Le Tribunal administratif de Versailles a rejeté la requête en référé de M. A..., ressortissant sénégalais, qui demandait, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, la délivrance d'une attestation de prolongation d'instruction et d'un titre de séjour. Le juge a estimé que la demande de délivrance d'un titre de séjour excédait sa compétence, car elle présentait un caractère définitif. Concernant l'attestation, il a relevé que le silence gardé par la préfète pendant quatre mois avait fait naître une décision implicite de rejet de la demande de renouvellement, rendant la mesure demandée inutile et contraire à l'exécution de cette décision administrative. La requête a donc été intégralement rejetée, y compris les conclusions relatives aux frais d'instance.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 octobre 2025, M. B... A..., représenté par Me Fiawoo, demande au juge des référés, saisi sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, de prendre toutes mesures utiles pour le réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour l’autorisant à travailler, dans le délai d’une semaine à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la condition d’urgence est satisfaite dès lors que sa carte de résident a expiré le 20 janvier 2025 et que son contrat de travail est suspendu depuis le 21 avril 2025 dans l’attente d’un titre de séjour valide.
La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne qui n’a pas produit d’observations.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Degorce, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.
Considérant ce qui suit :
1. M. B... A..., ressortissant sénégalais né le 20 avril 1994 à Dakar, était titulaire d’une carte de résident valable jusqu’au 20 janvier 2025. Il a déposé, le 17 juin 2025, une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le site de l’administration numérique des étrangers en France (ANEF). Par la présente requête, il demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’ordonner à la préfète de l’Essonne de de lui délivrer une attestation de prolongation d’instruction de sa demande de renouvellement de titre de séjour, de prendre toutes mesures utiles pour le réexamen de sa situation administrative et de lui délivrer un titre de séjour l’autorisant à travailler.
2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ». Saisi sur le fondement de ces dispositions d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
Sur les conclusions à fin d’injonction sous astreinte :
En ce qui concerne les conclusions tendant à la délivrance d’un titre de séjour :
3. Le prononcé d’une mesure d’injonction tendant à la délivrance d’un titre de séjour présente un caractère définitif et excède donc la compétence du juge des référés saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative. Par suite, de telles conclusions ne peuvent qu’être rejetées comme irrecevables.
En ce qui concerne les conclusions tendant à la délivrance d’une attestation de prolongation d’instruction :
4. Aux termes de l’article R* 432-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Le silence gardé par l'autorité administrative sur les demandes de titres de séjour vaut décision implicite de rejet. ». Aux termes de l’article R. 432-2 du même code : « La décision implicite de rejet mentionnée à l'article R. 432-1 naît au terme d'un délai de quatre mois. (…) ».
5. Le silence gardé par le préfet sur une demande de titre de séjour fait en principe naître, au terme du délai prévu à l’article R. 432-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, une décision implicite de rejet de cette demande.
6. En l’espèce, il résulte de l’instruction que M. A... a déposé sa demande de renouvellement de sa carte de résident le 17 juin 2025. Du silence gardé pendant quatre mois par la préfète de l’Essonne est née une décision implicite de rejet de sa demande de renouvellement de titre de séjour. Par suite, eu égard à l’intervention de cette décision implicite de rejet, la demande formée par M. A... sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, outre qu’elle ne revêt plus aucun caractère d’utilité, est de nature à faire obstacle à l’exécution de cette décision administrative et ne saurait dès lors être prononcée par le juge des référés statuant sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’injonction sous astreinte présentées par M. A... ne peuvent qu’être rejetées.
Sur les frais d’instance :
8. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’il soit mis à la charge de l’Etat la somme que M. A... demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera adressée à la préfète de l’Essonne.
Fait à Versailles, le 14 novembre 2025.
La juge des référés,
Ch. Degorce
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente ordonnance.