Yvelines et au département des Yvelines.
Fait à Versailles, le 19 août 2025.
La juge des référés,
Signé
J. Amar-Cid
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2508969
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026