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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2509698

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2509698

vendredi 9 janvier 2026

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2509698
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles a examiné la requête de M. A..., ressortissant sénégalais, contestant le refus de renouvellement de son titre de séjour "étudiant" et l'obligation de quitter le territoire français. Le tribunal a substitué d'office le fondement légal, écartant l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au profit de l'article 9 de la convention franco-sénégalaise du 1er août 1995, seul applicable aux ressortissants sénégalais. La solution retenue est que l'arrêté attaqué, pris sur un fondement erroné, est entaché d'illégalité et doit être annulé.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 août 2025, M. B... A... demande au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 24 juillet 2025 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention « étudiant », l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer un titre de séjour portant la mention « étudiant » ou, à défaut, de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour.



Il soutient que :


- la décision portant rejet de sa demande de titre séjour méconnaît l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’il a été assidu aux cours, a obtenu de bonnes notes et qu’il ignorait que l’inscription dans une école en ligne n’était pas conforme aux conditions auxquelles est subordonnée la délivrance d’un titre de séjour portant la mention « étudiant » ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à sa vie privée et professionnelle dès lors qu’elle le prive de la possibilité de finaliser son projet d’études et compromet gravement son avenir.

La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n’a pas présenté d’observations.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.

Le rapport de Mme Silvani a été entendu au cours de l’audience publique.

Par un courrier du 12 novembre 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de substituer d’office à l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile les stipulations de l’article 9 de la convention du 1er août 1995 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal sur la circulation et le séjour des personnes.

Considérant ce qui suit :

M. A..., ressortissant sénégalais né en 1998, est entré en France le 27 septembre 2020 muni d’un visa long séjour valant titre de séjour « étudiant », renouvelé jusqu’au 2 juillet 2025. Le 3 mai 2025, M. A... a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 24 juillet 2025, dont M. A... demande l’annulation, le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de titre de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

En premier lieu, aux termes de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / (…) ». Aux termes de l’article L. 433-1 de ce code : « A l'exception de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " salarié détaché ICT ", prévue à l'article L. 421-26, et de la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise ", prévue à l'article L. 422-10, qui ne sont pas renouvelables, le renouvellement de la carte de séjour temporaire ou pluriannuelle est subordonné à la preuve par le ressortissant étranger qu'il continue de remplir les conditions requises pour la délivrance de cette carte ». Aux termes de l’article 9 des stipulations de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes signée le 1er août 1995 : « Les ressortissants de chacun des Etats contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation qui ne peut être assuré dans le pays d'origine, sur le territoire de l'autre Etat doivent, pour obtenir le visa de long séjour prévu à l'article 4, présenter une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage. Ils doivent en outre justifier de moyens d'existence suffisants, tels qu'ils figurent en annexe. / Les intéressés reçoivent, le cas échéant, un titre de séjour temporaire portant la mention « étudiant ». Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite des études ou du stage, ainsi que de la possession de moyens d'existence suffisants ». Aux termes de l’article 13 des stipulations de la même convention : « Les dispositions du présent Accord ne font pas obstacle à l'application de la législation respective des deux Etats sur l'entrée et le séjour des étrangers sur tous les points non traités par l'Accord ».

Il résulte des stipulations précitées de l’article 13 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Sénégal relative à la circulation et au séjour des personnes signée le 1er août 1995 que l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile n’est pas applicable aux ressortissants sénégalais désireux de poursuivre leurs études supérieures en France, dont la situation est régie par l’article 9 de cet accord. Par suite, l’arrêté attaqué ne pouvait être pris sur le fondement des dispositions précitées de l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Toutefois, lorsqu’il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d’appréciation, sur le fondement d’un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l’excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l’intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l’application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Ainsi, il y a lieu de substituer d’office les stipulations de l’article 9 de la convention précitée, comme fondement légal du refus de titre de séjour portant la mention « étudiant » à l’article L. 422-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, comme indiqué aux parties, dès lors que cette substitution de base légale n’a pas pour effet de priver le requérant d’une garantie et que l’administration dispose du même pouvoir d’appréciation pour appliquer l’un ou l’autre de ces deux textes.

Il ressort des pièces du dossier que M. A... a présenté à l’appui de sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention « étudiant » pour l’année 2024-2025 un certificat d’inscription à l’Enaco, établissement privé d’enseignement à distance, en vue d’y préparer une formation de BTS Management Commercial Opérationnel. Une telle formation ne créée pas une obligation de présence effective et de résidence en France et ne nécessite pas, dès lors, le séjour en France de l’étudiant étranger qui souhaite la suivre. Si M. A... soutient qu’il justifie de la réalité et du sérieux de ses études dans le cadre de ce cursus, de telles considérations, qui ne critiquent pas utilement le motif de rejet de sa demande, sont toutefois inopérantes. De même, M. A... ne peut utilement, à l’appui du recours en annulation de la décision en litige, se prévaloir de sa bonne foi et de ce qu’il ignorait que l’inscription dans cette école ne remplissait pas les conditions auxquelles était subordonné le renouvellement de son titre de séjour. Dans ces conditions, en refusant de renouveler son titre de séjour portant la mention « étudiant » au motif qu’il était inscrit à une formation à distance, le préfet des Yvelines n’a pas méconnu les stipulations de l’article 9 de l’accord franco-sénégalais. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit, par suite, être écarté.

En deuxième lieu, le requérant ne peut utilement se prévaloir de l’atteinte portée par la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour à son droit au respect de la vie privée et professionnelle, ces considérations étant par elles-mêmes sans incidence sur l’appréciation par l’administration du respect des conditions auxquelles est subordonné le renouvellement d’un titre de séjour portant la mention « étudiant ».

En troisième lieu, alors que M. A... n’établit pas qu’il ne pouvait suivre cette formation à distance dans son pays d’origine, le requérant n’est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour serait entachée d’une erreur manifeste d’appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A... tendant à l’annulation de l’arrêté du 24 juillet 2025 par lequel le préfet des Yvelines a rejeté sa demande de renouvellement de titre de séjour portant la mention « étudiant », l’a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d’injonction.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au préfet des Yvelines.

Délibéré après l’audience du 19 décembre 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Rollet-Perraud, présidente,
M. Marmier, premier conseiller,
Mme Silvani, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 janvier 2026.


La rapporteure,
Signé
C. Silvani
La présidente,
Signé
C. Rollet-Perraud

La greffière,

Signé

Traore

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.



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