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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2511414

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2511414

mercredi 12 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2511414
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantLANGLOIS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par M. B..., ressortissant malien, afin d'obtenir un rendez-vous pour déposer sa demande d'admission exceptionnelle au séjour. Le juge a reconnu l'urgence, compte tenu du risque de voir son dossier expirer après trois ans d'attente, le contraignant à déposer une nouvelle demande. Il a enjoint à la préfète de l'Essonne de convoquer l'intéressé dans un délai de quinze jours pour enregistrer sa demande et lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard. Cette décision s'appuie sur les articles L. 521-3 du code de justice administrative et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 septembre 2025, M. A... B..., représenté par Me Langlois, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d'enjoindre à la préfète de l'Essonne d'enregistrer sa demande de titre de séjour sur le site « démarches simplifiées » et de le convoquer à un rendez-vous en vue de déposer sa demande de de titre de séjour, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de lui délivrer pour le temps de l'instruction de sa demande un récépissé l'autorisant à travailler ;

2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est remplie dès lors qu’il est maintenu depuis le 17 octobre 2022 dans une situation de précarité administrative, et que faute de réponse de la préfecture, il s’apprête à perdre le bénéfice de ses trois années d’attente et à devoir réintroduire une nouvelle demande ;
- la mesure est utile puisque sa demande repassera en dernière position dans l’ordre d’examen des dossiers et qu’aucune autre voie n’est ouverte pour déposer sa demande de titre de séjour ;
- aucune décision faisant grief est née.

La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne qui n’a pas produit d’observations en défense.

Vu les autres pièces du dossier.


Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Danielian, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.


Considérant ce qui suit :

1. M. A... B..., ressortissant malien, a déposé, le 17 octobre 2022, une demande d’admission exceptionnelle au séjour sur le site « démarches-simplifiées.fr » de la préfecture de l’Essonne . Il demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande.

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».
3. Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.
5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.
6. En l’espèce, il résulte de l’instruction que M. B... a déposé, le 17 octobre 2022, un dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour sur la plateforme « démarches-simplifiées.fr » de la préfecture de l’Essonne. La production du récapitulatif du dépôt de cette demande laisse apparaître une mention selon laquelle son dossier « expirera le 17 octobre 2025 », soit trente-six mois après la date de son dépôt. Le dépassement de cette date limite expose M. B... à la perspective de devoir présenter une nouvelle demande à compter de cette date, le replaçant ainsi à la fin dans l’ordre d’examen des demandes. Dès lors, dans ces circonstances particulières, la condition d’urgence posée par les dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, doit être regardée comme étant remplie à la date d’introduction de la requête et le demeure à la date de la présente ordonnance. Par ailleurs, il n’apparaît pas que la demande de l’intéressé se heurterait à une contestation sérieuse et qu’elle ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
7. Par suite, il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de convoquer M. B... à un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, à cette occasion, d’un récépissé, sous réserve de la présentation d’un dossier complet, sans qu’il soit besoin, en l’état de l’instruction, d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée.
Sur les frais de l’instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :


Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l’Essonne de convoquer M. B... à un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de le munir, à cette occasion, d’un récépissé sous réserve de la présentation d’un dossier complet.


Article 2 : L’État versera à M. B... une somme de 800 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.



Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B..., à la préfète de l’Essonne et au ministre de l'intérieur.


Fait à Versailles, le 12 novembre 2025.

La juge des référés,



I. Danielian

La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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