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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2510851

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2510851

lundi 20 octobre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2510851
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCABINET ROOM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles a été saisi par M. B... d’une demande de suspension, sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, du permis de construire délivré le 23 décembre 2024 pour une maison individuelle à Gif-sur-Yvette. Le requérant invoquait notamment l’urgence et plusieurs moyens sérieux, dont la méconnaissance des articles UH3, UH6 et UH9 du plan local d’urbanisme. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que la condition d’urgence n’était pas établie et qu’aucun des moyens soulevés n’était de nature à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision. La demande de frais de justice a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 14 septembre 2025 et le 2 octobre 2025, M. C... B..., représenté par Me Debut, demande au juge des référés dans le dernier état de ses écritures, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l’exécution de la décision du 14 avril 2025 par laquelle le maire de Gif-sur-Yvette a rejeté son recours administratif présenté le 22 février 2025 contre le permis n° PC 91 272 24 1 0017 délivré le 23 décembre 2024 au bénéfice de M. D... pour la construction d’une maison individuelle destinée à l’habitation, ensemble ledit permis de construire ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Gif-sur-Yvette une somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :
- il dispose d’un intérêt à agir ;
- la condition d’urgence est remplie, la circonstance que les travaux aient débuté ne saurait remettre en cause le caractère d’urgence de la situation ; la construction litigieuse porte une atteinte immédiate et grave à ses intérêts ; la mise en œuvre du permis de construire litigieux n’est nécessité par aucun intérêt public ;
- il existe des moyens propres à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige :
◦ les documents présentés à l’appui de la demande de permis de construire mentionnent des éléments de faits qui sont erronés ;
◦ le permis de construire litigieux méconnaît l’article UH3 du plan local d’urbanisme de la commune en ce que le chemin de desserte ne permet pas d’opérer un demi-tour ;
◦ il méconnaît l’article UH6 du plan local d’urbanisme dès lors que la façade du garage se situe à une distance inférieure à 9 mètres de l’axe de la voie privée qui dessert les trois lots A, B et C, cette distance de retrait par rapport à l’axe de la voie ne pouvant être calculée par rapport au chemin du Bras Mort qui ne dessert pas les constructions ;
◦ il méconnaît l’article UH9 du plan local d’urbanisme, les plans figurant au dossier de demande de permis de construire ne permettant pas de connaître avec précision la surface de l’emprise au sol de la construction ;
◦ le permis de construire en litige est entaché d’une fraude et d’un détournement de pouvoir.

Par un mémoire en défense enregistrée le 30 septembre 2025, la commune de Gif-sur-Yvette, représenté par Me Ceccarelli-Le Guen, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B....

Elle soutient que :
- la requête en référé est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas d’un intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, la condition d’urgence n’est pas remplie, les éléments apportés par le requérant, identiques à ceux avancés pour justifier de son intérêt à agir, n’établissent pas cette situation d’urgence ;
- aucun des moyens invoqués n’est fondé et n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2025, M. A... D..., représenté par Me Dervieux, conclut au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 2 400 euros soit mise à la charge de M. B....

Il soutient que :
- la requête en référé est irrecevable dès lors que le requérant ne justifie pas d’un intérêt à agir ;
- à titre subsidiaire, la condition d’urgence n’est pas remplie ; le pétitionnaire justifie d’un intérêt légitime à ce que la construction soit édifiée selon le calendrier établi ; les éléments apportés par le requérant, identiques à ceux avancés pour justifier de son intérêt à agir, n’établissent pas cette situation d’urgence ;
- aucun des moyens invoqués n’est fondé et n’est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.



Vu :
- la requête enregistrée le 13 juin 2025 sous le n° 2506886 par laquelle M. B... demande l’annulation des décisions en litige.
- les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Féral, premier vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique du 3 octobre 2025 à 11h00 tenue en présence de M. Rion, greffier d’audience :

- le rapport de M. Féral ;
- les observations de Me Debut, représentant M. B..., qui reprend les conclusions et moyens figurant dans ses écritures qu’elle développe ; elle fait valoir en outre que l’intérêt à agir du requérant est amplement démontré par les éléments qu’il apporte et que les recours civils seront intentés ; que la largeur de la servitude de passage est étroite au niveau du lot C, entre 2,80 m et 2,90 m, de sorte que les demi-tours sont déjà impossible et que cette servitude a une emprise inférieure à 4 m en méconnaissance du plan local d’urbanisme ; pour l’implantation des constructions par rapport aux voies et aux emprises publiques, il faut calculer le retrait non par rapport à l’allée du Hameau de la Févrie mais par rapport à la servitude de passage ;
- les observations de Me Bourdot, représentant M. D..., présent, qui reprend ses écritures en défense et les développe ; elle fait notamment valoir que le requérant ne justifie pas d’un intérêt à agir, ni de l’urgence ;
- les observations de Me Genton, représentant la commune de Gif-sur-Yvette, qui reprend ses écritures en défense et les développe et fait valoir qu’aucun des moyens invoqués n’est de nature à créer un doute sur la légalité des décisions.


La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté en date du 23 décembre 2024, le maire de la commune de Gif-sur-Yvette a délivré à M. D... un permis de construire une maison individuelle située 33 rue de Févrie (lot C) sur le territoire de cette commune. M. B..., voisin immédiat du terrain d’assiette de l’opération projetée, a formé, le 22 février 2025, un recours gracieux contre ce permis de construire auprès du maire de la commune. Par la présente requête, l’intéressé demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l’exécution de la décision du 14 avril 2025 par laquelle le maire de Gif-sur-Yvette a rejeté son recours administratif présenté le 22 février 2025 contre le permis délivré le 23 décembre 2024 au bénéfice de M. D..., ensemble ledit permis de construire.

Sur les conclusions à fin de suspension :

2. Aux termes de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. Lorsque la suspension est prononcée, il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision dans les meilleurs délais. La suspension prend fin au plus tard lorsqu’il est statué sur la requête en annulation ou en réformation de la décision ».

3. En l’état de l’instruction, compte-tenu de l’ensemble des pièces versées au dossier, aucun des moyens invoqués, tels qu’exposés ci-dessus dans les visas de la présente ordonnance, n’est de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions dont la suspension est demandée, sans qu’il soit besoin d’examiner la condition d’urgence ni de se prononcer sur l’intérêt à agir du requérant.

4. Par suite, les conclusions présentées par M. B... sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

Sur les frais liés à l’instance :

5. Compte-tenu de ce qui précède, la commune de Gif-sur-Yvette n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante. Il n’y a donc pas lieu de mettre à sa charge la somme que demande M. B... au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de M. B... la somme que demandent la commune de Gif-sur-Yvette et M. D... au même titre.

O R D O N N E :


Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune de Gif-sur-Yvette et de M. D... tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C... B..., à la commune de Gif-sur-Yvette et à M. A... D..., et à la préfète de l’Essonne



Fait à Versailles, le 20 octobre 2025.


Le juge des référés,



R. Féral


La République mande et ordonne à la préfète de l’Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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