Le Tribunal administratif de Versailles, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, a rejeté la requête de M. A... qui demandait qu'il soit enjoint au préfet du Val-de-Marne de lui délivrer un passeport sous 24 heures. Le juge a estimé que la condition d'extrême urgence n'était pas remplie, le requérant ayant attendu plusieurs mois après la modification de son contrôle judiciaire pour renouveler sa demande de passeport. Il a également considéré que l'administration justifiait d'un délai de traitement nécessaire pour vérifier, conformément à l'article 8 du décret du 28 octobre 2016, l'absence d'opposition judiciaire à la délivrance du titre. La solution retenue écarte l'existence d'une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et venir ou au droit à une vie familiale normale.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 décembre 2025, M. B... A..., représenté par Me Poirier, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative :
1°) d’enjoindre au préfet du Val de Marne de lui délivrer, dans un délai de 24 heures, un nouveau passeport français à son nom, à compter de la notification de la présente ordonnance, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
2°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- La condition d’urgence est satisfaite dès lors que le voyage qu’il doit entreprendre commencera dans 48h et qu’il ne pourra partir aux Comores et assister au mariage de ses proches;
- la décision porte une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté d’aller et venir et à son droit à mener une vie familiale normale ;
- elle méconnaît le sens de la décision du juge d’instruction du 12 septembre 2025 ;
- l’absence de délivrance d’un passeport est injustifiée et partant, arbitraire.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 décembre 2025, le préfet du Val de Marne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que la condition d’extrême urgence n’est pas remplie ; que sa décision n’est pas entachée d’erreur de droit ; que le délai de traitement de la demande est justifié.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
le code de procédure pénale ;
le décret n°2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
le décret n°2016-1460 du 28 octobre 2016 autorisant la création d’un traitement de données à caractère personnel relatif aux passeports et aux cartes nationales d’identité ;
le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Mathou pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 12 décembre 2025 à 9h30 heures, en présence de Mme Gilbert, greffière d’audience :
- le rapport de Mme Mathou, juge des référés ;
- les observations de Me Poirier, qui reprend les conclusions et moyens figurant dans ses écritures et les développe ;
- le préfet du Val de Marne n’étant ni présent ni représenté.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes des dispositions de l’article L. 521-2 du code de justice administrative : « Saisi d’une demande en ce sens justifiée par l’urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d’une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d’un service public aurait porté, dans l’exercice d’un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ».
2. Aux termes de l’article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports : « Le passeport est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande. (…) » Aux termes de l’article 138 du code de procédure pénale : « Le contrôle judiciaire peut être ordonné par le juge d'instruction ou par le juge des libertés et de la détention si la personne mise en examen encourt une peine d'emprisonnement correctionnel ou une peine plus grave. / Ce contrôle astreint la personne concernée à se soumettre, selon la décision du juge d'instruction ou du juge des libertés et de la détention, à une ou plusieurs des obligations ci-après énumérées : / 1° Ne pas sortir des limites territoriales déterminées par le juge d'instruction ou le juge des libertés et de la détention ; (…) » Aux termes de l’article 8 du décret susvisé du 28 octobre 2016 : « Pour l'instruction des demandes de carte nationalité d'identité ou de passeport, il est vérifié par la consultation du fichier des personnes recherchées qu'aucune décision judiciaire ni aucune circonstance particulière ne s'oppose à sa délivrance. Il est également procédé à une consultation du traitement mentionné à l'article 1er afin de vérifier si des titres ont déjà été sollicités ou délivrés sous l'identité du demandeur. »
3. Il résulte de l’instruction que M. A..., ressortissant français, a été mis en examen et placé sous contrôle judiciaire. Le 27 août 2025, il a sollicité une modification temporaire de son contrôle judiciaire afin de pouvoir se rendre aux Comores du 11 décembre 2025 au 11 janvier 2026, afin d’assister à un mariage familial. Le 12 septembre 2025, le juge d’instruction du tribunal judiciaire de Lorient a suspendu les obligations découlant de son contrôle judiciaire, de manière temporaire, afin de lui permettre de se rendre aux Comores. Par ailleurs, M. A... étant titulaire d’un passeport venant à expiration le 22 novembre 2025, il a effectué une première demande de délivrance de passeport, le 1er février 2024, qui a été rejetée le 23 août 2025 par la préfecture du Val de Marne, au motif qu’il était placé sous contrôle judiciaire et ne pouvait sortir du territoire national. M. A... a, le 23 septembre 2025, postérieurement à la décision du juge d’instruction modifiant son contrôle judiciaire, effectué une nouvelle demande de délivrance de passeport, auprès de la mairie de Brunoy. L’administration n’ayant pas donné suite à sa demande, M. A... a, par l’intermédiaire de son conseil, le 21 novembre 2025, renouvelé sa demande. Le 28 novembre 2025, la préfecture du Val de Marne a répondu que la demande de passeport au nom de M. A... nécessitait « une instruction complémentaire, toujours en cours ».
4. D’une part, le préfet du Val de Marne fait valoir que la situation particulière du requérant nécessite une instruction approfondie et donc des délais plus longs que les délais habituels, ce qui explique que le passeport n’ait pas pu être délivré jusqu’alors. Eu égard à ces éléments, le délai de deux mois et demi qui s’est écoulé depuis la demande de passeport du 23 septembre 2025, s’il porte atteinte à la liberté d’aller et venir et à la vie familiale de M. A..., n’est entaché d’aucune illégalité manifeste.
5. D’autre part, eu égard au motif de son voyage et au caractère provisoire de la modification de son contrôle judiciaire, la condition d’urgence prévue par l’article L. 521-2 ne peut être regardée comme remplie en l’espèce.
6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. A... doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Copie en sera délivrée au préfet de l’Essonne.
Fait à Versailles, le 12 décembre 2025.
La juge des référés,
Signé
C. Mathou
La République mande et ordonne au préfet de l’Essonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.