Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, rejette la requête de M. B..., ressortissant comorien, qui demandait la délivrance d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler. Le juge constate qu'une décision implicite de rejet de sa demande de titre est née du silence gardé par la préfète de l'Essonne pendant quatre mois, en application des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers. Dès lors, l'absence de délivrance d'un titre ou d'un récépissé ne constitue pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale. En outre, les circonstances invoquées par le requérant ne caractérisent pas une situation d'urgence particulière justifiant une intervention dans le délai de 48 heures prévu par le référé liberté.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2025, M. A... B... demande au juge des référés, sur le fondement de l’article 521-2 du code de justice administrative d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer dans les plus brefs délais une attestation provisoire ou un récépissé de demande de titre de séjour l’autorisant à travailler, ou à défaut, de statuer immédiatement sur sa demande de titre de séjour déposée le 15 mars 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Rollet-Perraud, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Considérant ce qui suit :
1. D’une part aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures (...) ».
2. Aux termes de l’article L. 522-1 du même code : « Le juge des référés statue au terme d’une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu’il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d’y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l’heure de l’audience publique (...) ». Aux termes de l’article L. 522-3 de ce code : « Lorsque la demande ne présente pas un caractère d’urgence ou lorsqu’il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu’elle est irrecevable ou qu’elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu’il y ait lieu d’appliquer les deux premiers alinéas de l’article L. 522-1 ».
3. Lorsque la requête est fondée sur la procédure de protection particulière du référé liberté instituée par l’article L. 521-2 du code de justice administrative, il appartient au requérant de justifier de circonstances caractérisant une situation d’urgence qui implique, sous réserve que les autres conditions posées par cet article soient remplies, qu’une mesure visant à sauvegarder une liberté fondamentale doive être prise dans les quarante-huit heures. À cet égard, la seule circonstance qu’une atteinte à une liberté fondamentale, portée par une mesure administrative, serait avérée n’est pas de nature à caractériser l’existence d’une situation d’urgence au sens de ces dispositions. Il appartient au juge des référés d’apprécier, au vu des éléments que lui soumet le requérant comme de l’ensemble des circonstances de l’espèce, si la condition d’urgence particulière est satisfaite, en prenant en compte la situation du requérant et les intérêts qu’il entend défendre mais aussi l’intérêt public qui s’attache à l’exécution des mesures prises par l’administration.
4. D’autre part, en vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, le silence gardé pendant quatre mois par l’administration sur les demandes de titre de séjour vaut décision implicite de rejet.
5. En l’espèce, M. B..., ressortissant comorien né en 1998 a déposé sur le site de l’ANEF une demande de titre de séjour le 15 mars 2025. Il a été mis en possession d’une « confirmation du dépôt d’une pré-demande », qui constitue la preuve du dépôt du dossier de demande de titre de séjour dans le cas des étrangers qui ne disposent pas d’un numéro étranger. L’intéressé n’a ni reçu de réponse à sa demande ni été mis en possession d’une attestation de prolongation d’instruction ou d’un récépissé. M. B... fait valoir que sa situation administrative le prive du droit de travailler, et donc de contribuer aux besoins essentiels de ses enfants et de sa compagne. Toutefois, à la date de la présente ordonnance, et en application des dispositions rappelées au point 4, une décision implicite de rejet de la demande de titre de séjour présentée par M. B... est née du silence gardé par la préfète de l’Essonne sur sa demande. Dans ces conditions, et du fait de ce refus, l’intéressé ne peut se prévaloir de ce que l’absence de délivrance d’un titre de séjour, d’une attestation de prolongation d’instruction ou d’un récépissé serait constitutive d’une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale au sens de l’article L. 521-2 du code de justice administrative. En outre, les seules circonstances invoquées par l’intéressé ne caractérisent pas une situation d’urgence particulière, au sens et pour l’application de l’article L. 521-2 du code de justice administrative, qui impliquerait qu’une mesure visant à sauvegarder les libertés fondamentales dont M. B... se prévaut soit prise dans le très bref délai de 48 heures prévu à cet article.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B... doit être rejetée, en toutes ses conclusions, en application de l’article L. 522-3 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A... B....
Fait à Versailles, le 13 octobre 2025
La juge des référés,
C. Rollet-Perraud
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.