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AccueilJurisprudence administrativeN° TA78-2512910

Tribunal Administratif de VERSAILLES — Décision N° TA78-2512910

vendredi 21 novembre 2025

JuridictionTribunal Administratif de VERSAILLES
SectionTribunal Administratif de VERSAILLES
N° DossierTA78-2512910
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPUTMAN

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par une ressortissante algérienne n’ayant pas obtenu de rendez-vous en préfecture pour déposer sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, déposée en ligne le 16 décembre 2022. Constatant que le dossier de l’intéressée expirait le 16 décembre 2025 et que l’administration n’avait pas contesté les faits, le juge a estimé que la condition d’urgence était remplie et que la mesure sollicitée était utile. Il a enjoint à la préfète de l’Essonne de convoquer la requérante à un rendez-vous dans un délai de quinze jours, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et a mis à la charge de l’État la somme de 1 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2025, Mme A... C... épouse B..., représentée par Me Putman, demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

1°) d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de la convoquer à un rendez-vous afin de déposer sa demande d’admission exceptionnelle au séjour, et de la munir à cette occasion d’un récépissé, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de l’ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

2°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la condition d’urgence est satisfaite dès lors que son dossier sur la plateforme « demarches-simplifiees.fr » expirera le 16 décembre 2025 et qu’elle devra déposer une nouvelle demande perdant l’ancienneté de dépôt de la première ;
- la mesure sollicitée est utile dès lors que près de trois ans après le dépôt de sa demande de titre de séjour, elle n’a toujours pas été convoquée en préfecture ;
- la mesure ne fait pas obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

La requête a été communiquée à la préfète de l’Essonne, qui n’a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’entrée et du séjour de étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Cayla, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A... C... épouse B..., ressortissante algérienne, a déposé, le 16 décembre 2022, une demande d’admission exceptionnelle au séjour via le site « demarches-simplifiees.fr » auprès de la préfecture de l’Essonne. Par la présente requête, elle demande au juge des référés, sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de lui fixer un rendez-vous pour le dépôt de sa demande.

Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 521-3 du code de justice administrative :

2. Aux termes de l’article L. 521-3 du code de justice administrative : « En cas d’urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l’absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative ».

3. Saisi sur le fondement de l’article L. 521-3 du code de justice administrative d’une demande qui n’est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l’urgence justifie, notamment sous forme d’injonctions adressées à l’administration, à la condition que ces mesures soient utiles sans faire obstacle à l’exécution d’aucune décision administrative et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.

4. Eu égard aux conséquences qu'a sur la situation d'un étranger, notamment sur son droit à se maintenir en France et, dans certains cas, à y travailler, la détention du récépissé qui lui est en principe remis après l'enregistrement de sa demande et au droit qu'il a de voir sa situation examinée au regard des dispositions relatives au séjour des étrangers en France, il incombe à l'autorité administrative, après lui avoir fixé un rendez-vous, de le recevoir en préfecture et, si son dossier est complet, de procéder à l'enregistrement de sa demande, dans un délai raisonnable.

5. Lorsque le rendez-vous ne peut être obtenu qu'en se connectant au site internet de la préfecture, il résulte de ce qui a été dit au point 3 que, si l'étranger établit qu'il n'a pu obtenir une date de rendez-vous, malgré plusieurs tentatives n'ayant pas été effectuées la même semaine, il peut demander au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet de lui communiquer, dans un délai qu'il fixe, une date de rendez-vous. Il appartient alors au juge des référés d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du dysfonctionnement sur la situation concrète de l'intéressé. La condition d'urgence est ainsi en principe constatée dans le cas d’une demande de renouvellement d’un titre de séjour. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui d’obtenir rapidement ce rendez-vous. Si la situation de l’étranger le justifie, le juge peut préciser le délai maximal dans lequel celui-ci doit avoir lieu. Il fixe un délai bref en cas d’urgence particulière.

6. Il résulte de l’instruction qu’eu égard aux difficultés rencontrées par les ressortissants étrangers pour déposer leur demande de titre de séjour, en l’absence de plages horaires libres pour la prise de rendez-vous sur le site internet de la préfecture, le préfet de l’Essonne a mis en place une procédure, à compter du 15 novembre 2021, qui permet aux ressortissants étrangers souhaitant demander leur admission exceptionnelle au séjour de déposer un dossier succinct en créant un compte « démarches simplifiées » sur le site de la préfecture, qui leur propose ensuite un rendez-vous pour déposer l’ensemble de leur dossier, suivant la date de dépôt des demandes.

7. Il résulte de l’instruction et il n’est pas contesté par la préfète de l’Essonne qui n’a pas présenté de mémoire en défense, que la demande d’admission exceptionnelle au séjour de Mme C... épouse B..., déposée le 16 décembre 2022 via le site « demarches-simplifiees.fr », expirera à l’issue d’un délai de trois ans, soit le 16 décembre 2025. Cette date limite expose Mme C... épouse B... à la perspective de devoir présenter une nouvelle demande à compter de cette date, la replaçant ainsi à la fin dans l’ordre d’examen des demandes. Dès lors, la condition d’urgence posée par les dispositions précitées de l’article L. 521-3 du code de justice administrative, doit être regardée comme étant remplie à la date d’introduction de la requête et le demeure à la date de la présente ordonnance. Par ailleurs, il n’apparaît pas que la demande de l’intéressée se heurterait à une contestation sérieuse ni qu’elle ferait obstacle à l’exécution d’une décision administrative.

8. Par suite, il y a lieu d’enjoindre à la préfète de l’Essonne de fixer à Mme C... épouse B... un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour et de la délivrance, sous réserve de la complétude de son dossier, d’un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance sans qu’il soit besoin, en l’état de l’instruction, d’assortir cette injonction de l’astreinte demandée.

Sur les frais d’instance :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’État une somme de 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




O R D O N N E :




Article 1er : Il est enjoint à la préfète de l’Essonne de fixer à Mme C... épouse B... un rendez-vous en vue du dépôt de son dossier de demande d’admission exceptionnelle au séjour et de la délivrance, sous réserve de la complétude de son dossier, d’un récépissé de demande de titre de séjour, dans un délai d’un mois à compter de la notification de la présente ordonnance.



Article 2 : L’Etat versera à Mme C... épouse B... la somme de 800 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.



Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.




Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A... C... épouse B... et au ministre de l’intérieur.

Copie en sera adressée à la préfète de l’Essonne.


Fait à Versailles, le 21 novembre 2025.


La juge des référés,



F. Cayla


La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.





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