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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003181

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003181

jeudi 8 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003181
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMATHIEU GILBERT AVOCAT GMAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires complémentaires, enregistrés le 5 octobre 2020, le 3 mai 2021, et le 12 mai 2021, M. A B, représenté par Me Homehr, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz a implicitement rejeté ses demandes formées par courrier du 10 juin 2020 et tendant, d'une part, au retrait de l'injonction faite à la société Enedis de suspendre l'alimentation provisoire au réseau électrique de la parcelle dont il est propriétaire et d'autre part, à ce qu'il autorise les travaux en vue de l'installation d'un compteur réglementaire pour raccorder sa parcelle au réseau électrique ;

2°) d'enjoindre au maire de la commune de Pont-de-Metz de procéder à une nouvelle instruction de sa demande et d'autoriser l'installation d'un compteur sur sa parcelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, faute pour le maire de la commune d'avoir apporté une réponse à sa demande de communication de motifs présentée en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la délibération du 15 décembre 2015 refusant le branchement électrique provisoire et définitif des parcelles classées en zone N, dès lors que cette délibération est entachée d'un vice d'incompétence et interdit les branchements électriques dans cette zone de manière générale et absolue sans se référer à une quelconque circonstance locale caractérisant un trouble à l'ordre public ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision exprimée par courrier du 2 novembre 2020 faisant interdiction au distributeur ERDF de procéder au branchement provisoire ou définitif au réseau électrique sur terrain nu - non constructible, classé en zone naturelle dès lors que cette interdiction méconnaît le principe général de non-rétroactivité des actes administratifs, qu'elle ne peut trouver son fondement dans les pouvoirs de police administrative générale du maire, en l'absence de toute circonstance locale, que le raccordement définitif de l'installation n'était pas soumis à autorisation du maire et qu'elle est constitutive d'une discrimination et d'une rupture d'égalité par rapport aux parcelles voisines dont le raccordement a été autorisé ;

- rien ne fait obstacle à ce que son habitation mobile, implantée de façon régulière, soit raccordée au réseau d'électricité ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est installé sur cette parcelle avec toute sa famille et que le refus de raccordement définitif est intervenu en période d'urgence sanitaire.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 22 février 2021 et le 7 juin 2021, la commune de Pont-de-Metz, représentée par Me Mathieu, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la requête est irrecevable, faute d'être dirigée contre un acte administratif faisant grief et que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 6 mai 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 juin 2021 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Binand, président-rapporteur ;

- les conclusions de M. Lapaquette, rapporteur public ;

- les observations de Me Douilly substituant Me Homehr, représentant M. B ;

- et les observations de Me Mathieu, représentant la commune de Pont-de-Metz.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B est propriétaire d'une parcelle située sur le territoire de la commune de Pont-de-Metz sur laquelle il a implanté une habitation légère de loisirs qui constitue sa résidence principale. Par un courrier du 10 juin 2020, il a demandé au maire de la commune de Pont-de-Metz d'une part, de retirer l'injonction faite à la société Enedis de suspendre l'alimentation provisoire au réseau électrique de sa parcelle et d'autre part, d'autoriser les travaux en vue de l'installation d'un compteur réglementaire pour raccorder sa parcelle au réseau électrique. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le maire de Pont-de-Metz a rejeté ses demandes.

Sur la fin de non-recevoir :

2. Aux termes de l'article L. 111-12 du code de l'urbanisme : " Les bâtiments, locaux ou installations soumis aux dispositions des articles L. 421-1 à L. 421-4 ou L. 510-1, ne peuvent, nonobstant toutes clauses contractuelles contraires, être raccordés définitivement aux réseaux d'électricité, d'eau, de gaz ou de téléphone si leur construction ou leur transformation n'a pas été, selon le cas, autorisée ou agréée en vertu de ces dispositions ". Ces dispositions, qui visent seulement à interdire le raccordement définitif aux différents réseaux des bâtiments, locaux ou installations irrégulièrement édifiés ou transformés, ne permettent pas au maire de s'opposer à une demande de raccordement provisoire.

3. Par courrier du 10 juin 2020, M. B a demandé au maire de la commune de Pont-de-Metz de " rétracter l'injonction " émise par lui et tendant à " la coupure de l'alimentation électrique " sur la parcelle dont il est propriétaire. Il ressort de la confrontation des pièces du dossier, et notamment des courriers des 22 mars et 6 mai 2021 rédigés par la société Enedis que, si M. B bénéficiait, depuis le 1er septembre 2015 d'une alimentation temporaire au réseau électrique, l'engagement pris à ce titre était, arrivé à son terme le 11 juin 2020. Ainsi, la suspension du raccordement provisoire au réseau électrique de la parcelle de M. B résulte, non d'une injonction faire par maire de la commune de Pont-de-Metz à la société Enedis, mais de l'expiration de la période prévue dans la lettre d'engagement signée par l'intéressé avec ladite société. Dans ces conditions, aucune décision implicite de rejet n'a pu naître du silence gardé par le maire de la commune de Pont-de-Metz sur la demande de M. B tendant au retrait de l'injonction faite à la société Enedis de désinstaller son compteur provisoire en l'absence d'une telle injonction adressée par le maire. Par suite, il y a lieu d'accueillir la fin de non-recevoir opposée par la commune de Pont-de-Metz tirée de l'irrecevabilité des conclusions dirigées à l'encontre d'une telle décision.

4. En revanche, la seconde demande de M. B, formulée dans le même courrier du 10 juin 2020, tendant à ce que le maire de la commune de Pont-de-Metz autorise les travaux en vue de permettre que sa parcelle soit " normalement alimentée par un compteur réglementaire " doit être regardée comme une demande de raccordement définitif de sa parcelle au réseau électrique. Le silence gardé sur une telle demande pendant deux mois par le maire de Pont-de-Metz a eu pour effet de faire naître une décision implicite de rejet faisant grief au requérant et susceptible, pour ce motif, d'être déférée au juge administratif par la voie de l'excès de pouvoir. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune tirée de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation de la décision devant être regardée comme refusant implicitement le raccordement définitif au réseau électrique doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 de code précise que : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". En outre, aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

6. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que, par courrier du 18 septembre 2020, reçu le 23 septembre suivant, M. B a saisi le maire de la commune de Pont-de-Metz d'une demande de communication des motifs fondant la décision litigieuse refusant implicitement de procéder aux travaux de raccordement définitif de sa parcelle au réseau de distribution d'électricité. Il est constant que cette demande est demeurée sans réponse. Dans ces conditions, le moyen tiré du défaut de motivation doit être accueilli.

7. Il résulte de ce qui précède que la décision du maire de la commune de Pont-de-Metz portant refus d'autoriser le raccordement définitif de la parcelle de M. B au réseau électrique doit être annulée. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, les autres moyens soulevés par le requérant ne sont pas de nature à entraîner l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique uniquement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de raccordement définitif de la parcelle de M. B. Il y a lieu d'enjoindre à la commune de Pont-de-Metz d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la commune de Pont-de-Metz au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La décision par laquelle le maire de la commune de Pont-de-Metz a implicitement rejeté la demande de raccordement définitif de la parcelle de M. B au réseau électrique est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commune de Pont-de-Metz de procéder au réexamen de cette demande de raccordement définitif dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Pont-de-Metz sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Pont-de-Metz.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme Pierre, première conseillère,

- Mme Lamlih, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

C. BINANDL'assesseure la plus ancienne,

Signé

A.-L. PIERRE

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne au préfet de la Somme en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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