Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, rejette la requête de M. A..., ressortissant haïtien titulaire d'une carte de résident. Ce dernier demandait au juge des référés d'enjoindre à l'administration de débloquer son compte sur le téléservice ANEF ou de mettre à jour son adresse, afin de régulariser sa situation administrative et de pouvoir déposer une demande de naturalisation. Le tribunal a estimé que la condition d'urgence n'était pas caractérisée, car le blocage du compte, bien que gênant, ne créait pas une situation d'illégalité ou de péril grave pour M. A..., qui conserve un titre de séjour valide. En conséquence, la demande a été rejetée, le juge considérant que les mesures sollicitées n'étaient pas justifiées par une urgence suffisante au sens de l'article L. 521-3.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8, 18, 30 octobre 2025 et 4 décembre 2025, M. B... A..., demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye ou à l’agence nationale des étrangers en France de procéder à la mise à jour de son adresse ou de débloquer son compte sur le téléservice de l’administration numérique des étrangers en France (ANEF) à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, à défaut de lui fabriquer son titre de séjour avec sa nouvelle adresse dans les mêmes délais ;
2°) à défaut, d’enjoindre à la sous-préfecture de Saint-Germain-en-Laye de le convoquer en vue du dépôt de son changement d’adresse dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) d’ordonner toute autre mesure que le juge estimera utile.
Il soutient que :
la condition d’urgence est caractérisée dès lors qu’en raison du blocage de son compte ANEF et malgré ses multiples relances auprès de la préfecture, il se retrouve dans une situation d’irrégularité administrative au regard des dispositions de l’article R. 431-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, que l’impossibilité de procéder à son changement d’adresse l’empêche de déposer sa demande de naturalisation et de se présenter au concours interne de titularisation de professeur des écoles ce qui lui crée un préjudice professionnel et moral et a des conséquences sur sa vie privée et familiale ;
la mesure sollicitée est utile ;
la mesure sollicitée ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.
Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2025, le préfet des Yvelines conclut au non-lieu à statuer.
Il fait valoir qu’aucune situation d’urgence n’est caractérisée ; qu’il doit saisir la préfecture de Seine-Saint-Denis afin de lui signaler que sa demande de titre de voyage pour son enfant n’a pas été clôturée ; que M. A... a contribué au blocage de son compte ANEF en multipliant diverses demandes et que seuls les informaticiens de la direction générale des étrangers en France sont habilités à résoudre un dysfonctionnement informatique.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Doré, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
M. B... A... ressortissant haïtien, est titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 31 mars 2035. Il a déménagé à Sartrouville et a tenté de déposer une demande de changement d’adresse sur la plateforme de l’Administration numérique pour les étrangers en France (ANEF) en vain compte tenu du blocage de son compte. Par la présente requête, il demande au juge des référés sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’enjoindre au préfet des Yvelines ou à l’agence nationale des étrangers en France de procéder à la mise à jour de son adresse ou de débloquer son compte ANEF.
Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence, et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».
Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse. En raison du caractère subsidiaire du référé régi par l’article L. 521-3, le juge saisi sur ce fondement ne peut prescrire les mesures qui lui sont demandées lorsque leurs effets pourraient être obtenus par les procédures de référé régies par les articles L. 521-1 et L. 521-2. Il ne saurait faire obstacle à l’exécution d’une décision administrative, même celle refusant la mesure demandée, à moins qu’il ne s’agisse de prévenir un péril grave.
Aux termes de l’article R. 431-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « aux termes de l’article R. 431-23 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Tout étranger, séjournant en France et titulaire d’un titre de séjour d'une durée supérieure à un an, est tenu, lorsqu’il transfère le lieu de sa résidence effective et permanente, d’en faire la déclaration, dans les trois mois de son arrivée, à l’autorité administrative territorialement compétente ». Aux termes de l’article 1er de l’arrêté du 27 avril 2021 pris en application de l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Sont effectuées au moyen du téléservice mentionné à l’article R. 431-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : (…) 4° À compter du 13 septembre 2021, (…) les demandes de changement d’adresse (…) ».
Il résulte de l’instruction qu’il est matériellement impossible à M. A... de procéder au changement de son adresse sur son compte ANEF et que cette situation de blocage persiste malgré de nombreux emails adressés à l’administration. Si dans son mémoire en défense, le préfet des Yvelines fait valoir que M. A... a lui-même causé le blocage de son compte en déposant de multiples demandes, il résulte des captures d’écran produites par M. A... qu’il n’a aucune demande en cours que cela soit de titre séjour, de naturalisation ou de changement de situation. Cette impossibilité, au regard des démarches qu’il a entreprises, du délai écoulé et des conséquences sur sa situation administrative et personnelle, préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation, alors que le requérant justifie travailler comme professeur des écoles contractuel et souhaite demander sa naturalisation pour être titularisé. Dans ces conditions, la condition d’urgence doit, dans les circonstances de l’espèce, être regardée comme remplie. Par ailleurs, la mesure demandée est utile, ne fait obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurte à aucune contestation sérieuse.
Il résulte de ce qui précède qu’il y a lieu d’enjoindre au préfet des Yvelines, ou à tout préfet territorialement compétent, de saisir le service compétent pour mettre fin au dysfonctionnement informatique faisant obstacle à ce que M. A... enregistre son changement d’adresse, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au préfet de police de saisir le service compétent pour mettre fin au dysfonctionnement informatique faisant obstacle à ce que M. A... enregistre son changement d’adresse, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A..., au préfet des Yvelines et au ministre de l’intérieur.
Fait à Versailles, le 8 janvier 2026.
Le juge des référés,
signé
F. Doré
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.