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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2510557

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2510557

jeudi 9 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2510557
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantSARHANE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête de M. C..., ressortissant bangladais, contestant l’arrêté du préfet des Yvelines du 12 juillet 2025 lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le tribunal a écarté les moyens d’incompétence de l’auteur de l’acte et d’insuffisance de motivation, en se fondant sur l’article L.612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Il a jugé que le préfet avait légalement justifié l’interdiction de retour en raison du maintien irrégulier de l’intéressé sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par ordonnance, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Versailles le dossier de la requête de M. B... F... C....

Par cette requête, enregistrée le 24 septembre 2025 au tribunal administratif de Paris, M. C..., représenté par Me Sarhane demande au tribunal :

1°) de l’admettre à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

2°) d’annuler l’arrêté du 12 juillet 2025 par lequel le préfet des Yvelines lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans à compter de l’exécution effective de la mesure d’éloignement dont il est l’objet, en l’informant de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) d’enjoindre à cette autorité ou tout préfet territorialement compétent de procéder à un nouvel examen de sa situation et, dans cette attente, de le mettre en possession d’une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros qui sera versée à son Conseil en application des dispositions combinées des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l’article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la décision attaquée émane d’une autorité incompétente et est insuffisamment motivée ;

-elle a été prise en méconnaissance des dispositions de l’article L.612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en ce que le préfet ne démontre pas qu’il se serait soustrait à une précédente mesure d’éloignement ;
-elle est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors qu’il justifie d’une activité professionnelle constante sur le sol français en qualité de pizzaiolo et a fui son pays d’origine où il risque sa vie.


La requête a été communiquée au préfet des Yvelines qui n’a pas produit de mémoire en défense, mais a versé le 1er octobre 2025 des pièces au dossier.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.


La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné Mme le Montagner pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux articles L.921-1 et L.921-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en application de l’article L.922-2 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 1er octobre 2025 :

- le rapport de Mme le Montagner ;
-le requérant n’étant ni présent, ni représenté.
- Me Faugeras représentant le préfet des Yvelines qui conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens de M. C... ne sont pas fondés ;
- en présence de M. D..., interprète en langue bengali.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

M. G... F... C..., ressortissant bangladais né le 15 janvier 1993, est entré en France le 24 août 2020 selon ses déclarations et a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en France le 5 juillet 2024 sur le fondement des dispositions de l’article 435-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Par une décision du 12 décembre 2024, le préfet de Police a rejeté sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours en fixant le pays de destination. M. C... a ultérieurement été interpellé le 12 juillet 2025. Par un arrêté du 12 juillet 2025, dont il demande l’annulation, le préfet des Yvelines lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans en l’informant de son signalement à fin de non-admission dans le système d’information Schengen pendant le temps de cette interdiction, en application de l’article L.612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.

Sur l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle :

2.Aux termes de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique : « Dans les cas d’urgence (…), l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. (…) ». Eu égard aux circonstances de l’espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l’admission provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle de M. C....

Sur les conclusions de la requête :

3.En premier lieu, par un arrêté n°78-2024-03-28-0000 du 28 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Yvelines, Mme A... E..., sous-préfète, directrice de cabinet du préfet des Yvelines, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer l’arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l’incompétence de la signataire de l’arrêté contesté doit être écarté ;

4.En second lieu, la décision attaquée, prise au visa de l’article L.612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, énonce de manière précise que l’intéressé, qui ne justifie pas de circonstances humanitaires particulières, s’est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire accordé par la décision du 12 décembre 2024. Dès lors, cet arrêté comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et permet ainsi au requérant d’en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5.En troisième lieu, aux termes de l’article 612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ». Aux termes de l’article L. 612-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ».

6.En l’espèce, le préfet des Yvelines verse au dossier la décision du préfet de Police du 12 décembre 2024 faisant obligation à M. C... de quitter le territoire dans le délai de 30 jours. Ainsi, le requérant s’est maintenu irrégulièrement sur le sol français au-delà de la durée de trente jours de départ volontaire qui lui avait été impartie par le préfet de Police. Par suite, le préfet des Yvelines a pu légalement édicter à son encontre une interdiction de retour en application des dispositions précitées de l’article 612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile. Si M. C... fait état, en des termes généraux, d’une activité de pizzaiolo, il ne justifie pas être autorisé à l’exercer. Il ne peut en conséquence être regardé comme justifiant de circonstances humanitaires s’opposant à l’interdiction de retour décidée par le préfet dont la durée ne peut être, dans les circonstances de l’espèce, tenue pour entachée d’une erreur manifeste d’appréciation compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire et de la nature de ses liens avec la France

7.En dernier lieu, si M. C... fait état de risques encourus dans son pays d’origine, il n’établit pas, en tout état de cause, avoir formé une demande d’asile.

8.Il résulte de l’ensemble de ce qui précède que la requête de M.C... doit être rejetée en toutes ses conclusions.


D E C I D E :



Article 1 : M. C... est admis à titre provisoire au bénéfice de l’aide juridictionnelle ;

Article 2 : La requête de M. C... est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G... F... C... et au préfet des Yvelines.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2025.

La magistrate désignée,

signé

M. le MontagnerLe greffier,

signé

T. Rion

La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.


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