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Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2509644

mardi 3 novembre 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2509644
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre
Avocat requérantDELAUNAY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 12 août 2025, 22 septembre 2025 et le 4 avril 2026, M. O... A..., représenté par Me Delauney, demande au tribunal :

1°) de l’admettre au titre de l’aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d’annuler l’arrêté du 26 mai 2025 par lequel la préfète de l’Essonne a refusé son admission au séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d’exécution d’office ;

3°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer un titre de séjour « vie privée et familiale » ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai d’un mois suivant la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge de renoncer au bénéfice de l’aide juridictionnelle.


Il soutient que :

S’agissant de l’arrêté litigieux dans son ensemble :

- il est entaché d’un vice d’incompétence ;
- il est insuffisamment motivé.

S’agissant de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d’erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article L. 423-23 du code de l’entrée et du droit au séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- elle méconnaît l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation ;
- elle méconnaît l’article L. 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

S’agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d’illégalité en raison de l’illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans les conséquences de cette décision sur sa situation personnelle ;

S’agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l’illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;


Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mars 2026, la préfète de l’Essonne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu’aucun des moyens soulevés n’est fondé.


Par une décision du 6 février 2026, le bureau d’aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles a rejeté la demande d’aide juridictionnelle formulée par M. A....


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code des relations entre le public et l’administration ;
- le code de justice administrative.


Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Le rapport de M. Doré a été entendu au cours de l’audience publique.


Considérant ce qui suit :

1. M. R... A..., ressortissant tunisien né le 19 janvier 1994, est entré sur le territoire français le 15 juin 2018 sous couvert d’un visa de court séjour. Il a sollicité, le 1er mars 2022, son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 26 mai 2025 dont il demande l’annulation, la préfète de l’Essonne a refusé sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d’exécution d’office.



Sur les conclusions à fin d’annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 3 mars 2025 publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l’Essonne le même jour, Mme P..., directrice de l’immigration et de l’intégration, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; (…) ». Aux termes de l’article L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ».

4. L’arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il précise, notamment, la date d’entrée en France du requérant, mentionne qu’il est marié depuis le 9 avril 2022 avec une ressortissante de nationalité française mais qu’il ne justifie pas de son insertion dans la société française, ni de l’exercice d’une activité professionnelle. Il examine également la situation personnelle de l’intéressé au regard des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. La préfète de l’Essonne n’avait pas l’obligation de rappeler tous les éléments de fait se rattachant à la situation du requérant mais seulement ceux sur lesquels elle s’est fondée. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation doit être écarté, de même que celui tiré du défaut d’examen de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d’une autorité publique dans l’exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu’elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l’ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d’autrui ».

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A... a conclu un pacte civil de solidarité en France le 17 septembre 2021 avec une ressortissante française, avec qu’il s’est marié, le 9 avril 2022. Toutefois, alors qu’il ressort des pièces du dossier qu’il a fait l’objet d’une condamnation pénale pour des violences conjugales, M. A... ne justifie pas, par les pièces qu’il produit, d’une communauté de vie effective avec son épouse à la date de l’arrêté attaqué. En outre, M. A... ne conteste pas ne pas être dépourvu d’attaches familiales dans son pays d’origine où résident ses parents et sa sœur et où il a vécu au moins jusqu’à l’âge de 24 ans, étant souligné qu’il ne justifie pas d’une insertion professionnelle stable. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant a fait l’objet de trois signalements récents, le 17 septembre 2022, le 23 octobre 2023 et le 21 mars 2024, consistant, premièrement, en des faits de violences suivies d’incapacité n’excédant pas 8 jours, en présence d’un mineur, par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, deuxièmement en des faits de conduite d’un véhicule sans permis et troisièmement en des faits de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance. Dans ces conditions, la préfète de l’Essonne, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. A... et en assortissant ce refus d’une obligation de quitter le territoire, n’a pas porté au droit de l’intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts poursuivis et n’a donc pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Au vu de ces mêmes circonstances, la préfète n’a pas davantage commis une erreur manifeste d’appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation personnelle du requérant, ni entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de l’article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. Il résulte de tout qui précède, sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que M. A... n’est pas fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 16 mai 2025 par lequel la préfète de l’Essonne a rejeté sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination duquel il sera renvoyé en cas d’exécution d’office. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.




D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.


Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. R... A... et à la préfète de l’Essonne.


Délibéré après l'audience du 13 octobre 2026, à laquelle siégeaient :

M. Doré, président,
Mme Hardy, première conseillère,
Mme Kubota, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 novembre 2026.

Le président,

signé

F. Doré
L’assesseure la plus ancienne,

signé

M. Hardy

La greffière,


signé



C. Laforge


La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.