jeudi 7 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2001342 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | CHEVALIER |
Vu les procédures suivantes :
I- Par une requête, enregistrée le 24 avril 2020 sous le n° 2001342, et un mémoire enregistré le 12 juillet 2021, la SCEA E et M. B A, représentés par Me Chevalier, doivent être regardés comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler les lettres de fin d'instruction des 12 novembre 2019 et 9 juin 2021 du dossier PAC 2018 ;
2°) d'enjoindre à l'Agence de services et de paiement de verser à la SCEA E une somme de 895,25 euros ;
3°) de condamner solidairement l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement à verser à la SCEA E une somme de 11 205,20 euros assortie des intérêts moratoires ;
4°) de condamner solidairement l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement à verser à M. A une somme de 109 800 euros assortie des intérêts moratoires ;
5°) de mettre à la charge solidaire de l'État, de la région Hauts-de-France et de l'Agence de services et de paiement le versement à chacun des deux requérants d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- le dossier de demande de la SCEA E a été déposé le 12 mai 2018 sur TéléPAC et finalisé le même jour par téléphone par les services de la direction départementale des territoires (DDT) de l'Oise en raison d'un bogue informatique, puis un agent de la DDT lui a demandé de compléter un avis modificatif antidaté au 16 mai 2018 ;
- l'écart de surface de 12 ares retenu par la DDT s'agissant de l'îlot 6 n'est pas caractérisé, concerne les aides couplées végétales et non le paiement de base, et a eu pour conséquence une perte de 135,44 euros ;
- s'agissant de l'îlot 10, les requérants n'ont jamais reçu le constat d'écart de surface de 40 centiares retenu par la DDT, qui n'a jamais apporté de preuve matérielle du décalage, ce qui a eu pour conséquence une perte totale de 203,88 euros ;
- l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement ont commis une faute tirée de la réduction illégale de 895,25 euros de ces aides au titre de la PAC 2018 ;
- l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement ont commis une faute tirée des retards d'instruction de la demande et de versement des aides agricoles dues au titre de la campagne 2018 dès lors que le premier acompte des aides dues au titre de la campagne 2018, qui devait être versé au plus tard le 30 juin 2019, n'a été versé que le 11 décembre 2019 et que le solde de ces aides 2018, d'un montant de 7 186,72 euros, n'a été versé que le 26 février 2020 ;
- les requérants ont subi un préjudice d'un montant de 895,25 euros du fait de la réduction illégale des aides au titre de la campagne 2018 ;
- la SCEA E a subi un préjudice d'un montant de 2 309,95 euros du fait des frais bancaires résultant des difficultés de trésorerie générées par les retards de paiement ;
- la SCEA E a subi un préjudice d'un montant de 8 000 euros du fait du manque à gagner dès lors qu'elle a été privée de capacité d'investissement, de développement et de poursuivre les travaux de la cour de ferme ;
- M. A a subi un préjudice financier personnel d'un montant de 59 800 euros dès lors que, d'une part, pour pallier aux difficultés de trésorerie liées aux retards de paiement, la trésorerie de l'exploitation agricole a dû être créditée par une société familiale à hauteur de
4 500 euros et par des virements des comptes livrets de ses trois enfants pour un total de 4 300 euros, et, d'autre part, M. A a dû suspendre le versement de son salaire pendant 17 mois depuis le 1er juillet 2018, générant un préjudice financier personnel de 51 000 euros ;
- M. A subi un préjudice de troubles dans les conditions d'existence d'un montant de 50 000 euros du fait d'une inquiétude constante liée à la situation de sa trésorerie, ce qui a eu des conséquences sur sa vie personnelle liées à une angoisse permanente et des conditions de vie dégradées.
Par un mémoire enregistré le 12 juin 2020, la SCEA E et M. B A, représentés par Me Chevalier, déclarent se désister de leurs conclusions indemnitaires tendant à ce que le tribunal condamne l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement à verser à la SCEA E une somme de 11 205,20 euros, et à M. A, une somme de 109 800 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 mai 2021, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé
Par un mémoire en défense enregistré le 29 avril 2022, la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 29 avril 2022, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation informe le tribunal qu'il ne produira pas d'observations.
La requête a été communiquée le 20 décembre 2021 à l'Agence de services et de paiement qui n'a pas produit d'observations en défense.
Par une ordonnance du 7 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2022.
II- Par une requête, enregistrée le 12 juin 2020 sous le n° 2001647, et un mémoire enregistré le 1er juin 2021, la SCEA E, représentée par Me Chevalier, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'État, l'Agence de services et de paiement et la région Hauts-de-France à lui verser une somme de 11 205,20 euros, assortie des intérêts moratoires ;
2°) de mettre à la charge solidaire de l'État, de la région Hauts-de-France et de l'Agence de services et de paiement le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement ont commis une faute tirée de la réduction illégale de 895,25 euros de ses aides au titre de la PAC 2018 ;
- l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement ont commis une faute tirée des retards d'instruction de la demande et de versement des aides agricoles dues au titre de la campagne 2018 dès lors que le premier acompte des aides dues au titre de la campagne 2018, qui devait être versé au plus tard le 30 juin 2019, n'a été versé que le 11 décembre 2019 et que le solde de ces aides 2018, d'un montant de 7 186,72 euros, n'a été versé que le 26 février 2020 ;
- la SCEA E a subi un préjudice d'un montant de 895,25 euros du fait de la réduction illégale des aides au titre de la campagne 2018 ;
- la SCEA E a subi un préjudice d'un montant de 2 309,95 euros du fait des frais bancaires résultant des difficultés de trésorerie générées par les retards de paiement ;
- la SCEA E a subi un préjudice d'un montant de 8 000 euros du fait du manque à gagner dès lors qu'elle a été privée de capacité d'investissement, de développement et de poursuivre les travaux de la cour de ferme.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2020, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mars 2021 et 10 février 2022, la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les productions de la requête ne sont pas présentées séparément dans un fichier unique comportant des signets conformes à l'inventaire des pièces ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 mars 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCEA E au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2022 par une ordonnance du même jour.
III- Par une requête, enregistrée le 12 juin 2020 sous le n° 2001648, et un mémoire enregistré le 31 mai 2021, M. B A, représenté par Me Chevalier, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement à lui verser une somme de 109 800 euros assortie des intérêts moratoires ;
2°) de mettre à la charge solidaire de l'État, de la région Hauts-de-France et de l'Agence de services et de paiement le versement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement ont commis une faute tirée de la réduction illégale de 895,25 euros de ses aides au titre de la PAC 2018 ;
- l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement ont commis une faute tirée des retards d'instruction de la demande et de versement des aides agricoles dues au titre de la campagne 2018 dès lors que le premier acompte des aides dues au titre de la campagne 2018, qui devait être versé au plus tard le 30 juin 2019, n'a été versé que le 11 décembre 2019 et que le solde de ces aides 2018, d'un montant de 7 186,72 euros, n'a été versé que le 26 février 2020 ;
- M. A a subi un préjudice d'un montant de 895,25 euros du fait de la réduction illégale des aides au titre de la campagne 2018 ;
- M. A a subi un préjudice financier personnel d'un montant de 59 800 euros dès lors que, d'une part, pour pallier aux difficultés de trésorerie liées aux retards de paiement, la trésorerie de l'exploitation agricole a dû être créditée par une société familiale à hauteur de 4 500 euros et par des virements des comptes livrets de ses trois enfants pour un total de 4 300 euros, et, d'autre part, M. A a dû suspendre le versement de son salaire pendant 17 mois depuis le 1er juillet 2018, générant un préjudice financier personnel de 51 000 euros ;
- M. A subi un préjudice de troubles dans les conditions d'existence d'un montant de 50 000 euros du fait d'une inquiétude constante liée à la situation de sa trésorerie, ce qui a eu des conséquences sur sa vie personnelle liées à une angoisse permanente et des conditions de vie dégradées.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 novembre 2020, le ministre de l'agriculture et de l'alimentation conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par des mémoires en défense enregistrés les 2 mars 2021 et 10 février 2022, la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les productions de la requête ne sont pas présentées séparément dans un fichier unique comportant des signets conformes à l'inventaire des pièces ;
- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 mars 2022, l'Agence de services et de paiement conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
La clôture de l'instruction a été fixée au 6 mai 2022 par une ordonnance du même jour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 ;
- le règlement (UE) n° 1305/2013 du 17 décembre 2013 ;
- le règlement (UE) n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil relatif au financement, à la gestion et au suivi de la politique agricole commune ;
- l'arrêté du 9 octobre 2015 relatif aux modalités d'application concernant le système intégré de gestion et de contrôle, l'admissibilité des surfaces au régime de paiement de base et l'agriculteur actif dans le cadre de la politique agricole commune à compter de la campagne 2015 ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- les observations de Me Chevalier représentant la SCEA E et M. A,
- et les observations de Mme C, représentant la région Hauts-de-France.
Considérant ce qui suit :
1. La SCEA E, dont M. A est le gérant, exploite une activité de culture de céréales, de légumineuses et de graines oléagineuses à D dans l'Oise. À partir de 2018, la SCEA E, jusqu'alors engagée en mesure agro-environnementale et climatique (MAEC) de réduction des produits phytosanitaires, s'est engagée dans un processus de conversion à l'agriculture biologique (CAB). Dans ce contexte, la SCEA E a demandé, le 12 mai 2018, à bénéficier des aides correspondant au paiement de base (DPB), au paiement redistributif, au paiement vert, aux protéagineux et aux MAEC. Par avis modificatif daté du 16 mai 2018, la SCEA a modifié sa demande pour y intégrer les aides relatives à la CAB. Par deux décisions d'engagement des 18 septembre et 12 novembre 2019, le président de la région Hauts-de-France a accordé les aides sollicitées, à compter du 15 mai 2018 pour une durée de cinq ans. Par courrier du 12 novembre 2019, le préfet de l'Oise a adressé à M. A, en tant que gérant de la SCEA E, une lettre de fin d'instruction de son dossier PAC 2018 constatant des anomalies susceptibles d'avoir un impact sur certaines aides demandées et l'invitant à formuler des observations. Par courrier du 17 novembre 2019, M. A a contesté la lettre de fin d'instruction 2018. Par un courrier du 30 décembre 2019, reçu le 3 février 2020, le préfet de l'Oise a rejeté son recours gracieux. Par courriers du 19 décembre 2019, reçus le 24 décembre 2019, M. A, en sa qualité de gérant de la SCEA E, a adressé au ministre de l'agriculture, à la région Hauts-de-France, et à l'Agence de services et de paiement (ASP) une demande indemnitaire préalable tendant à ce qu'ils versent, solidairement, une somme de 17 787,04 euros à la SCEA E et une somme de 109 800 euros à M. A en réparation de divers préjudices subis du fait des retards de versement des aides agricoles dues au titre de la campagne 2018 et du fait des retenues qui ont été réalisées illégalement et sans fondement. Le 9 juin 2021, une seconde lettre de fin d'instruction, relative aux MAEC et aux aides de CAB de la campagne 2018, a été notifiée à M. A.
Sur la jonction :
2. Par la requête n° 2001342, la SCEA E et M. A doivent être regardés comme demandant, d'une part, l'annulation des lettres de fin d'instruction des 12 novembre 2019 et 9 juin 2021 du dossier PAC 2018 et à ce qu'il soit enjoint à l'ASP de verser à la SCEA E une somme de 895,25 euros, et, d'autre part, la condamnation de l'Etat, de la région Hauts-de-France et de l'ASP au versement de la somme de 11 205,20 euros à la SCEA E et de la somme de 109 800 euros à M. A. Par les requêtes n°s 2001647 et 2001648, la SCEA E et M. A demandent la condamnation de l'Etat, de la région Hauts-de-France et de l'ASP au paiement de la somme de 11 205,20 euros à la SCEA E et de la somme de 109 800 euros à M. A. Dès lors que ces requêtes présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune, il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un même jugement.
Sur l'instance n° 2001342 :
En ce qui concerne l'étendue du litige :
3. Dans l'instance n° 2001342, par un mémoire du 12 juin 2020, la SCEA E et M. A déclarent se désister de leurs conclusions indemnitaires tendant à ce que le tribunal condamne l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement à verser à la SCEA E une somme de 11 205,20 euros, et à M. A, une somme de 109 800 euros. Ce désistement est pur et simple. Rien ne s'oppose à ce qu'il en soit donné acte.
En ce qui concerne la légalité des lettres de fin d'instruction du dossier PAC 2018 :
4. En premier lieu, d'une part, aux termes de l'article 13 (intitulé " Dépôt tardif ") du règlement délégué (UE) n° 640/2014 de la Commission du 11 mars 2014 : " 1. Sauf dans des cas de force majeure ou des circonstances exceptionnelles visés à l'article 4, le dépôt d'une demande d'aide ou d'une demande de paiement au titre du présent règlement après la date limite pour ledit dépôt, fixée par la Commission sur la base de l'article 78, point b), du règlement (UE) no 1306/2013, entraîne une réduction de 1 % par jour ouvrable des montants auxquels le bénéficiaire aurait eu droit si la demande d'aide ou de paiement avait été déposée dans le délai imparti. () Si ce retard équivaut à plus de 25 jours civils, la demande d'aide ou de paiement est considérée comme non admissible et aucune aide ou soutien n'est accordé au bénéficiaire. () ".
5. D'autre part, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 9 octobre 2015 relatif aux modalités d'application concernant le système intégré de gestion et de contrôle, l'admissibilité des surfaces au régime de paiement de base et l'agriculteur actif dans le cadre de la politique agricole commune à compter de la campagne 2015 : " Contenu de la demande unique. / En application de l'article D. 615-1 du code rural et de la pêche maritime, la demande unique comprend les demandes au titre des régimes d'aides liées à la surface et des mesures de soutiens liés à la surface tels que définis respectivement aux 20 et 21 de l'article 2 du règlement (UE) n° 640/2014 susvisé. / Les pièces constituant la demande unique à compléter par les agriculteurs sont notamment : / -la demande d'aides ; / -le descriptif des surfaces ; / -la déclaration des effectifs animaux ; /-le registre parcellaire graphique mis à jour. La demande unique doit être complétée et signée par voie électronique sur le site des téléservices des aides de la politique agricole commune disponible à l'adresse suivante : www. telepac.agriculture.gouv.fr. ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté du 9 octobre 2015 : " Date limite de dépôt de la demande de droits au paiement. / La date limite de dépôt à laquelle la demande d'attribution de droits au paiement ou d'augmentation de la valeur des droits au paiement au titre du régime de paiement de base doit être parvenue à la direction départementale chargée de l'agriculture du département dans lequel se situe le siège de l'exploitation est fixée au 31 mai pour la campagne 2017 et au 15 mai pour les campagnes 2018 et postérieures. (). ".
6. Il est constant, et il ressort du relevé de situation 2018 dans sa version du 11 décembre 2019, que la direction départementale des territoires (DDT) de l'Oise a procédé à des réductions pour dépôt tardif de la demande d'aides de la SCEA E d'un total de 555,93 euros. Il ressort également des pièces du dossier que M. A, en tant que gérant de la SCEA E, a déposé son dossier de demande d'aide le 12 mai 2018 et qu'il a modifié sa déclaration par avis modificatif daté du 16 mai 2018 pour y inclure une demande d'aide au titre de la CAB. Si les requérants soutiennent qu'un bogue informatique a empêché M. A de cocher certaines cases, dont celle " conduite en agriculture biologique " sur 10 parcelles et la case " renoncement à la dérogation AB " du verdissement, qui créaient des alertes bloquantes, et qu'il a alors finalisé sa demande auprès des services de la DDT par téléphone le même jour, cette allégation, qui est contestée en défense, ne ressort d'aucune pièce produite au dossier. De même l'allégation, également contestée en défense, selon laquelle un agent de la DDT aurait imposé à M. A de signer une modification de déclaration pré-remplie et antidatée, pour couvrir ce bogue informatique, n'est pas non plus établie par les pièces du dossier. Par suite, le moyen doit être écarté.
7. En deuxième lieu, par lettres d'observations des 25 juillet et 8 août 2018, le préfet de l'Oise a indiqué à la SCEA E que, s'agissant de l'îlot 6, son dossier fait apparaître des incohérences ou des anomalies dès lors qu'elle a " dessiné des îlots qui chevauchent un ou plusieurs îlots d'autres exploitations " faisant apparaître un doublon concernant 12 ares d'écart. D'une part, si le requérant soutient que cette surface ne concerne pas les DPB, mais les aides couplées végétales, toutefois, il n'assortit pas son moyen des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. D'autre part, il ressort du courrier du 19 août 2018 que M. A a informé la DDT qu'il avait oublié de déclarer un échange effectué entre voisins, qu'il fallait " enlever 11 mètres de large et rajouter 4 mètres tout le long de la parcelle voisine " et que la surface de 6,60 hectares était inchangée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment d'un courriel du 30 janvier 2019, que la DDT a retenu le constat de 12 ares d'écart car M. A n'a pas répondu dans les dix jours suivant la lettre d'observations du 25 juillet 2018. Par ailleurs, à la suite du courrier tardif de réponse de M. A du 19 août 2018, la DDT a constaté que la demande de modification des limites de la parcelle en cause était matériellement impossible et elle n'a alors pas été traitée. Le requérant admet ne pas avoir répondu dans les délais impartis. Par suite, c'est à bon droit que la DDT a retenu l'écart de surface de 12 ares s'agissant de l'îlot 6. Le moyen doit être écarté.
8. En dernier lieu, d'une part, la lettre d'instruction du 12 novembre 2019 informe M. A, qu'à l'issue de l'instruction de sa demande d'aides PAC au titre de la campagne 2018 des anomalies ont été constatées et qu'il dispose d'un délai de dix jours pour formuler ses observations. S'agissant des aides couplées végétales, l'annexe de cette lettre de fin d'instruction estime l'écart à 0,40 ha, soit un écart de 9,47 % par rapport à sa déclaration initiale et indique le montant de la réduction envisagée. Dès lors, le moyen tiré de ce que les requérants n'ont jamais reçu le constat d'écart de surface de 40 ares retenue par la DDT doit être écarté comme manquant en fait.
9. D'autre part, s'agissant de la preuve matérielle du décalage, il ressort des pièces du dossier que le 26 février 2019, M. A a adressé un courriel à la DDT afin de comprendre les raisons de la réduction de montant de son aide. Par courriel du même jour, la DDT lui a expliqué qu'un contrôle de la surface déclarée par la SCEA a été effectué par photo-interprétation assistée par ordinateur (PIAO). S'agissant de l'îlot 10, les requérants ont déclaré une surface de 4,62 ha alors que la surface constatée par PIAO est de 4,22 hectares. Ce courriel du 26 février 2019 a informé M. A du constat de ce décalage, de la modalité de calcul de la sanction, et y était jointe une " capture d'écran montrant en ligne verte pleine les parcelles retenues et en lignes pointillées les parcelles déclarées initialement ". Par ailleurs, les requérants n'apportent aucun élément de nature à contredire les constatations de la DDT. Par suite, le moyen tiré de l'absence de preuve matérielle du décalage doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que c'est à bon droit que la DDT de l'Oise a procédé à une réduction pour dépôt tardif de la demande et aux réductions du paiement de base et de l'aide à la production de protéagineux. Les conclusions tendant à l'annulation des lettres de fin d'instruction du dossier PAC 2018, ainsi que celles à fin d'injonction doivent être écartées.
Sur les instances n°s 2001647 et 2001648 :
En ce qui concerne le principe de responsabilité :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les lettres de fin d'instruction 2018 en tant qu'elles décident de la réduction des aides PAC 2018 ne sont pas entachées d'illégalité. Par suite, contrairement à ce que soutiennent les requérants, l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement n'ont pas commis de faute tirée de la réduction illégale de 895,25 euros des aides au titre de la PAC 2018.
12. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article 29 du règlement UE
n° 1305/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 relatif au soutien au développement rural par le Fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et abrogeant le règlement (CE) no 1698/2005 du Conseil : " 1. L'aide au titre de cette mesure est accordée, par hectare de surface agricole, aux agriculteurs ou groupements d'agriculteurs qui s'engagent, sur la base du volontariat, à maintenir des pratiques et méthodes de l'agriculture biologique telles qu'elles sont définies dans le règlement (CE) n° 834/2007 ou à adopter de telles pratiques et méthodes et qui sont des agriculteurs actifs au sens de l'article 9 du règlement (UE) n° 1307/2013. / () 4. Les paiements sont accordés annuellement et indemnisent les bénéficiaires pour une partie ou la totalité des coûts supplémentaires et des pertes de revenus résultant des engagements pris () ".
13. D'autre part, aux termes de l'article 75 du règlement UE n° 1306/2013 du Parlement européen et du Conseil du 17 décembre 2013 : " 1. Les paiements au titre des régimes et mesures d'aide visés à l'article 67, paragraphe 2, sont effectués au cours de la période comprise entre le 1er décembre et le 30 juin de l'année civile suivante. Les paiements sont effectués en une ou deux tranches au cours de cette période. Nonobstant les premiers et deuxièmes alinéas, les États membres peuvent, avant le 1er décembre et uniquement à partir du 16 octobre, verser des avances allant jusqu'à 50 % pour les paiements directs et jusqu'à 75 % pour l'aide accordée au titre du développement rural, visée à l'article 67, paragraphe 2. [] 2. Les paiements visés au paragraphe 1 ne sont pas effectués avant l'achèvement de la vérification des conditions d'admissibilité, à réaliser par les États membres conformément à l'article 74. ". L'article 121 du même texte précise que : " 1. Le présent règlement entre en vigueur le jour de sa publication au Journal officiel de l'Union européenne. / Il est applicable à partir du 1er janvier 2014 () ". Cependant, en vertu de l'article 2 du règlement UE n° 2017/2393 du Parlement européen et du Conseil du 13 décembre 2017, la fixation de la période de mise en paiement définie à l'article 75 du règlement UE n° 1306/2013 précité a été reportée à compter de la campagne 2019.
14. Il résulte de ces dispositions, dans leurs différentes rédactions applicables au litige, que le législateur européen n'a entendu instituer une " date-limite " de paiement des aides litigieuses initialement qu'à compter de la campagne 2018, avant de reporter cette date à compter de la campagne suivante de 2019. Par suite, la circonstance que les aides sollicitées au titre de la PAC 2018 ont été versées au-delà de la date du 30 juin de l'année suivant la campagne concernée n'est pas, en l'absence de date limite de paiement applicable aux périodes en litige, constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'ASP en sa qualité d'organisme payeur, ni celle de l'Etat au titre de sa participation au contrôle administratif des conditions d'admissibilité, et encore moins celle de la région Hauts-de-France. Par ailleurs, si les requérants soutiennent également que les décisions d'engagement ont créé des droits qui, en application du droit de l'Union européenne, auraient dû conduire au versement des aides chaque année, comme il vient d'être exposé, l'obligation de verser les aides au plus tard le 30 juin ne s'est appliquée qu'à compter de la campagne 2019. Il résulte de ce qui précède que l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement n'ont pas commis de faute en raison des retards de versement des aides agricoles dues au titre de la campagne 2018. Le moyen doit être écarté.
15. En troisième lieu, les requérants soutiennent que les délais d'instruction de la demande d'aides de la SCEA n'ont pas été respectés. D'une part, il résulte de l'instruction que, pour la campagne 2018, la SCEA E a d'abord présenté, le 12 mai 2018, un demande d'aides correspondant au DPB, au paiement redistributif, au paiement vert, aux protéagineux et aux MAEC, puis, le 16 mai 2018, soit postérieurement au délai de dépôt des demandes, elle a modifié sa demande pour y intégrer les aides relatives à la CAB. Il résulte également de l'instruction que, par courrier du 17 novembre 2019, M. A a contesté la lettre de fin d'instruction 2018 qui lui avait été adressée le 12 novembre 2019 constatant des anomalies susceptibles d'avoir un impact sur certaines aides demandées et l'invitant à formuler des observations. D'autre part, il résulte de l'instruction que le versement des aides dues au titre de la campagne 2018 avait été presque intégralement réalisé le 11 décembre 2019 et qu'il a finalement été terminé le 26 février 2020. Dans ces conditions, eu égard notamment au dépôt tardif de la demande d'aides de la SCEA E et aux échanges entre M. A et les services de la DDT de l'Oise relatifs aux contestations effectuées par ce dernier, le délai d'instruction de la demande d'aide de la SCEA E au titre de la campagne 2018 ne peut être regardé comme déraisonnable. Le moyen doit être écarté.
16. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées par la région Hauts-de-France, que les requêtes n°s 2001647 et 2001648 doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
17. Dans les instances n°s 2001342, 2001647 et 2001648, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, de la région Hauts-de-France et de l'Agence de services et de paiement, qui ne sont pas les parties perdantes dans ces instances, les sommes que la SCEA E et M. A demandent au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
18. Dans les instances n°s 2001647 et 2001648, l'Agence de services et de paiement, qui n'a pas eu recours aux services d'un avocat, ne justifie pas avoir engagé de frais particuliers dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions de l'Agence de services et de paiement tendant à ce qu'il soit mis à la charge de la SCEA E et de M. A une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Dans l'instance n° 2001342, il est donné acte du désistement de la SCEA E et de M. A relativement à leurs conclusions indemnitaires tendant à ce que le tribunal condamne l'État, la région Hauts-de-France et l'Agence de services et de paiement à verser à la SCEA E une somme de 11 205,20 euros, et à M. A, une somme de 109 800 euros.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête n° 2001342 et les requêtes n°s 2001647 et 2001648 sont rejetés.
Article 3 : Dans les instances n°s 2001647 et 2001648, les conclusions présentées par l'Agence de services et de paiement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA E, à M. B A, au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, à la région Hauts-de-France et à l'Agence de services et de paiement.
Copie en sera adressée à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Boutou, président,
Mme Pellerin, conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.
La rapporteure,
Signé
L. Bazin
Le président,
Signé
B. Boutou La greffière,
Signé
A. Ribière
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°s 2001342, 2001647 et 2001648
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026