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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2003894

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2003894

lundi 30 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2003894
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAUCHER-FAGBEMI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 décembre 2020, M. C D, représenté par Me Aucher, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel la préfète de l'Oise a décidé sa remise sans délai aux autorités grecques ;

2°) d'annuler la décision du 30 novembre 2020 de la préfète de l'Oise portant rétention de son passeport ;

3°) d'enjoindre à l'autorité préfectorale territorialement compétente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué émane d'une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en fait, faute de faire état de la spécificité de sa situation familiale en France et de considérations tenant à un risque de fuite ou à une menace pour l'ordre public susceptibles de fonder le refus de lui accorder un délai de départ volontaire pour quitter le territoire français ;

- il a été privé de la garantie de pouvoir présenter des observations, prévue par les dispositions de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant rétention de son document transfrontière est entachée d'erreur de fait et subséquemment de droit dès lors qu'il n'était pas en possession d'un passeport congolais mais bien d'un document d'identité délivré par les autorités grecques, ne pouvant comme tel faire l'objet d'une rétention sans méconnaître le principe de libre circulation dans l'espace Schengen ;

- l'arrêté de remise aux autorités grecques méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors que sa présence quotidienne aux côtés de sa compagne, malade, et de leur enfant présente un caractère indispensable et par là-même les stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- les décisions de remise aux autorités grecques sans délai et de rétention de son document transfrontière, sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée à la préfète de l'Oise qui n'a pas présenté d'observations.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Par un courrier mis à disposition le 30 août 2024 les parties ont été informées conformément à l'article R. 611-7 du code de justice administrative, que la décision de retenue du document d'identité de M. D est susceptible d'être fondée légalement sur les dispositions des articles L. 611-2 et R. 611-41-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur qui peuvent être substituées par le tribunal à celles de l'article R. 513-4 de ce code sur lesquelles l'autorité préfectorale s'est fondée.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Binand, président, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, ressortissant de la République démocratique du Congo né le 1er août 1987, est entré en France en juin 2020 selon ses déclarations, muni d'un document transfrontière délivré par les autorités grecques. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler respectivement l'arrêté du 30 novembre 2020 par lequel la préfète de l'Oise a décidé sa remise aux autorités grecques et la décision du même jour, par laquelle l'autorité préfectorale a procédé à la retenue de son document d'identité.

Sur l'arrêté de remise aux autorités grecques :

2. Aux termes de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " I. - Par dérogation aux articles L. 213-2 et L. 213-3, L. 511-1 à L. 511-3, L. 512-1, L. 512-3, L. 512-4, L. 513-1 et L. 531-3, l'étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne qui a pénétré ou séjourné en France sans se conformer aux dispositions des articles L. 211-1 et L. 311-1 peut être remis aux autorités compétentes de l'Etat membre qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire, ou dont il provient directement, en application des dispositions des conventions internationales conclues à cet effet avec les Etats membres de l'Union européenne, en vigueur au 13 janvier 2009./L'étranger visé au premier alinéa est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'Etat./Cette décision peut être exécutée d'office par l'administration après que l'étranger a été mis en mesure de présenter des observations et d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. () ".

3. En premier lieu, l'arrêté du 30 novembre 2020 a été signé par M. F B, sous-préfet, agissant dans le cadre de l'intérim dans les fonctions de secrétaire général de la préfecture de l'Oise en vertu de la délégation qui lui a été donnée par la préfète de l'Oise par arrêté du 29 octobre 2020, publié le même jour, au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Oise, incluant nécessairement la police des étrangers. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la préfète de l'Oise a indiqué de manière suffisamment précise dans cet arrêté les considérations de fait propres à la situation personnelle de M. D, tirées notamment de sa présence durant plus de trois mois sur le territoire français sans disposer d'un titre de séjour et de son droit au séjour en Grèce, qui l'ont conduit, à faire application des dispositions de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Contrairement à ce que soutient le requérant, la préfète n'était tenue ni de mentionner l'ensemble des éléments caractérisant sa situation personnelle et familiale, ni les considérations tenant le cas échéant à un risque de fuite ou une menace pour l'ordre public, excluant de lui accorder un délai de départ volontaire, qui ne s'appliquent qu'au retour d'un ressortissant d'un pays tiers vers un pays n'appartenant pas à l'Union européenne et ne concernent donc pas les procédures de réadmission d'un ressortissant d'un pays appartenant à l'Union vers un autre Etat de celle-ci . Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en fait de l'arrêté litigieux doit être écarté.

5. En troisième lieu, il résulte de la lettre même des dispositions de l'article L. 531-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur rappelées au point 2, qu'il incombe seulement à l'autorité préfectorale de recueillir les observations de l'étranger avant d'exécuter d'office la mesure de remise qu'elle prononce et non avant d'édicter une telle mesure. Par suite, la circonstance que M. D n'a pas été mis à même de présenter ses observations avant l'édiction de l'arrêté contesté doit être écarté.

6. En quatrième lieu il ne ressort ni des motifs de l'arrêté contesté ni d'aucune autre pièce du dossier que la préfète de l'Oise n'aurait pas procédé à l'examen de la situation que M. D a porté à sa connaissance avant de décider sa remise aux autorités grecques. Par suite, le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. En cinquième lieu, M. D, qui est entré très récemment en France selon ses déclarations, n'apporte aucun élément de nature à étayer ses allégations quant aux attaches familiales dont il dispose en France constituées par sa compagne, malade, et leur enfant, ni sur l'intensité des liens qu'il entretient avec elle et sur le caractère indispensable de sa présence à leur côté. Il s'ensuit que la préfète de l'Oise, en prenant l'arrêté attaqué, n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, ni davantage entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision de retenue du document transfrontière de M. D :

8. En premier lieu, pour retenir le document transfrontière dont M. D était en possession, la préfète de l'Oise s'est seulement fondée sur les dispositions de l'article R. 513-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers alors en vigueur, qui disposaient : " L'étranger qui bénéficie d'un délai de départ volontaire en application du II de l'article L. 511-1 ou du sixième alinéa de l'article L. 511-3-1 peut être tenu de remettre à l'autorité administrative qui lui a accordé ce délai l'original de son passeport ou de tout autre document d'identité ou de voyage en sa possession en échange d'un récépissé valant justification d'identité sur lequel est portée la mention du délai accordé pour son départ. ". S'il ne pouvait légalement être fait application de ces dispositions à M. D qui ne fait pas l'objet d'une obligation de quitter le territoire français assortie d'un délai de départ volontaire, la décision attaquée trouve son fondement légal dans les dispositions combinées de l'article L. 611-2 et R. 611-41-3 de ce code alors en vigueur dont il résulte que le préfet de département est habilitée à retenir le passeport ou le document de voyage des personnes de nationalité étrangère en situation irrégulière en échange de remise d'un récépissé valant justification de leur identité et sur lequel sont mentionnées la date de retenue et les modalités de restitution du document retenu. Ces dispositions peuvent être substituées à celles sur lesquelles la préfète s'est fondée dès lors, en premier lieu, que, s'étant maintenu sur le territoire français plus de trois mois après son entrée sans être titulaire d'un titre de séjour régulièrement délivré, M. D se trouvait dans la situation irrégulière, en deuxième lieu, que cette substitution de base légale n'a pour effet de priver l'intéressé d'aucune garantie et, en troisième lieu, que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces deux dispositions.

9. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de droit dont serait entachée cette décision, qui, par elle-même, ne porte pas atteinte au principe de libre circulation de M. D sur le territoire des Etats membres de l'Union européenne, dès lors que le document retenu lui sera remis afin de lui permettre de quitter le territoire, doit être écarté.

10. En deuxième lieu, la circonstance, pour regrettable qu'elle soit, que le récépissé remis à M. D indique à tort que le document retenu est un passeport délivré par la République démocratique du Congo alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il s'agit d'un document de voyage délivré par les autorités grecques est, par elle-même sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que les dispositions de l'article L. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers rappelées au point 8 permettent à l'autorité préfectorale de retenir un tel document.

11. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète de l'Oise a entaché la décision de retenue attaquée, d'une erreur manifeste d'appréciation eu égard à la finalité poursuivie et aux effets de cette décision sur la situation personnelle de M. D.

12. Il ressort de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions, en ce compris celles à fin d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et à la préfète de l'Oise.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Binand, président,

- Mme E et Mme A, conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 septembre 2024.

Le président-rapporteur,

Signé

C. BINAND

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

Signé

J. E

Le greffier,

Signé

N. VERJOT

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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