jeudi 22 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2002773 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SCP DUMOULIN CHARTRELLE ABIVEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 28 août 2020 et 21 juillet 2022, M. A B, représenté par Me Hubert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'autorisation tacite du 3 avril 2020, accordée par le préfet de la région Hauts-de-France à M. E C, d'exploiter des parcelles d'une surface totale de 17 ha 12 a 74 ca situées à Villers-Saint-Genest, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux formé le 29 avril 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'en méconnaissance de l'article D. 331-4-1 du code rural et de la pêche maritime, il n'est pas justifié de la publicité de la demande d'autorisation d'exploiter présentée par M. C ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet a fait droit à une demande d'autorisation d'exploiter qui n'a pas été présentée par l'entité devant exploiter les terres litigieuses ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'opération conduira à une concentration de deux exploitations au bénéfice d'une même personne présentant ainsi un caractère excessif au regard des dispositions du 3° de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 décembre 2020, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Elle soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par deux mémoires en défense enregistrés les 2 juillet 2021 et 5 août 2022, M. E C, représenté par Me Janocka, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir de M. B dès lors que l'objet de la décision attaquée vise seulement à autoriser M. C à entrer au capital social de l'EARL C en qualité d'associé exploitant ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un mémoire enregistré le 9 novembre 2022, le préfet de la région Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 16 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le schéma directeur régional des exploitations agricoles (SDREA) en Picardie ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Bazin, rapporteure,
- les conclusions de Mme Guilbaud, rapporteure publique,
- et les observations de Me Janocka, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. Par acte authentique du 9 juillet 2002, M. A B a consenti à M. F C et Mme G D épouse C, exploitants au sein de l'EARL C, un bail rural à long terme sur plusieurs parcelles dont il est propriétaire, d'une surface totale de 17 ha 77 a 37 ca, situées sur le territoire de la commune de Villers-Saint-Genest (Oise). Par acte authentique du 16 décembre 2013, ce bail a été résilié partiellement en tant seulement qu'il portait sur une surface de 0 ha 57 a 63 ca, laissant à bail aux preneurs des parcelles d'une surface totale de 17 ha 12 a 74 ca. Le 25 avril 2019, M. B a donné congé de ce bail à M. et Mme C avec effet au 30 octobre 2020. Le 29 novembre 2019, M. E C, fils de M. et Mme C, a déposé une demande d'autorisation d'exploiter ladite surface de 17 ha 12 a 74 ca située à Villers-Saint-Genest dont le preneur en place est l'EARL C. Par un courrier du 23 décembre 2019, la préfète de l'Oise a accusé réception de cette demande et le silence gardé sur cette dernière a fait naître une autorisation tacite le 3 avril 2020. Par courrier du 29 avril 2020, M. B a exercé un recours gracieux contre l'autorisation tacite précitée née le 3 avril 2020. Le silence gardé par l'administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'autorisation tacite accordée par le préfet de la région Hauts de-France à M. E C le 3 avril 2020 d'exploiter des parcelles d'une surface totale de 17 ha 12 a 74 ca situées à Villers-Saint-Genest, ensemble la décision implicite portant rejet de son recours gracieux formé le 29 avril 2020.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 331-4 du code rural et de la pêche maritime : " () Le service chargé de l'instruction fait procéder à la publicité de la demande d'autorisation d'exploiter dans les conditions prévues à l'article D. 331-4-1. Cette publicité porte sur la localisation des biens et leur superficie, ainsi que sur l'identité des propriétaires ou de leurs mandataires et du demandeur. / Il n'est pas procédé à une nouvelle publicité si la demande porte sur des biens ou des droits ayant fait l'objet d'une telle formalité à l'occasion d'une autre demande et si aucune décision n'a encore été prise sur cette dernière ni sur les demandes concurrentes éventuellement présentées. ". Aux termes de l'article D. 331-4-1 du même code : " La publicité prévue à l'article R. 331-4 précise la date de l'enregistrement de la demande et indique la date limite de dépôt des dossiers de demande d'autorisation. / Les demandes d'autorisation d'exploiter sont affichées pendant un mois à la mairie des communes où sont situés les biens qui font l'objet de la demande et publiées sur le site de la préfecture chargée de l'instruction. / A l'expiration du délai de publicité, il est dressé la liste de toutes les candidatures enregistrées pour un même bien. ".
3. Il ressort des pièces du dossier, contrairement à ce que soutient le requérant, que par courrier du 26 décembre 2019, la préfète de l'Oise, chargée de l'instruction de la demande d'autorisation d'exploiter présentée par M. C, a transmis pour affichage au maire de la commune de Villers-Saint-Genest cette demande d'autorisation d'exploiter, qui a fait l'objet d'un affichage en mairie le 6 janvier 2019. En outre, ces affichages comportent les mentions légales requises par les articles R. 331-4 et D. 331-4-1 précités. Il ressort également des pièces du dossier que cette demande a été publiée sur le site internet de la préfecture de l'Oise. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir de ce qu'il n'est pas justifié de la publication de la demande d'autorisation dans la commune d'Etrepilly, dès lors que les parcelles en litige, dont il est propriétaire, se situent uniquement sur le territoire de la commune de Villers-Saint-Genest. Par suite, le moyen tiré du défaut de publicité de la demande d'autorisation d'exploiter doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 331-1-1 du code rural et de la pêche maritime : " Pour l'application du présent chapitre : / 1° Est qualifié d'exploitation agricole l'ensemble des unités de production mises en valeur, directement ou indirectement, par la même personne, quels qu'en soient le statut, la forme ou le mode d'organisation juridique, dont les activités sont mentionnées à l'article L. 311-1 ; / 2° Est qualifié d'agrandissement d'exploitation ou de réunion d'exploitations au bénéfice d'une personne le fait, pour celle-ci, mettant en valeur une exploitation agricole à titre individuel ou dans le cadre d'une personne morale, d'accroître la superficie de cette exploitation ; la mise à disposition de biens d'un associé exploitant lors de son entrée dans une personne morale est également considérée comme un agrandissement ou une réunion d'exploitations au bénéfice de cette personne morale ; / 3° Pour déterminer la superficie totale mise en valeur, il est tenu compte de l'ensemble des superficies exploitées par le demandeur, sous quelque forme que ce soit et toutes productions confondues, en appliquant les équivalences fixées par le schéma directeur régional des exploitations agricoles pour les différents types de production. () ". Aux termes de l'article L. 331-2 du même code : " I.- Sont soumises à autorisation préalable les opérations suivantes : / 1° Les installations, les agrandissements ou les réunions d'exploitations agricoles au bénéfice d'une exploitation agricole mise en valeur par une ou plusieurs personnes physiques ou morales, lorsque la surface totale qu'il est envisagé de mettre en valeur excède le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles. () ". Enfin, aux termes de l'article 1 de l'arrêté du préfet de la région Nord-Pas de Calais du 29 juin 2016 portant approbation du schéma directeur régional des exploitations agricoles du Nord-Pas-de-Calais (SDREA) de la région Nord-Pas-de-Calais : " Définitions - () / agrandissement : fait, pour une personne physique ou morale, mettant en valeur une exploitation agricole, d'accroitre la superficie de cette exploitation. L'installation d'un nouvel exploitant en tant qu'associé d'une personne morale, si elle s'accompagne d'une mise à disposition de terres supplémentaire, est un agrandissement de la société au regard des priorités du SDREA () ". Aux termes de l'article 4 du même arrêté : " fixation des seuils de contrôle : / seuils de surface : le seuil retenu correspond à 94% de la SAU moyenne régionale toutes productions confondues. Il est de 90 ha après opération () ".
5. Il est constant que M. E C est associé gérant de l'EARL du Bourg Fontaine, qui exploite des terrains d'une surface totale de 159 ha 91 a 79 ca, et qu'il n'est pas, à la date de la décision attaquée et contrairement à ce que soutient le requérant, associé ou salarié au sein de l'EARL C. Il ressort des pièces du dossier que M. C a déposé, en son nom propre, le 29 novembre 2019, une demande d'autorisation d'exploiter, enregistrée le 3 décembre 2019, afin d'exploiter une surface supplémentaire de 17 ha 12 a 74 ca de terrains se situant sur le territoire de la commune à Villers-Saint-Genest, dont le preneur en place est l'EARL C. D'une part, par cette demande, qui a donné lieu à l'autorisation tacite en litige, M. C a exprimé le projet d'entrer au capital de l'EARL C en tant qu'associé exploitant, en raison du souhait de son père de lui céder ses parts à l'approche de son départ à la retraite. À ce titre, la demande de M. C, qui a pour conséquence un agrandissement de son exploitation excédant le seuil fixé par le schéma directeur régional des exploitations agricoles, était soumise à autorisation préalable en application des dispositions précitées du code rural et de la pêche maritime. D'autre part, dans la mesure où il ne ressort pas des pièces du dossier que M. C aurait eu l'intention de mettre à la disposition de l'EARL du Bourg Fontaine les terres exploitées par l'EARL C, sa demande devait bien être présentée en son nom propre et non au nom de l'EARL du Bourg Fontaine. Enfin, il ne ressort pas davantage des pièces que l'entrée au capital de M. C dans l'EARL C s'accompagnerait d'une mise à disposition de terres au bénéfice de cette dernière, de sorte que la demande n'avait pas davantage à être présentée au nom de l'EARL C. Ainsi, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la région Hauts-de-France a entaché sa décision d'une erreur sur l'identité de l'entité devant exploiter les terrains en litige. Par suite, le moyen soulevé à ce titre doit être écarté.
6. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 331-1 du code rural et de la pêche maritime : " Le contrôle des structures des exploitations agricoles s'applique à la mise en valeur des terres agricoles ou des ateliers de production hors sol au sein d'une exploitation agricole, quels que soient la forme ou le mode d'organisation juridique de celle-ci et le titre en vertu duquel la mise en valeur est assurée. / L'objectif principal du contrôle des structures est de favoriser l'installation d'agriculteurs, y compris ceux engagés dans une démarche d'installation progressive. / Ce contrôle a aussi pour objectifs de : / () / 3° Maintenir une agriculture diversifiée, riche en emplois et génératrice de valeur ajoutée, notamment en limitant les agrandissements et les concentrations d'exploitations au bénéfice, direct ou indirect, d'une même personne physique ou morale excessifs au regard des critères précisés par le schéma directeur régional des exploitations agricoles ". Aux termes de l'article L. 331-3-1 du même code, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'autorisation mentionnée à l'article L. 331-2 peut être refusée : / () / 3° Si l'opération conduit à un agrandissement ou à une concentration d'exploitations au bénéfice d'une même personne excessifs au regard des critères définis au 3° de l'article L. 331-1 et précisés par le schéma directeur régional des structures agricoles en application de l'article L. 312-1, sauf dans le cas où il n'y a pas d'autre candidat à la reprise de l'exploitation ou du bien considéré, ni de preneur en place ; () ".
7. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime que si le préfet peut refuser d'accorder une autorisation d'exploitation pour l'un des cinq motifs énumérés par cet article, le préfet n'est en revanche jamais tenu de refuser de délivrer une autorisation d'exploiter des parcelles agricoles lorsqu'il constate l'existence de l'un de ces cinq motifs. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que le préfet a commis une erreur d'appréciation du caractère excessif de l'opération envisagée par M. C au regard des critères par les dispositions précitées du code rural et de la pêche maritime. Le moyen est inopérant et doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par M. C, que les conclusions présentées par le requérant à fin d'annulation de l'autorisation tacite d'exploiter accordée par le préfet de la région
Hauts de-France à M. C le 3 avril 2020, ensemble la décision implicite portant rejet du recours gracieux formé le 29 avril 2020, doivent être rejetées.
Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera à M. C une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à M. E C et au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire.
Copie en sera adressée pour information au préfet de la région Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
Mme Galle, présidente,
Mme Pellerin, conseillère,
Mme Bazin, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2022.
La rapporteure,
signé
L. Bazin
La présidente,
signé
C. Galle La greffière,
signé
S. Grare
La République mande et ordonne au ministre de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026