Le Tribunal administratif de Versailles a été saisi en référé suspension sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative par Mme B..., ressortissante malienne, qui contestait le refus implicite de la préfète de l'Essonne de lui délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Le juge a estimé que la condition d'urgence était remplie, la décision empêchant la requérante de s'inscrire à une formation et de bénéficier d'un logement social, la maintenant dans une situation de précarité. Il a également retenu l'existence d'un doute sérieux sur la légalité de la décision, en raison d'un défaut de motivation après demande de communication des motifs. En conséquence, le tribunal a ordonné la suspension de l'exécution de la décision implicite de rejet.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 1er octobre 2025, Mme A... B..., représentée par Me Debazac, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative :
1°) d’ordonner la suspension de l’exécution de la décision par laquelle la préfète de l’Essonne a implicitement refusé de lui délivrer une carte de séjour portant la mention « vie privée et familiale », jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour renouvelable jusqu’au jugement qui sera rendu sur le recours au fond ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
Sur la condition d’urgence :
- elle est satisfaite dès lors qu’elle se trouve dans l’impossibilité de justifier de la régularité de son séjour en France et qu’elle est exposée à une mesure d’éloignement alors que l’ensemble de ses centres d’intérêts se situent sur le territoire français depuis plus de sept ans ;
- elle est par ailleurs dans l’impossibilité de s’inscrire à une formation d’infirmière ;
- la commission de médiation du département de l’Essonne a classé le dossier de sa famille concernant le droit au logement opposable au regard de son absence de titre de séjour.
Sur le doute sérieux quant à la légalité de l’arrêté attaqué :
- la décision dont il est demandé la suspension est entachée d’un défaut de motivation alors qu’elle en a demandé la communication des motifs ;
- elle méconnaît les dispositions de l’article L. 423-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile dès lors qu’elle est mère d’un enfant de nationalité française ;
- elle méconnaît les stipulations de l’article 3-1 de la convention internationale des droits de l’enfant.
La requête et l’ensemble de la procédure ont été communiqués à la préfète de l’Essonne qui n’a pas produit d’observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 1er octobre 2025 sous le n° 2511695 par laquelle Mme B... demande l’annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Degorce, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 16 octobre 2025, en présence de Mme Mas, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Degorce, juge des référés ;
- les observations de Me Debazac, représentant Mme B..., qui persiste dans ses précédentes conclusions par les mêmes moyens.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Entrée sur le territoire français en 2018 alors qu’elle était encore mineure, Mme A... B..., ressortissante malienne née le 3 mars 2002, a épousé un ressortissant de nationalité française, le 24 août 2024, avec lequel elle a eu un enfant, né le 19 mai 2024. Elle a sollicité sur la plateforme de l’Administration numérique des étrangers en France, le 17 juillet 2024, une demande de titre de séjour en qualité de parent d’un enfant français. Du silence gardé par la préfète de l’Essonne pendant quatre mois est née une décision implicite de rejet dont Mme B... demande, par la présente requête, la suspension de l’exécution.
Sur les conclusions à fin de suspension :
2. Aux termes du premier alinéa de l’article L. 521-1 du code de justice administrative : « Quand une décision administrative, même de rejet, fait l’objet d’une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d’une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l’exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l’urgence le justifie et qu’il est fait état d’un moyen propre à créer, en l’état de l’instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. ».
En ce qui concerne la condition tenant à l’urgence :
3. L’urgence justifie que soit prononcée la suspension d’un acte administratif lorsque l’exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu’il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d’une demande de suspension d’une décision refusant la délivrance d’un titre de séjour, d’apprécier et de motiver l’urgence compte tenu de l’incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l’intéressé.
4. En l’espèce, il est constant, en l’absence de toute production de la part de la préfète de l’Essonne, Mme B..., mariée à un ressortissant de nationalité française avec lequel elle a eu un enfant, ne peut s’inscrire, faute de production d’un titre de séjour, à la formation d’infirmière qu’elle souhaiterait suivre, et ne peut bénéficier d’un logement social, la commission de médiation de l’Essonne ayant classé sans suite le dossier de demande de logement présentée par son mari au motif qu’il ne produisait pas la copie de son titre de séjour. Par suite, la décision attaquée qui maintient la requérante dans un état de précarité, préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle et familiale pour que la condition d’urgence soit regardée comme remplie.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
5. En l’état de l’instruction, le moyen tiré du défaut de motivation, Mme B... établissant avoir demandé, le 25 septembre 2025, communication des motifs de la décision implicite de rejet de sa demande de titre de séjour, est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de cette décision.
6. Les deux conditions fixées par les dispositions de l’article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il y a lieu de suspendre l’exécution de la décision par laquelle la préfète de l’Essonne a implicitement refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B....
Sur les conclusions aux fins d’injonction :
7. En l’espèce, il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais de l’instance :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 800 euros au titre des frais exposés par Mme B... et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L’exécution de la décision par laquelle la préfète de l’Essonne a implicitement rejeté sa demande de titre de séjour est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué au fond sur sa légalité.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète de l’Essonne de procéder au réexamen de la demande de titre de séjour de Mme B... dans un délai de deux mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour l’autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours.
Article 3 : L’Etat versera la somme de 800 euros à Mme B... au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... B..., à la préfète de l’Essonne et au ministre de l’intérieur.
Fait à Versailles, le 21 octobre 2025.
La juge des référés,
Ch. Degorce
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.