Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 août 2025, Mme A... C... B..., représentée par Me Balonga, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français, dans un délai de départ volontaire de 30 jours pour rejoindre le pays dont elle a la nationalité ou de tout pays où elle est légalement admissible et a fixé le pays de destination de la mesure d’éloignement ;
2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de réexaminer sa situation et de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant », dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros à lui verser sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l’arrêté attaqué est entaché d’un vice d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- il méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- des circonstances exceptionnelles notamment l’intégration et la poursuite d’études peuvent justifier le maintien sur le territoire, malgré la production d’un document non authentique.
La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n’a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 11 août 2025, la clôture de l’instruction a été fixée au 22 septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience en application des dispositions de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de M. Brumeaux, président honoraire, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B..., ressortissante congolaise, née le 23 octobre 2000, est entrée en France le 27 décembre 2021 sous couvert d’un visa long séjour mention « étudiant » valant titre de séjour valable du 17 novembre 2021 au 17 novembre 2022. Le 12 octobre 2022, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour « étudiant » sur le fondement des articles L. 422-1 et L. 433-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, demande que l’administration lui a demandé de compléter, avec notamment la copie de ses diplômes. Elle demande au tribunal d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet des Yvelines a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours pour rejoindre le pays dont elle a la nationalité ou de tout pays où il est légalement admissible.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 3 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 78-2024-310 de l’Etat dans le département des Yvelines du même jour, le préfet de ce département a donné à Mme Léana Rullé, secrétaire général adjointe de la sous-préfecture de Mantes-la-Jolie, signataire de l’arrêté en litige, délégation à l’effet de signer les arrêtés, décisions ou toutes mesures concernant l’éloignement des étrangers en situation irrégulière sur le territoire national. Dès lors, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’acte doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l’arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de Mme B..., ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s’est fondé pour prendre cet arrêté. Dès lors, il comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi à la requérante d’en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le préfet des Yvelines, qui n’était pas tenu de mentionner l’intégralité des éléments relatifs à la situation de l’intéressée mais seulement les éléments déterminants sur lesquels il s’est fondé, a suffisamment motivé ses décisions. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l’étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ».
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme B... est entrée en France le 27 décembre 2021 au moyen d’un visa long séjour portant la mention « étudiant » valant titre de séjour valable du 17 novembre 2021 au 17 novembre 2022. Si elle a tout d’abord suivi une formation d’ingénieur à l’ENSIATE en spécialité éco-énergétique en 2022-2023, elle n’a pas validé cette formation, faute d’avoir accompli un stage de trois mois en raison, soutient-elle, des lenteurs imputables à la préfecture de l’Essonne dans l’instruction de sa demande de titre de séjour. Elle indique s’être ensuite réorientée, en 2024, vers une école professionnelle LEA-CFI et avoir trouvé un emploi en alternance. Toutefois, la requérante n’ayant pu produire à son dossier un récépissé de demande de titre de séjour avant la date limite d’inscription au sein de l’établissement, ce projet n’aurait pas abouti. Afin de poursuivre ses études et obtenir un titre de séjour, Mme B... a alors présenté une attestation d’inscription frauduleuse. Toutefois, et alors que la requérante ne démontre pas que le retard pris par l’administration dans l’instruction de sa demande de titre de séjour « étudiant » serait directement à l’origine de ses difficultés à valider pleinement sa première année d’études puis à s’engager dans une autre formation, elle ne présente, pour l’année 2025-2026, aucune nouvelle inscription. Dans ces circonstances, Mme B... n’établit pas le caractère réel et sérieux des études poursuivies depuis son entrée sur le territoire français. Le préfet des Yvelines n’a donc pas méconnu les dispositions précitées en refusant de renouveler le titre de séjour de l’intéressée. Le moyen tiré de l’erreur de droit au regard de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile doit ainsi être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».
7. Si Mme B... se prévaut de sa présence en France depuis 2021, soutient y avoir noué des relations personnelles et poursuivre un projet professionnel, elle n’apporte aucun élément à l’appui de ses allégations. Dans ces conditions, et alors que Mme B... n’établit pas être dépourvue d’attaches dans son pays d’origine, l’arrêté du 15 juillet 2025 n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale et n’a pas ainsi méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
8. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 5 et 7, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d’annulation présentées par Mme B... doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d’injonction ainsi que celles relatives aux frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A... C... B... et au préfet des Yvelines.
Délibéré après l’audience du 9 janvier 2026 à laquelle siégeaient :
Mme Lepetit-Collin, présidente,
M. Brumeaux, président honoraire,
M. Perez, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2026.
Le rapporteur,
signé
M. Brumeaux
La présidente,
signé
H. Lepetit Collin
La greffière,
signé
B. Dalla Guarda
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.