mardi 20 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif d'Amiens |
| Section | Tribunal Administratif d'Amiens |
| N° Dossier | TA80-2004110 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DOGAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 décembre 2020, Mme C A épouse D, représentée par Me Dogan, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2020 par lequel la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;
2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) à défaut, d'enjoindre à la préfète de l'Oise de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation dès lors que la préfète n'a pas statué sur sa demande au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour la préfète d'avoir saisi la commission mentionnée à l'article L. 312-1 alors qu'elle justifie résider en France depuis plus de dix ans ;
- la décision attaquée méconnaît la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 laquelle prévoit la délivrance d'un titre de séjour dans l'hypothèse où le demandeur a un conjoint étranger en situation régulière sur le territoire français ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er octobre 2021, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.
Mme A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 6 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C A épouse D, ressortissante turque née le 1er juillet 1971, déclare être entrée sur le territoire le 29 juin 2009, dénuée de tout visa régulièrement délivré. Par une décision du 22 octobre 2020, dont Mme A demande l'annulation, la préfète de l'Oise a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ".
2. En premier lieu, par un arrêté du 24 août 2020, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, la préfète de l'Oise a donné délégation à M. Dominique Lepidi, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, à l'effet de signer " toutes les décisions et tous les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile " au nombre desquels figurent les décisions refusant la délivrance des titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, les mesures de police doivent être motivées et " comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". La décision attaquée, qui mentionne le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article L. 411-1 du même code, comporte les considérations de fait sur lesquelles elle se fonde. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances propres à la situation de Mme A, doit être écarté comme manquant en fait.
4. En troisième lieu, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 () peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans () ".
5. Lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu, en l'absence de dispositions expresses en ce sens, d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui est toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Or, si les dispositions de l'article L. 313-14 de ce code alors en vigueur permettaient à l'administration de délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à un étranger pour des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels, il ressort des termes mêmes de cet article, et notamment de ce qu'il appartient à l'étranger de faire valoir les motifs exceptionnels justifiant que lui soit octroyé un titre de séjour, que le législateur n'a pas entendu déroger à cette règle ni imposer à l'administration, saisie d'une demande d'une carte de séjour, quel qu'en soit le fondement, d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'encontre d'un refus opposé à une demande de titre de séjour qui n'a pas été présentée sur le fondement de cet article.
6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du formulaire de demande de titre produit en défense, que Mme A a seulement fondé sa demande de titre de séjour sur le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sans faire état au soutien de celle-ci de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels. Dès lors, et alors que la préfète de l'Oise s'est bornée à rejeter la demande de titre de séjour dont elle était saisie, Mme A ne peut utilement se prévaloir d'un défaut d'examen complet de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour ces mêmes motifs, elle ne peut utilement soutenir que la décision attaquée a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, faute pour la préfète d'avoir saisi la commission mentionnée à l'article L. 312-1 du même code, alors même qu'elle justifie résider en France depuis plus de dix ans.
7. En quatrième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, Mme A, qui soutient que la préfète de l'Oise aurait dû procéder à son admission exceptionnelle au séjour puisque son conjoint et compatriote séjourne régulièrement en France, ne peut toutefois utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir. Ce moyen ne peut qu'être écarté.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".
9. Mme A soutient avoir établi le centre de ses intérêts privés et familiaux en France où résident son époux, ses enfants, arrivés sur le territoire suite à une procédure de regroupement familial, ainsi que ses petits-enfants, de nationalité française. Toutefois, Mme A, remariée depuis seulement trois mois à la date de la décision attaquée avec un compatriote titulaire d'une carte de résident, n'établit pas l'existence d'une communauté de vie antérieure au mariage avec son époux, ni même, par la seule production des documents de séjour ou d'identité des membres de sa famille, l'intensité des liens qu'elle entretient avec ces derniers présents sur le territoire. Par ailleurs, si l'intéressée affirme s'être appropriée les valeurs de la République et se prévaut, à ce titre, de son inscription pour l'année 2010-2011 à des cours d'alphabétisation au sein d'une association dispensant des cours de français, une telle circonstance ne saurait traduire une insertion suffisante sur le territoire national. En outre, il ressort des pièces du dossier que Mme A, bien que présente en France depuis 11 ans, s'y maintenait irrégulièrement et a fait l'objet de plusieurs obligations de quitter le territoire auxquelles elle n'a pas déféré. Enfin, si l'intéressée soutient n'avoir plus aucun lien avec la Turquie, elle n'établit, ni même n'allègue qu'il existerait un obstacle sérieux à son retour dans son pays d'origine, où elle a par ailleurs vécu jusqu'à l'âge de 38 ans, le temps nécessaire à l'accomplissement des démarches permettant son entrée régulière en France par la voie du regroupement familial que son époux dispose de la faculté de solliciter à son bénéfice. Dans ces conditions, en prenant la décision attaquée, la préfète de l'Oise n'a ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte de la requête ainsi que de celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A épouse D et à la préfète de l'Oise.
Délibéré après l'audience du 6 décembre 2022, à laquelle siégeaient :
- M. Binand, président,
- Mme B et Mme E, conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.
La rapporteure,
Signé
P. ELe président,
Signé
C. BINAND
Le greffier,
Signé
N. VERJOT
La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
5
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026