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AccueilJurisprudence administrativeN° TA80-2100010

Tribunal Administratif d'Amiens — Décision N° TA80-2100010

jeudi 7 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif d'Amiens
SectionTribunal Administratif d'Amiens
N° DossierTA80-2100010
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationCHAMBRE PRESIDENT
Avocat requérantDRAIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I.- Par une requête et des mémoires, enregistrés le 4 janvier 2021, le 25 mai 2022 et le 30 mai 2022 sous le n° 2100010, M. D C, représenté par Me Drain, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 juillet 2020 par laquelle la caisse d'allocations familiales de l'Oise, d'une part, lui a notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 19 830,30 euros portant sur la période de juillet 2017 à juin 2020, un indu d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2017, 2018 et 2019 d'un montant total de 457,35 euros et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros, d'autre part, a prononcé sa radiation du revenu de solidarité active à compter du 1er juillet 2020 ;

2°) d'annuler la décision implicite par laquelle la présidente du conseil départemental de l'Oise a rejeté son recours contre la décision du 7 juillet 2020 en tant qu'elle porte sur le revenu de solidarité active ;

3°) de mettre à la charge du département de l'Oise le versement d'une somme de 2 500 euros à Me Drain au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision implicite de la présidente du conseil départemental de l'Oise rejetant son recours administratif n'est pas motivée ;

- la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 7 juillet 2020 est insuffisamment motivée ;

- les indus sont infondés dès lors qu'il ne vit pas en concubinage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2022, la présidente du conseil départemental de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, la caisse d'allocations familiales de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés ;

- à titre subsidiaire, si l'existence d'une vie maritale n'était pas retenue, M. C ne pouvait prétendre au revenu de solidarité active compte tenu de la totalité des revenus qu'il a perçus, qui doivent inclure les dépôts d'espèces sur son compte bancaire.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 7 juillet 2020 en tant qu'elle notifie à M. C un indu de revenu de solidarité active dès lors que la contestation de cet indu est soumise à recours administratif préalable obligatoire et que la décision prise par la présidente du conseil départemental de l'Oise sur ce recours s'est substituée à la décision initiale.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 13 août 2020.

II.- Par une requête, enregistrée le 25 août 2021 sous le n° 2102929, M. D C, représenté par Me Drain, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis le 30 avril 2021 par la présidente du conseil départemental de l'Oise en vue de récupérer l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 19 830,30 euros pour la période de juillet 2017 à juin 2020 ;

2°) de mettre à la charge du département de l'Oise le versement d'une somme de 1 000 euros à Me Drain au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative

Il soutient que :

- la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 7 juillet 2020 n'est pas motivée, ainsi que la décision implicite de la présidente du conseil départemental de l'Oise ;

- l'indu est infondé dès lors qu'il ne vit pas en concubinage.

Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mars 2022, la présidente du conseil départemental de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- M. C se contentant de demander la suspension du titre de recette, sa requête a perdu son objet dès lors qu'il a obtenu satisfaction sur ce point ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juin 2021.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dhiver, présidente ;

- et les observations du représentant du département de l'Oise qui reprend, à l'audience, le moyen présenté à titre subsidiaire par la caisse d'allocations familiales de l'Oise, tiré de ce que les dépôts d'espèces constatés sur le compte bancaire de M. C devaient être pris en compte pour le calcul de ses droits au revenu de solidarité active.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée par la présidente du conseil départemental de l'Oise, a été enregistrée le 10 juin 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Les requêtes n° 2100010 et n° 2102929 de M. C portent sur le même indu et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.

2. M. C a fait l'objet d'une enquête diligentée par la caisse d'allocations familiales de l'Oise, à l'issue de laquelle celle-ci lui a notifié, par une décision du 7 juillet 2020, un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 19 830,30 euros portant sur la période de juillet 2017 à juin 2020, un indu d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2017, 2018 et 2019 d'un montant total de 457,35 euros et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité d'un montant de 150 euros. Par cette même décision, la caisse d'allocations familiales a mis fin au droit de M. C au revenu de solidarité active à compter du 1er juillet 2020. M. C a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès de la présidente du conseil départemental de l'Oise, qui a été implicitement rejeté. Le 30 avril 2021, le département de l'Oise a émis un avis des sommes à payer valant titre exécutoire en vue de récupérer auprès de M. C l'indu de revenu de solidarité active d'un montant de 19 830,30 euros. M. C demande l'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 7 juillet 2020, ainsi que celle de la décision implicite de rejet de la présidente du conseil départemental de l'Oise. Il doit être regardé comme demandant également l'annulation du titre exécutoire du 30 avril 2021.

Sur les conclusions dirigées contre la décision du 7 juillet 2020 en tant qu'elles portent sur le revenu de solidarité active :

3. Aux termes de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles : " Toute réclamation dirigée contre une décision relative au revenu de solidarité active fait l'objet, préalablement à l'exercice d'un recours contentieux, d'un recours administratif auprès du président du conseil départemental. () ".

4. Il résulte de ces dispositions, qui instituent un recours administratif préalable obligatoire pour les décisions relatives au revenu de solidarité active, que la décision prise sur recours administratif préalable obligatoire se substitue à la décision initiale. Par suite, les conclusions de M. C dirigées contre la décision initiale du 7 juillet 2020 sont irrecevables en tant qu'elles portent sur le revenu de solidarité active.

Sur les indus d'aides exceptionnelles de fin d'année et d'aide exceptionnelle de solidarité :

5. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions () ".

6. Il résulte de ces dispositions que les décisions par laquelle la caisse d'allocations familiales procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'aides exceptionnelle de fin d'année et de l'aide exceptionnelle de solidarité sont au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

7. Il résulte de l'instruction que la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 7 juillet 2020 se borne à mentionner un indu de prestations familiales d'un montant total de 20 437,65 euros sans indiquer les prestations auxquelles se rapporte cet indu et sans distinguer au sein de cette somme la part relative à l'indu de revenu de solidarité active, celle relative à l'indu d'aides exceptionnelles de fin d'année et celle relative à l'indu d'aide exceptionnelle de solidarité et son montant. Ainsi, quand bien même cette décision fait apparaître la période et le motif de la récupération d'indu, elle n'est pas suffisamment motivée. Il s'ensuit que cette décision doit être annulée en tant qu'elle notifie à M. C un indu d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2017, 2018 et 2019 et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

Sur l'indu de revenu de solidarité active :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande. () ".

9. La présidente du conseil départemental de l'Oise s'est prononcée sur l'indu de revenu de solidarité active par une décision implicite, née du silence gardé sur le recours administratif préalable formé par M. C et réceptionné par le département le 7 septembre 2020. Il ne résulte pas de l'instruction que M. C aurait sollicité les motifs de cette décision. Par suite, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

10. En second lieu, aux termes de l'article L. 262-2 du code de l'action sociale et des familles : " Toute personne résidant en France de manière stable et effective, dont le foyer dispose de ressources inférieures à un montant forfaitaire, a droit au revenu de solidarité active dans les conditions définies au présent chapitre / Le revenu de solidarité active est une allocation qui porte les ressources du foyer au niveau du montant forfaitaire. () ". Selon l'article L. 262-9 du même code : " Le montant forfaitaire mentionné au 2° de l'article L. 262-2 est majoré, pendant une période d'une durée déterminée, pour : / 1° Une personne isolée assumant la charge d'un ou de plusieurs enfants ; / () / Est considérée comme isolée, une personne veuve, divorcée, séparée ou célibataire qui ne vit pas en couple de manière notoire et permanente et qui notamment en met pas en commun avec un conjoint, concubin ou partenaire de pacte civil et de solidarité ses ressources et ses charges. () ". Aux termes de l'article 515-8 du code civil : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple. " Le premier alinéa de l'article R. 262-1 du code de l'action sociale et des familles détermine le niveau du montant forfaitaire mentionné à l'article L. 262-2 selon la composition du foyer, en mentionnant, outre le bénéficiaire de l'allocation, son conjoint, son partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou son concubin et les personnes présentes au foyer et à la charge de l'intéressé. L'article R. 262-3 du même code précise enfin que : " Pour le bénéfice du revenu de solidarité active, sont considérés comme à charge : / 1° Les enfants ouvrant droit aux prestations familiales ; / 2° Les autres enfants et personnes de moins de vingt-cinq ans qui sont à la charge effective et permanente du bénéficiaire à condition, lorsqu'ils sont arrivés au foyer après leur dix-septième anniversaire, d'avoir avec le bénéficiaire ou son conjoint, son concubin ou le partenaire lié par un pacte civil de solidarité un lien de parenté jusqu'au quatrième degré inclus () ".

11. Il résulte de ces dispositions que, pour le bénéfice du revenu de solidarité active et de la prime d'activité, le foyer s'entend du demandeur, ainsi que, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin et des enfants ou personnes de moins de vingt-cinq ans à charge qui remplissent les conditions précisées par l'article R. 262-3 du code de l'action sociale et des familles. Pour l'application de ces dispositions, le concubin est la personne qui mène avec le demandeur une vie de couple stable et continue. Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

12. Il résulte de l'instruction que M. C a vécu chez Mme B du 12 juillet 2007 au 1er décembre 2019 et que, depuis cette date et à la suite de son déménagement, M. C héberge Mme B. Ainsi, les intéressés partagent le même logement depuis plus de dix ans. Il ressort également du rapport d'enquête, qui fait foi jusqu'à preuve du contraire, que le compte bancaire de M. C fait apparaître des transactions financières régulières et nombreuses avec Mme B. Eu égard à l'ensemble de ces circonstances et quand bien même M. C aurait entretenu des liaisons amoureuses avec des tierces personnes entre 2015 et 2018, il doit être regardé comme ayant mené une vie de couple stable et continue avec Mme B depuis au moins l'année 2017. Par suite, c'est par une exacte application des dispositions citées au point 10 ci-dessus que la présidente du conseil départemental de l'Oise a estimé que M. C ne pouvait être regardé comme une personne isolée et lui a, au regard de la situation de son foyer, notifié un indu de revenu de solidarité active d'un montant de 19 830,30 euros pour la période allant du 1er juillet 2017 au 30 juin 2020.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de la décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 7 juillet 2020 en tant qu'elle lui notifie un indu d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2017, 2018 et 2019 et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

Sur les droits de M. C au revenu de solidarité active :

14. Si M. C sollicite l'annulation de la décision implicite de rejet de la présidente du conseil départemental de l'Oise en tant qu'elle a mis fin à ses droits au revenu de solidarité active, il n'assortit ses conclusions d'aucun moyen.

Sur le titre exécutoire du 30 avril 2021 :

En ce qui concerne le non-lieu à statuer opposé en défense :

15. La requête de M. C, qui doit être regardée comme tendant à l'annulation du titre exécutoire, n'a pas perdu son objet. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée par le département de l'Oise doit être écartée.

En ce qui concerne le bien-fondé du titre exécutoire :

16. A l'appui de ses conclusions dirigées contre le titre exécutoire du 30 avril 2021 pour le recouvrement de l'indu de revenu de solidarité active 19 830,30 euros, M. C soulève les mêmes moyens que ceux venant au soutien de sa contestation de l'indu. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 12, ces moyens sont écartés.

17. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation du titre exécutoire émis par la présidente du conseil départemental de l'Oise le 30 avril 2021.

Sur les frais liés au litige :

18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de faire droit aux conclusions de Me Drain présentées dans l'instance n° 2100010 sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Le département de l'Oise n'étant pas la partie perdante dans l'instance n° 2102929, les conclusions présentées au même titre dans cette requête sont rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la caisse d'allocations familiales de l'Oise du 7 juillet 2020 est annulée en tant qu'elle notifie à M. C un indu d'aides exceptionnelles de fin d'année au titre des années 2017, 2018 et 2019 et un indu d'aide exceptionnelle de solidarité.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C n°2100010 est rejeté.

Article 4 : La requête de M. C n°2102929 est rejetée.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au département de l'Oise, à la caisse d'allocations familiales de l'Oise et à Me Drain.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juillet 2022.

La présidente,

Signé

M. A La greffière,

Signé

V. Martinval

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°s 2100010 et 2102929

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